LES BLOGUES
15/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 15/03/2018 09:00 EDT

Commettez des actes criminels, mais attention n’ayez pas de mauvaises notes à l’école!

On nous juge plus sévèrement pour une mauvaise note que pour un acte criminel.

Getty Images/Tetra images RF

Certains ont trouvé leur voie au cégep dès le premier essai. Acceptés à l'université dans leur programme de choix, ils ont obtenu un diplôme leur permettant d'avoir une carrière passionnante et une bonne qualité de vie. Il est admirable de trouver sa voie si rapidement, mais c'est loin d'être mon cas ou celui de plusieurs Québécois qui, entrés au cégep à 16 ans, y ont trouvé peu de satisfaction.

Plusieurs, comme moi, sont maintenant adultes et n'ont pas de temps à perdre. Malheureusement, cela laisse les universités, le Bureau de coopération universitaire (BCI) et le ministère de l'Éducation complètement indifférents.

Saviez-vous qu'un dossier criminel peut s'effacer ? Vous pouvez commettre un vol à main armée, 10 ans plus tard demander pardon et on reconnaîtra que votre passé criminel ne reflète plus qui vous êtes aujourd'hui et que vous ne devriez donc pas en être entaché.

Selon la commission des droits de la personne, si vous vous voyez refuser un emploi à cause de cet acte criminel, cela est une forme de discrimination basée sur l'état de la personne graciée. Mais attention ! À l'université, l'endroit duquel notre future qualité de vie dépend, on ne vous pardonne pas même une mauvaise note !

Vous avez une mauvaise note et toute votre vie on considérera que vos compétences, vos aptitudes, votre comportement et votre motivation n'auront pas changé en 10 ans, ou même en 20 ans, et que vous êtes la même personne qu'alors.

Un sophisme, peut-être ? J'aimerais bien que c'en soit un, mais malheureusement, non. Vous avez une mauvaise note et toute votre vie on considérera que vos compétences, vos aptitudes, votre comportement et votre motivation n'auront pas changé en 10 ans, ou même en 20 ans, et que vous êtes la même personne qu'alors. On nous réduit à une cote essentiellement influencée par notre passé scolaire, peu importe les situations personnelles vécues. On nous juge plus sévèrement pour une mauvaise note que pour un acte criminel.

Pourtant, on essaie d'encourager le raccrochage scolaire. Combien de Québécois ne retournent pas aux études, découragés par cette situation ? Y aurait-il une incohérence ? Est-ce l'objectif ? Sont-ils inconscients ? J'aimerais connaître la réponse.

Deux éléments importent ici. D'abord, une seule note entache le dossier d'une personne et cela la condamne jusqu'à la fin de sa vie. Ensuite, le Ministère n'intervient pas. Voici en résumé ce qu'il en dit : c'est une voie sans issues, un règlement auquel il faut se soumettre. Le Ministère n'a aucun pouvoir sur les universités.

À quoi sert le ministère?

Voici un exemple concret de ce que j'avance : j'ai appliqué à l'université pour la session de septembre 2018 et ils ont décidé de prendre ma cote R de sciences pures qui incluait des cours faits avant 2012 dont certains remontaient à plus de 14 ans. Pourtant, j'avais une cote R globale nettement supérieure incluant des cours faits en 2014, 2015 et 2016 pour lesquels mes résultats étaient supérieurs à 90 % et avec laquelle je me qualifiais au programme demandé.

On peut entrer à l'université, faire des cours pour augmenter sa cote Z. Mais si le système était juste, nous ne serions pas condamnés à passer des années à essayer d'effacer notre passé « criminel scolaire ». Notre cote augmenterait beaucoup plus rapidement.

On dira que j'exagère ! J'exagère ? Notre opportunité d'obtenir un bon emploi et d'assurer une bonne qualité de vie dépend entre autres de notre accès à l'université. Ce jugement de notre passé vient directement affecter notre avenir, celui de nos enfants. Ces mauvaises notes sont considérées comme étant pires que des actes criminels.

Où termine le bon sens et où commence le non-sens ? Là est la question et j'invite fortement les instances concernées à créer une table de discussion afin de faire cesser ce préjudice.

Heureusement, où il y a un problème, il y a toujours une solution ! Voici une piste de solution à explorer pour à cette table, inspirons-nous du système judiciaire.

Après cinq ans, avoir la possibilité de faire une demande de pardon pour une note obtenue à l'université ou au cégep. Pourquoi cinq ans ? J'estime que si un acte criminel peut être pardonné après 10 ans... cinq ans est raisonnable pour une mauvaise note ! Une fois le pardon accordé, elle ne compte plus dans notre cote R/Z et nous pouvons reprendre le cours. Ainsi, ceux ayant de bons résultats ne seraient pas pénalisés et ceux ayant eu de mauvais résultats ne seraient pas discriminés.

Est-ce injuste pour ceux qui avaient de bonnes notes ? Si je postule pour un emploi contre une personne ayant été graciée, est-ce injuste qu'elle n'ait pas le mot « criminel » écrit dans le front parce qu'elle a commis un acte criminel dans le passé et moi non ?

Après tout, l'objectif est de prendre les meilleurs candidats, non ? Alors, pourquoi une mauvaise note pour un cours donné il y a plus de cinq ans serait-elle plus pertinente qu'une bonne note au même cours, mais obtenue cinq ans plus tard ? Un peu de discernement, s'il vous plaît...

Certes, les règles sont là pour être respectées. Mais que faire quand un règlement n'est pas respectable ? Nous le revoyons et le modifions ! Après tout, n'y a-t-il pas que les fous qui ne changent pas d'idée ?

Si l'état de la personne graciée existe, c'est qu'il y avait préjudice. L'article 16 de la Charte des droits et libertés de la personne stipule entre autres que nul ne peut exercer de discrimination dans l'embauche, l'apprentissage et la formation professionnelle (1975, c. 6, a. 16.).

Peut-être est-ce temps d'évaluer la discrimination portée à ceux qui veulent l'accès à l'apprentissage et à la formation professionnelle universitaire ? Vous en jugerez vous-même...

Galerie photoLes billets de blogue les plus lus sur le HuffPost Voyez les images