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07/03/2014 12:25 EST | Actualisé 07/05/2014 05:12 EDT

Tous Québécois

racism hands


Le Québec est en élection. Tous les Québécois seront invités aux urnes le 7 avril prochain afin d'élire un nouveau gouvernement. Au centre de ces élections, un projet de Charte des valeurs qui polarise les Québécois et enflamme réseaux sociaux et soupers de famille. La reprise en main du dossier identitaire au sein du PQ est tout à son honneur: en ramenant l'identité au centre de nos débats, la question nationale revient au premier plan. Quoi de plus identitaire que la création d'un nouveau pays?

On parle peu de l'adhésion des immigrants au projet souverainiste. Si plusieurs Québécois ont de la difficulté à comprendre la situation politique québécoise, imaginez ce que c'est pour un nouvel arrivant. Pourtant, qu'ils ne ressentent ou pas le débat sur la question, ils en sont tous concernés: lorsqu'ils sont citoyens, leurs votes sont tout aussi légitimes que ceux des Québécois d'origine et plus nous accueillons d'immigrants, plus nous accueillons d'électeurs qui auront le droit de s'exprimer lors d'une élection au moment d'un troisième référendum. N'oublions pas que si advenait l'Indépendance, ils seront eux aussi sur un pied d'égalité avec tous leurs concitoyens, touchés par les changements politiques qu'elle emportera et invités à prendre tout aussi également part à la construction du Pays du Québec. On l'oublie souvent, mais la survie de notre peuple et de notre culture dépend en partie de ce qu'en feront ou non les immigrants.

Je réponds souvent, de par mon travail d'enseignante en francisation, à des questions sur la politique et je constate que les étudiants ont reçu diverses informations sur le Canada, mais n'en ont reçu que très peu au sujet de la dualité Québec/Canada. Ces gens proviennent de pays indépendants depuis belle lurette où règne une fierté d'appartenance nationale. Ils sont toujours fortement surpris, d'ailleurs, lorsqu'ils entendent des gens se présenter comme Québécois plutôt que Canadiens. Plusieurs se demandent pourquoi ils ont été sélectionnés non pas par le Canada, mais bien par la province du Québec; si, après tout, le Québec n'est qu'une simple division provinciale administrative, quelle importance particulière devrait-il recevoir au juste?

Lorsque j'aborde les discussions interculturelles (une méthode que je privilégie à l'oral), ils me racontent avec fierté l'histoire de leur pays, l'engouement de la fête de leur indépendance. Lorsque je leur parle de ma fête nationale, et qu'ils savent que le jour de la Confédération est le 1er juillet, ils comprennent qu'ils sont face à un débat de société profond et légitime et considèrent par la suite loufoque que leur date de renouvellement de bail concorde avec la fête du Canada, ce qui serait une honte totale dans la majorité des pays d'où ils viennent. Il est déjà difficile pour eux de quitter leurs racines pour s'en refaire dans un nouveau pays, le Canada. Imaginez ce que cela signifie de s'enraciner pour une troisième fois, en développant une identité québécoise, alors qu'on leur avait incités à se considérer uniquement canadiens en s'établissant au Québec.

Si le gouvernement ne se charge pas d'expliquer les répercussions d'une éventuelle indépendance aux immigrants, la cérémonie d'obtention de la citoyenneté canadienne fait miroiter l'impossibilité l'une des deux options. Pourtant, en présumant du caractère distinct des Québécois et en insistant sur le fait qu'il s'agit de leur société d'accueil, force est d'admettre que le programme d'accession à la citoyenneté en est un d'apprentissage du Canada en tant que nation et non pas en tant que territoire proposant une multitude d'aspects distincts et d'identités propres. De ce fait, jamais l'intégration à la société québécoise ne sera réussie, car notre société porte une spécificité nécessitant un apprentissage complexe.

L'exemple de l'hymne national est très parlant, les étudiants me demandent souvent pourquoi, au Québec, les enfants ne l'apprennent pas et ne le chantent pas toutes les semaines, comme c'était souvent le cas dans bien des pays d'origine. Poser la question, c'est un peu y répondre. Le sentiment d'appartenance n'est pas donné aux enfants ici, mais il est propagé aux adultes immigrants qui désirent obtenir leur citoyenneté. Durant cette cérémonie, bilingue tout d'abord, on remet aux demandeurs de statut une carte de citoyenneté et un certificat qui les félicite d'être devenus Canadiens. Plusieurs fois, ils reçoivent aussi du matériel promotionnel, que ce soit des crayons, un petit drapeau, des gommes à effacer, etc. Certes, on peut penser que donner ce type de bricoles n'a pas d'importance, mais dont on ne doit pas sous-estimer l'effet promotionnel et le sentiment d'appartenance qu'elles peuvent provoquer.

D'ailleurs, il est à considérer que le gouvernement du Québec ne s'intéresse que très peu à cette situation, puisque devant les flaflas de cette cérémonie, rien n'est fait pour pallier la brèche causée. Je déplore donc l'absence de valorisation de la société québécoise par le gouvernement auprès des immigrants à cette occasion. J'estime qu'il serait temps de changer la donne et d'instaurer une cérémonie -et une nationalité- québécoise. Or, chez les immigrants comme chez tous les autres, le rattachement aux symboles rassembleurs est un réflexe profondément humain, il ne serait pas difficile de distribuer un petit fleurdelisé à chacun de nos nouveaux arrivants lors d'une éventuelle cérémonie nationale de bienvenue au Québec.

Moins nos immigrants se sentiront Québécois, moins ils adhéreront à ce rêve que plusieurs ont de faire du Québec un pays indépendant. Si jamais l'occasion de voter pour la création d'un nouveau pays se représentait, il ne faudrait faire en sorte que les nouveaux arrivants se sentent concernés par le projet. Nous devrions aussi agir pour qu'ils comprennent les aspirations de la nation québécoise si nous voulons qu'ils puissent se joindre au mouvement.

Bref, parlant des immigrants, savez-vous que les délais d'attente pour l'obtention des équivalences d'études n'ont jamais été aussi longs? Certains attendent plus de 16 mois suite à une réorganisation de la bureaucratie et une augmentation des demandes. J'ai une amie albanaise, enseignante, qui attend ses équivalences quinze mois maintenant : une enseignante dont le Québec se prive, comme une tonne d'autres professionnels. Peut-on s'engager, au cours de cette élection, à réduire ces délais gênants? De faire en sorte que nos nouveaux arrivants puissent s'intégrer rapidement au marché du travail? En leur nom, merci et... bonnes élections à tous!

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