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16/02/2018 09:00 EST | Actualisé 16/02/2018 09:00 EST

L’agriculture, la grande oubliée du gouvernement libéral

Le MAPAQ est devenu au fil du temps une porte tournante, un ministère de seconde zone, qui a perdu de vue son objectif premier : soutenir nos agriculteurs.

Getty Images/iStockphoto

Cette semaine, nous soulignons le 10e anniversaire du rapport de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et l'agroalimentaire québécois, mieux connu sous le nom Rapport Pronovost. Dix ans plus tard, il apparaît évident que ce rapport aurait dû permettre de jeter les bases d'un grand projet, d'une vision ambitieuse pour le Québec : celle de se doter d'une véritable politique agricole et bioalimentaire.

À l'occasion de chaque anniversaire important, il est toujours utile de mesurer l'étendue du chemin parcouru. Malheureusement, en agriculture, je suis triste de constater que le Québec n'a pas réussi à s'imposer. Aujourd'hui, nous sommes encore bien loin du but.

10 années de consultation

Une des raisons pour lesquelles le Québec tire autant de l'arrière, c'est simplement parce qu'il y a un manque réel de volonté politique.

En avril prochain, cela fera 15 années que le Parti libéral est au pouvoir. En 15 ans, le gouvernement libéral n'a pas su saisir les opportunités pour faire du Québec une société qui exploite son plein potentiel en agriculture.

Pensons-y quelques instants : depuis le dépôt du Rapport Pronovost, il y 10 ans, il y a eu 8 ministres de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation à Québec, si l'on tient compte des 3 passages distincts de Laurent Lessard. Le MAPAQ est devenu au fil du temps une porte tournante, un ministère de seconde zone, qui a perdu de vue son objectif premier : soutenir nos agriculteurs.

Outre ce jeu de chaise musicale qui a paralysé le milieu agricole, nous avons eu droit à un festival de rapports et de consultations au cours des 15 dernières années.

Outre ce jeu de chaise musicale qui a paralysé le milieu agricole, nous avons eu droit à un festival de rapports et de consultations au cours des 15 dernières années. La liste en donne presque le tournis :

  • 2007-2008 : Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois (Jean Pronovost)
  • 2009 : Nouvelle génération de programmes de soutien (Michel Saint-Pierre)
  • 2009 : Protection du territoire agricole et développement régional - Une nouvelle dynamique mobilisatrice pour nos communautés (Bernard Ouimet)
  • 2011 : Livre vert pour une politique bioalimentaire (Pierre Corbeil)
  • 2013 : Politique de souveraineté alimentaire (François Gendron)
  • 2014 : Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture
  • 2016 : Pour une industrie acéricole forte et compétitive (Florent Gagné)
  • 2016 : À l'écoute de la relève agricole - Le vécu et les attentes des jeunes agriculteurs québécois (Jean Pronovost)
  • 2016-2017 : Rencontres préparatoires et Sommet sur l'alimentation (Pierre Paradis/Laurent Lessard)

Cette semaine, ce n'est pas simplement le 10e anniversaire du Rapport Pronovost que nous célébrons, mais bien 10 ans de rapports commandés, puis tablettés par le gouvernement libéral.

Il est temps de passer à l'action

Ce n'est plus les temps des comités, des groupes de travail, des forums ou des sommets. C'est le temps de l'action.

Je suis moi-même une agricultrice, propriétaire avec ma famille d'un vignoble dans la région de Mirabel. Depuis des années, je suis aux premières loges des nombreux obstacles qui se dressent sur le chemin des agriculteurs.

Depuis des années, je suis aux premières loges des nombreux obstacles qui se dressent sur le chemin des agriculteurs.

Gestion de l'offre attaquée de toute part, baisse importante de la production, obligation de respecter des normes démesurées, peu de place pour la relève, financiarisation des terres : les problèmes sont réels sur le terrain et l'inquiétude du milieu est à son comble.

Dans les prochains mois, le gouvernement libéral de Philippe Couillard entend déposer un politique bioalimentaire... juste à temps pour les élections. Ils ont eu 15 ans pour proposer une véritable politique agroalimentaire. Cela devait être une des priorités de la présente législature. Ils ont plutôt choisi de faire un spectacle de relations publiques et de déposer un rapport tout juste avant les élections. Les agriculteurs du Québec méritent mieux qu'un simple calcul électoraliste. Mais je sais qu'ils ne sont pas dupes : ce n'est pas d'autres promesses électorales qui effaceront les 15 dernières années de laisser-aller libéral.

Les agriculteurs sont ambitieux et fiers. Ce qu'ils veulent, c'est un plan clair.

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