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28/04/2017 09:29 EDT | Actualisé 28/04/2017 09:29 EDT

J'ai 30 ans et je ne sais rien

Ma vie est un joyeux bordel où rien ne semble se conformer à mes attentes et j'en ressens une impression de chute vertigineuse: à la fois affreusement angoissante et terriblement grisante.

J'ai trente ans. Je devrais être mariée avec deux mioches braillards, mais ô combien attendrissants, dans une petite bicoque d'un lotissement tout mignon, mais bien sûr, assez loin de la ville faute de moyens financiers suffisants. Je devrais avoir un petit boulot pas super épanouissant, mais qui me permettrait, avec mon mari, de nous assurer un niveau de vie correct. C'était ça mon plan. Et rien ne pouvait m'en éloigner, de ma vision de la vie la plus parfaite possible.

Mais voilà, j'ai trente ans. J'en suis à ma énième reconversion professionnelle. Ma vie amoureuse, qui ressemblait jusque-là au désert du Sahara, vient de se transformer en une prise de tête monumentale. Je suis retournée vivre chez mes parents, parce que je n'ai plus le moindre revenu... Rajoutez à ça les résultats du premier tour des élections présidentielles et me voilà proche de la crise d'apoplexie.

Ma vie est un joyeux bordel où rien ne semble se conformer à mes attentes et j'en ressens une impression de chute vertigineuse: à la fois affreusement angoissante et terriblement grisante. Oui grisante, parce qu'un jour j'ai ouvert les yeux sur un fait terrible: je passe mon temps à m'adapter, aux autres, à leurs envies, à leurs besoins. C'est plus fort que moi, je m'efface pour permettre à l'autre d'être bien. Vous allez me dire «mais c'est stupide, si quelqu'un t'aime, il doit t'accepter telle que tu es» et là je vous répondrai foutaise! Oui foutaise, c'est un peu vieillot comme mot, mais tout à fait approprié. On passe tous son temps à baratiner. Pour séduire, pour se tirer d'un faux pas, et j'en passe... Les prémices d'une relation sont toujours flouées, parce que l'on veut paraître parfait, on veut que l'autre se sente bien. Oui, mais voilà, moi je ne le contrôle pas, je ne baratine pas, j'adopte progressivement les envies de mon partenaire. Ça m'a pris un temps monstrueux d'en prendre conscience. Et 60 euros aussi. Pour l'hypnothérapeute qui me l'a fait réaliser. Car oui, je vous l'ai dit, je suis paumée.

En gros, j'ai compris une chose. On s'en fout de se conformer au tableau parfait du parfait français de classe moyenne. J'ai pas envie d'un couple médiocre, d'un mari qui va voir ailleurs, d'être l'épouse qui ne partira pas par sécurité, mais qui se languit d'autres horizons. J'ai pas envie des soirées d'engueulades, des ados qui pleurent pour leur scooter, de me complaire pendant la majeure partie de ma vie dans un boulot alimentaire qui ne m'apportera aucun épanouissement.

On grandit. On a des obligations et au final on passe son temps à rêver, à espérer qu'une solution miraculeuse tombe du ciel pour nous sauver.

Aujourd'hui, les gens évaluent leur niveau de vie de la sorte. En couple? Enfants? Propriétaires de leur maison? Jolie voiture? Rajoutez à cela une montre hors de prix et là c'est carrément le jackpot. Mais fouillez un peu plus et combien pourront se targuer d'être vraiment heureux? Je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais je ne connais pas une seule personne qui ne changerait pas quelque chose dans sa vie. Son métier. Sa moitié. Ou pire, sa vie de façon générale. Mais voilà. On grandit. On a des obligations et au final on passe son temps à rêver, à espérer qu'une solution miraculeuse tombe du ciel pour nous sauver.

Et là j'ai dit non. Aide-toi et le ciel t'aidera. Je n'ai aucun contrôle sur ma vie sentimentale. J'ai toujours été fauchée et il y a peu de chances que cela change. Mais il y a un point que je peux choisir: mon travail. J'en suis à ma quatrième reconversion. Et c'est un méga bordel. Parce que j'ai trente ans et que j'ai dû retourner vivre chez mes parents, ce que je m'étais jurée de ne pas faire. Parce que je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où je vais. Parce que j'ai conscience que mes proches ne comprennent pas mes choix.

Ils me soutiennent, oui, mais je vois leurs regards, j'entends les propos qu'ils tiennent. Je ne peux pas leur en vouloir. J'étais fonctionnaire. J'ai tout plaqué. Est-ce que j'ai fait le bon choix? Aujourd'hui ma vie n'est faite que d'insécurité et me voilà comme Raiponce, partagée entre angoisse et euphorie.

Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie? Ne devrais-je pas l'avoir décidé depuis très longtemps? Après tout, les professeurs commencent à vous interroger sur le sujet dès le collège. N'est-ce pas dément? À 12-13 ans, un âge où l'on vous considère encore comme irresponsable, immature, de vous demander ce que vous comptez faire pour le reste de votre vie? Bon ma petite, t'es bien trop jeune pour que je te confie ma maison tout un week-end hein, mais pour ce qui est de ton avenir je pense que t'es au top!» Comment ne pas se planter, sérieusement? C'est comme s'attendre à voir son premier amour durer ad vitam æternam. Ça ne fonctionne qu'une fois sur dix.

Enfin bref... J'ai trente ans et aujourd'hui plus que jamais je suis sure d'une chose: je ne sais rien. Je n'ai pas la moindre idée de ce que l'avenir me réserve, ou de ce que je suis censée faire, ou ne pas faire. Mais après tout, est-ce que ce n'est pas juste ça «vivre»? Avancer et profiter du voyage quand bien même on ignorerait la destination?

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