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12/11/2018 10:36 EST | Actualisé 12/11/2018 10:39 EST

Comment ma tante missionnaire en Algérie m'a enseigné les vertus de l'humanisme et de la laïcité

Sous forme romancée, le livre retrace l'histoire de l'indépendance d'Algérie jusqu'à la montée de l'islam, à travers la vie d'une missionnaire chrétienne.

Courtoisie
Le destin de ce pays est profondément similaire à celui du Québec. Les deux nations ont été galvanisées par le rêve d'autodétermination des peuples de Charles de Gaulle, durant la période de la décolonisation.

Un livre peut-il parler d'ici et d'ailleurs en même temps? Du passé et, simultanément, du présent? Indépendance inachevée, idéaux républicains fragilisés, tension entre religion et laïcité: c'est la trame de fond de mon dernier ouvrage, Journal d'une humaniste. On entend, en écho, l'angoisse d'un déclin des «Lumières», celles de Voltaire, Monstesquieu ou Bernard Landry...

Sous forme romancée, Journal d'une humaniste retrace l'histoire de l'indépendance d'Algérie jusqu'à la montée de l'islam, à travers la vie d'une missionnaire chrétienne. Le destin de ce pays est profondément similaire à celui du Québec. Les deux nations ont été galvanisées par le rêve d'autodétermination des peuples de Charles de Gaulle, durant la période de la décolonisation.

Si l'Algérie est devenue indépendante, elle est aujourd'hui assujettie aux oligarchies et à l'islamisation de la société où le citoyen devient un fidèle soumis, où le consommateur perd ses libertés. À travers l'histoire de Cécilia, missionnaire d'Afrique du Nord, les sujets toujours polarisants de l'islam et de l'indépendance d'un pays demeurent vifs.

Ce chassé-croisé se meut comme un trait d'union entre l'athéisme et le dogme, d'où en ressort une grâce humaniste.

Ce roman biographique, c'est aussi un chassé-croisé entre la narratrice, une humaniste et sa tante religieuse Cécilia qui, d'une certaine manière, inversent l'une et l'autre leurs lumières, celle de la raison et de la lumière divine. L'une ajoute la dimension de l'Esprit invisible à la raison grâce à la possibilité de garder sa pensée critique et de diriger seule sa conscience, et l'autre perd sa rigidité dogmatique chrétienne en s'ouvrant aux nécessités quotidiennes des villageois musulmans, au point qu'ils deviennent tout simplement des frères, avec ou sans la foi en un (même) Dieu. Ce chassé-croisé se meut comme un trait d'union entre l'athéisme et le dogme, d'où en ressort une grâce humaniste.

Le président du gouvernement provisoire de Kabylie a accepté de préfacer mon livre.

Dans le processus d'écriture de mon livre, l'humaniste d'origine juive Évelyne Abitbol m'a fait rencontrer Ferhat Mehenni, indépendantiste kabyle, issu d'un pays résolument musulman pour ne pas dire islamique, l'Algérie. Le président du gouvernement provisoire de Kabylie a accepté de préfacer mon livre. Qu'ils soient juifs, musulmans ou chrétiens, les humanistes s'entraident plutôt que de créer des murs sous le prétexte de n'avoir pas le même Dieu. C'est la grandeur de notre humanité, celle de la République démocratique laïque.

- C'est un top modèle, la République! s'exclame-t-il à l'émission de Laurent Ruquier. C'était un rêve fait par des génies, mais qui n'était pas du tout adapté à 1789 ni au 20e siècle... la femme n'avait pas le droit de vote...

(...) Comment prétendre à une Déclaration universelle de droits de l'homme lorsque les femmes du monde entier sont des demi-citoyennes, lorsque ses droits sont défendus à l'ONU par une Arabie saoudite salafiste?

- Aujourd'hui, ce n'est pas un problème matériel, c'est un problème d'état d'esprit, poursuit Boutih. (...) Toutes les sociétés sont en train d'exploser. Peut-être c'est l'heure de la République.

Je n'ai jamais validé avec Cécilia à savoir si elle avait répondu oui à la question référendaire de 1995. Je me disais qu'elle avait elle-même tant lutté avec ses amis pour l'indépendance de l'Algérie, comment en serait-il autrement pour le Québec? De Gaulle avait été notre propulseur commun!

J'ai eu l'occasion de demander récemment à Ferhat Mehenni, président du gouvernement provisoire de Kabylie, qui a connu Cécilia, si, d'après lui, elle aurait été en faveur de la République kabyle. Il m'a répondu: Cécilia était une grande Kabyle.

- Extrait «Journal d'une humaniste», p. 241

Je serai au Salon du livre: mercredi 14 novembre 17h à 19h / jeudi 15 novembre 11h à 13h (Kiosque Bouquinbec)

En savoir plus:http://laguaya.ca/produit/journal-dune-humaniste-2018/

Activités:https://www.facebook.com/journaldunehumaniste

Visionner: Extrait du lancement

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