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11/12/2015 02:59 EST | Actualisé 10/12/2016 05:12 EST

Innover, ça veut encore dire quelque chose?

Les créateurs de ce marché technologique sont en rupture avec un humanisme de moins en moins présent dans le cursus scolaire.

Dès les premières années du nouveau millénaire, le monde entier succombait au pouvoir attractif des ordinateurs. En deux décennies, nous voilà bien attachés au confort matériel et à l'instantanéité que nous offrent les avancées technologiques. Chaque année, les consommateurs attendent l'arrivée en magasin des prochains gadgets, prêts à dépenser quasi sans compter pour la nouvelle version d'un produit. Mais est-ce que nos technologies sont réellement innovantes ?

En tout cas, devant autant de commodités, le client en redemande, si bien que ses caprices font pression sur le marché. Il pousse vers la fabrication de solutions de moins en moins coûteuses ou plus performantes engendrant de nouveaux environnements de marché. Qui en sont les créateurs?

Les créateurs du marché technologique

On les retrouve aux abords des universités. De plus en plus de chercheurs deviennent des entrepreneurs et utilisent les équipements et ressources universitaires pour constituer un essaimage autour d'un projet.

À l'instar des savants de la Grèce antique, ces technoscientifiques sont à 95% des hommes. Leur moyenne d'âge est de 40 ans. Ajoutés à cette surreprésentation mâle, de jeunes diplômés sortants qui se lancent dans l'aventure de la création d'entreprises technologiques.

Dans le contexte capitaliste et matérialiste, bien avalisé par les consommateurs malgré l'obsolescence produite, les universités ont dérivé de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée. La société n'est plus pensée par le savoir essentiel d'intellectuels. On se soucie moins des gens que du marché. Celui-ci est pensé par des entrepreneurs chercheurs en concurrence idéologique avec d'autres à propos de ce que doit être, non plus l'invention seule, mais le marché lui-même.

Les créateurs de ce marché technologique sont en rupture avec un humanisme de moins en moins présent dans le cursus scolaire. Ils travaillent pour le rayonnement d'un technoproduit. De connivence, les universités contribuent à créer le marché plutôt qu'à former les citoyens. Ce que nous produisons est maintenant plus important et plus valorisé que qui nous sommes. Et les marchés sont imaginés principalement par de jeunes hommes.

Le risque favorise la créativité

Tout visionnaire vous confirmera le haut degré d'incertitudes caractérisant le démarrage d'une nouvelle entreprise, par surcroit dans un domaine créatif. La nouveauté d'un produit dans un marché qui cherche avant tout les profits requiert de l'entrepreneur chercheur une bonne dose de confiance en lui. Il faut également qu'il ait la conviction de la pertinence de son produit, car non seulement il doit l'inventer, mais il doit créer l'environnement qui va le recevoir.

Ce double risque rebute-t-il les femmes ? Est-ce le monde des robots qui ne les attire pas? Ou bien le manque de confiance culturellement attribué aux femmes qui les empêche de se voir comme des visionnaires de marché? User des fonds pour produire une «patente», est-ce une dépense incongrue pour une femme? Considère-t-elle sa valeur créative moins méritoire que celle des hommes? La notion du risque financier est-elle une source d'angoisse trop élevée pour elle?

Tous les artistes pourront confirmer que vivre avec l'insécurité financière n'est pas une affaire de genre. Les femmes ont autant de ressources créatives devant la précarité, mais elles sont généralement plus prudentes.

La peur, agent de stagnation

En fait, l'insécurité financière est rebutante pour la majorité des gens. De multiples mutations sont pourtant en train de changer le paysage global vers une précarité de tous nos environnements: les changements climatiques, les métissages culturels et religieux, les valeurs humaines sont des facteurs d'instabilité qui nous forceront au changement. L'humanité tout entière aurait donc avantage aujourd'hui à comprendre la valeur évolutive et créative du risque au lieu de l'apprendre dans l'urgence de catastrophes prochaines.

Nous avons conçu des environnements hypersécurisés en imaginant des dangers partout. Nous avons peur parce que nous sommes coupés de notre prescience intérieure. Elle est l'axe créatif inhérent à chaque être.

Vouloir créer nait souvent d'une passion et d'un désir de liberté, le contraire de la peur. Demandez aux jeunes hommes : créer, c'est plus fort qu'eux ! Leurs motivations pour démarrer une entreprise sont variées : défi d'un projet personnel, volonté d'indépendance, ambition, goût de l'aventure, ras-le-bol d'un patron, besoin de créer une chose qui n'existe pas, devenir un leader mondial, valoriser leur recherche.

Ces jeunes hommes ont confiance en eux et ils fabriquent littéralement le marché de demain. Contrairement à la majorité, ils n'ont pas peur du risque.

Avoir une passion démontre l'importance que l'on accorde à son être. Lorsque nous avons peur, nous nous détournons de nos désirs propres : notre être se retrouve alors devant un vide existentiel qui l'amène à constamment se protéger contre des ennemis potentiels qui n'existent pas. C'est ainsi que nous devenons une société comptable et paralysée.

Pareillement, si la passion n'est pas soutenue par un certain humanisme, nos créations deviennent déconnectées de nos besoins naturels. Elles sont le fruit d'une expérience purement matérialiste engendrant du vide. Et ce vacuum existentiel produit un stress dans la psyché. Le marché en quête de profits oblige souvent les créateurs à fabriquer des produits en rupture avec notre prescience.

Les hommes ont-ils encore de l'esprit ?

Depuis la Grèce antique, les principaux idéologues de notre modèle d'organisation en évolution sont des hommes. Depuis le Siècle des Lumières, l'esprit de l'homme ne résonne plus dans ses institutions, car il a été remplacé par des grilles techniques de normes.

Nous avons écarté la faculté déductive pour nous concentrer exclusivement sur une logique binaire dans tout ce que nous produisons aujourd'hui. Pouvons-nous prétendre que nous innovons réellement si tout est toujours pensé unidimensionnellement?

Dans le contexte où les sciences fondamentales et l'intuition sont de plus en plus exclues des ingrédients de réussite, allons-nous réellement vivifier notre monde avec nos multiples gadgets jetables ou nous autodétruire ?

Être créatif, qu'est-ce que c'est?

Nous avons développé des engins puissants capables de transporter des gens sur d'autres planètes, de compiler des métadonnées répertoriant nos moindres comportements, d'attribuer des sentiments à des robots, de remplacer des pièces de notre corps par des appareils mécaniques. Mais du même souffle, nous nous acharnons à détourner le regard chaque fois que notre conscience nous invite à étudier notre potentiel d'intelligence psychique. Pas facile de sortir du connu, de la culture millénaire d'une science physique qui n'a jamais inclus la nature psychique de notre conscience dans ses expériences. Dotée de notre pleine force psychique, soit le 90% de notre cerveau non utilisé, les avancées dont nous serions capables mettraient en avant notre prescience inhérente.

La créativité pure, c'est cette antenne hypersensible, le féminin en chacun. Nos sensibilités multiples ne sont pas des états de vulnérabilités, contrairement à ce que certains hommes peuvent croire. Par-dessus tout, notre prescience nous livrerait le secret de notre équilibre perdu - et dont nous ne soupçonnons pas les retombées -, trop insécurisés par les bonzes de la finance, trop apeurés devant les ennemis que nous nous inventons. Plutôt que d'étudier notre conscience créative en tant que science appliquée, nous nous faisons croire que nos technologies sont nos plus brillantes inventions parce que nous sommes attachés au confort qu'elles procurent.

Innover, est-ce que ça veut encore dire quelque chose dans une société confortable et réconfortée, mais de plus en plus malade? Que valent nos inventions si le marché soustrait de son environnement l'intégrité humaine, la sensibilité intuitive et multidimensionnelle de la conscience? Nos inventions nous détruiront-elles avant que nous n'ayons compris comment faire valoir la prescience dans notre environnement de marché? Notre fantasme d'intelligences artificielles est-il en train de faire ombrage à notre conscience multidimensionnelle encore endormie?

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