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05/11/2016 10:56 EDT | Actualisé 05/11/2016 10:56 EDT

La guerre des genres est déclarée

D'où vient la nécessité de légitimer ce désir d'explorer d'autres formes sociales de sa sexualité?

Queer. La guerre des genres est déclarée : «les lesbiennes ne sont pas des femmes» affirme Monique Wittig, écrivaine, lesbienne, féministe, constructiviste matérialiste. Aujourd'hui, certains croient que pour faire avancer la société vers plus d'ouverture, il suffit de briser les formes imposées par la nature sous le prétexte qu'elles auraient été socialement façonnées, voire normalisées par des hommes blancs hétérosexuels. Cela avaliserait le pouvoir de défendre notre «identité» sexuelle sur la base d'un genre social et non plus biologique.

D'où vient la nécessité de légitimer ce désir d'explorer d'autres formes sociales de sa sexualité? David Bowie, et combien d'autres, n'a jamais eu besoin de revendiquer l'expression de sa bi-sexualité expérimentale. Il l'a simplement affichée sans demander de permission, sans attendre qu'une loi cautionne sa différence.

Monique Witty dit : «la femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels». Les queers aspirent aussi à libérer les gais de leur propension à intégrer leurs revendications dans le discours hétéronormatif.

Évidemment, le discours féministe va dans la même direction lorsqu'il souligne que la femme n'a pas à se soumettre au patriarcat. Elle devrait pouvoir disposer d'elle-même dans la société, sans se faire dicter son comportement par le système hétéronormatif dont la racine est le patriarche.

L'être est donc pour les queers un objet social qu'il convient de définir à travers une diversité de genres...

L'objectif noble des queers serait de sortir tous les opprimés du paraître pour faire valoir l'être...

Être, c'est quoi?

Un être est indéfinissable intellectuellement. Il ne peut être saisi que par la conscience de celui qui est. La philosophie, intellectuelle dans sa proposition, a conclu que nous ne pouvons définir l'être qu'en le déterminant en tant qu'objet.

C'est ce à quoi les queer se sont attelées. Sortir l'objet hétéronormatif de sa définition hégémonique et créer une multitude d'autres affichages sexuels qu'ils ont appelé «genres». L'être est donc pour les queers un objet social qu'il convient de définir à travers une diversité de genres: «lesbiennes féministes, tapettes mystiques, fantasmeurs, drag queens et drag kings, clones, cuirs, femmes en smoking, femmes féministes ou hommes féministes, masturbateurs, folles, divas, snap!, virils, soumis, mythomanes, transsexuels, wannabe, tantes, camionneuses, hommes qui se définissent comme lesbiens, lesbiennes qui couchent avec des hommes».

Le «genre» est maintenant le résultat d'un faire. Comme si ce «faire» ne découlait pas d'une nature prédéterminée... Mais à quoi, à qui sert ce verbiage qui nous éloigne d'autant plus de l'être en mettant autant d'emphase sur le paraître? À le défendre intellectuellement.

L'être ne pouvant se saisir est indéfendable dans notre système. Être appartient au for intérieur de chacun. Dès lors qu'une personne est déconnectée de son être, elle se rend vulnérable, n'ayant comme identité qu'un visage social sans racine. Le sentiment de fragilisation fait surgir la nécessité d'être défendu par des visages similaires au sien qui comprendront la même réalité et lui donneront la force qu'elle n'a pas. C'est le sentiment d'appartenance. Forte de son groupe, la personne pourra mieux défendre ce qu'elle veut définir. Mais pour ce faire, elle a besoin de devenir victime et d'avoir un bourreau ; elle doit créer des oppositions, un conflit donnant un bon et un méchant. Alors seulement, le système juridique, politique, médiatique pourra entendre sa cause.

Le multiculturalisme fait de même avec les races en les divisant en appartenance religieuse, selon des signes visibles. Le corps social du religieux est plus facile à défendre que la conscience elle-même. À moins que le phénomène queer ne soit un sous-produit du multiculturalisme?

La société de droit nous éloigne de l'être universel

Depuis 200 ans, l'Occident s'est doté d'une démocratie dont l'autorité éthique est régulée par le système juridique. L'humanisme du Siècle des Lumières nous a conduits à un virage qui a fait bouger la plaque tectonique de la moralité des lois divines vers les lois humaines.

L'être n'existe pas dans le système juridique. Nos lois ne peuvent défendre l'être que s'il est déterminé en tant qu'objet.

Ce virage, qui prend racine à la Renaissance, fut dessiné par des penseurs et philosophes progressistes affirmant que l'éthique doit exister sans l'intervention de l'Église, mais sans nier l'existence de Dieu ni le mysticisme.

Plus tard, l'humanisme français développé par des libres penseurs agnostiques, mais aussi par des croyants, a évolué vers l'athéisme. La primauté de l'humain est devenue la pierre d'assise des lois favorisant la nature universelle au détriment du religieux. En ont découlé des devoirs et interdits: ne pas humilier, tuer, torturer, asservir, voler, violer, opprimer, etc. Voilà l'héritage de notre société de droit.

Aujourd'hui, la religion a disparu du radar pour laisser à la «raison divine», celle des juges, la défense de nos visages sociaux générateurs de conflits. L'essence humaine meurt à petit feu dans ce vide social que plus personne ne peut défendre sauf l'individu lui-même.

En effet, l'être n'existe pas dans le système juridique. Nos lois ne peuvent défendre l'être que s'il est déterminé en tant qu'objet. Et l'objet n'est défini qu'en fonction de ses apparences. Celles-ci sont le fait d'un sentiment d'appartenance qui relie l'être à un groupe social. L'être n'est plus libre dès lors qu'il se laisse définir par le visage d'un groupe, il n'est plus un individu. Il doit accepter de se faire normaliser au sein du groupe auquel il décide d'appartenir. Les queers sont un groupe dont les membres se prêtent au jeu de normaliser le «hors-norme». Pourquoi?

Manipuler les identités

Sans nous en apercevoir, depuis 200 ans, nous avons donné du pouvoir à une jurisprudence valorisant un cas par cas de plus en plus étranger à la nature humaine. Le droit faisant dorénavant figure d'autorité morale, certaines personnes ont compris qu'ils pouvaient en user pour faire triompher la perversion intellectuelle.

Une multinationale minière ou pétrolière peut bafouer le droit des citoyens à un environnement sain, un fanatique religieux peut imposer la charia dans un État de droit, un queer peut changer la définition d'une femme. Il n'en demeure pas moins que nous avons tous, en tant qu'être humain, un code d'intégrité, une éthique intérieure propre en tant qu'être pur qui ne pourra jamais être représentée par un avocat.

Car le seul tribunal qui vaille pour préserver l'être est sa conscience; il est seul à pouvoir défendre son intégrité devant toute pression extérieure. Déconnecté de lui, l'être n'a pas d'autorité pour protéger son énergie, son essence propre, sa nature humaine. Multiplions ce manque d'autorité sur soi par des milliers de paraîtres et nous voyons poindre les failles d'un système juridique qui a fait de l'humain un objet. C'est sur cette base superficielle que se définissent les individualités, affaiblissant gravement l'universalité de la race humaine. Ce système juridique qui manipule les identités a surtout fabriqué une clientèle illimitée aux gens de droit, une clientèle affaiblie par une définition sociale de l'être humain. Nous sommes devenus si petits.

À force de réduire l'universalité de l'être, nous oublions que nous sommes grands et que nous devrions déployer toute l'autorité intérieure voulue pour défendre notre intégrité dans chaque petite chose que nous faisons.

La révolution de l'être ne passe pas par une redéfinition des genres, mais par la compréhension des structures de la conscience humaine. Cette révolution n'a rien à voir avec la forme et l'expression que l'on choisit de mettre en avant. Elle vient de la reconnexion avec des paramètres des sensibilités octroyant un pouvoir insoupçonné à la race humaine. Pour le maîtriser, l'individu devra s'affranchir du sentiment d'appartenance, de sa propension à se définir par les apparences, il devra se libérer de la polarisation fabriquée par nos systèmes déshumanisés. Plutôt que de saccager sa nature et la nature, l'être devra renouer avec elle afin de saisir à l'intérieur de lui les canaux de sa propre révolution.

DE LA MÊME AUTEURE

>La mondialisation: devenir petit

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