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07/07/2014 03:13 EDT | Actualisé 05/09/2014 05:12 EDT

Des lobbyistes ou des députés?

Après le gouvernement d'avocats et d'ingénieurs de Jean Charest, voici le gouvernement médical de Philippe Couillard. Au sein du même parti libéral, seules les professions ont changé. La même nature opportuniste semble guider nos élus portés par des intentions servant d'abord leurs intérêts. Les amis du parti de Jean Charest ont semblé avoir la belle part. Dans le parti de Couillard, ce ne sont plus les amis qui sont servis, mais les députés qui se servent eux-mêmes en changeant les règles pour s'avantager après leur passage au pouvoir. Nos élus manquent-ils de force devant la tentation de travailler surtout pour leur avenir personnel? En tout cas, de nos jours, il semble que cette culture soit admise et toujours bien ancrée.

Ainsi, antérieurement Philippe Couillard est passé - sans égard pour son droit de réserve - de député à médecin dans une clinique privée, le Centre Rockland. Couillard a préparé sa place alors qu'il était ministre, tout comme Yves Bolduc a pu s'octroyer à lui-même une prime incitative de 215 000$, en attendant de revenir au pouvoir, grâce à une règle qu'il a lui-même conçue alors ministre. Résultat : nos impôts ont permis à 1500 patients de retrouver puis de perdre aussitôt un médecin dont l'engagement devrait avoir naturellement une durée. Quant au ministre laconique sur ses explications, il empoche 215 000$, payés par nous. Indécente mise en scène personnelle quand du même souffle, ces mêmes élus nous gavent sur la nécessaire austérité. Le gaspillage de fonds public ne serait pas condamnable pour ces médecins ?

Le gouvernement Charest a mis à mal la réputation des avocats et des ingénieurs par le fait de ses stratagèmes visant à conserver le pouvoir, les deux mains sur le volant, en enrichissant les amis de son establishment. Le gouvernement Couillard va-t-il prendre exemple et, lui aussi, briser notre confiance envers la profession encore considérée comme l'une des plus nobles ? Comment des médecins peuvent-ils se comporter de manière si douteuse, comment peuvent-ils privilégier leurs intérêts et compter préserver la réputation de leur profession ? Un médecin, un bon docteur, n'est-il pas celui qui se dévoue pour les autres ? Ces médecins élus nous envoient le malheureux signal que la dévotion médicale ne fait plus partie intégrante de la profession, que la maladie est dorénavant une affaire de laquelle nous pouvons tirer profit.

En effet, l'altruisme semble absent chez un Couillard qui pense plus à se créer des conditions de sortie de ministère (Hasard ? Le centre Rockland est aujourd'hui visé par une surfacturation) ; qui a nommé une crapule de grande classe au CUSM, A. Porter étant venu directement de l'étranger pour profiter de nos largesses ; et qui a avalisé l'État saoudien dont la pensée rétrograde envers la femme et autres pratiques médicales est digne de la barbarie. Cette même dévotion nébuleuse chez Yves Bolduc faisant des entourloupettes pour soutirer des milliers de dollars aux contribuables ne semble aucunement les tourmenter en regard de la réputation qu'ils font à leur corps professoral. Concupiscence quand tu nous tiens...

Et dans ce trium vera, reste l'énigmatique Gaétan Barrette de qui nous ne savons pas encore s'il va défendre ses intérêts personnels, ceux des médecins, ceux des amis du parti ou ceux du peuple. Le cas du centre Rockland sera un bon test. Pour l'heure, Gaétan Barrette tente de nous convaincre que le problème de surfacturation du centre privé proviendrait d'une mentalité syndicale. Il jure du même souffle que le modèle de Rockland devrait être reproduit dans le public à des coûts moindres et que nous y arriverons seulement si les syndicats optent pour une mentalité de production. Des trois médecins au pouvoir, Barrette semble le plus juste en terme d'analyse de problèmes. Mais nous connaissons sa manière intimidatrice de négociateur, ce qui compromet son rêve de voir le syndicat collaborer à la productivité qu'il espère.

Le parti libéral a à sa tête un médecin dont les lacunes en analyse de problèmes seront à surveiller tout autant que sa très élastique latitude sur l'intégrité des personnes. Dans ce contexte de suspicions avérées par la Commission Charbonneau, il est à souhaiter que ce gouvernement « médical » ne détruise pas le lien de confiance de la population envers les médecins, comme Jean Charest l'a fait pour les ingénieurs. Lorsque Bolduc et Couillard se créent eux-mêmes des conditions de sortie en tant que ministres, tout comme Sam Hamad est devenu lobbyiste de firmes d'ingénieurs, les élus abusent de leur mandat politique et tuent la noblesse de leur profession respective. À qui pourrons-nous faire confiance si les médecins aussi deviennent corruptibles pour une poignée de nos dollars ou pour s'arroger le droit de faire leurs propres règles du jeu ? Il restera les pompiers...