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08/01/2015 09:37 EST | Actualisé 10/03/2015 05:12 EDT

Trop précautionneux pour être djihadistes

Il y a quand même une différence entre les loups solitaires de St-Jean sur Richelieu, du Parlement canadien et l'équipe semi-tactique qui a attaqué Charlie Hebdo. Trouvez l'erreur : ils ne sont pas restés là pour mourir au nom d'Allah. Ils ont précautionneusement effectué un boulot en évitant la mort. Ce n'est pas la manière djihadiste. S'agirait-il alors d'une commande ?

Thierry Meyssan du Réseau Voltaire parle d'une guerre civile organisée par Washington. La technique habituelle de diviser pour régner. On n'aura jamais de preuves devant ce genre d'argumentaire, seulement des signaux, de la même manière qu'on observe l'univers pour comprendre ses mystères, par déduction. Mais justement parce que ces signaux se multiplient, les citoyens devraient les considérer pour voir venir, même si et surtout si, tout est fait pour bannir l'intuition du raisonnement intellectuel (Mémoire #9).

Il demeure étonnant de voir que, malgré toutes les prudences, les gouvernements ne parviennent pas à protéger la société contre ces attentats, surtout prévisibles. François Hollande y est allé d'un mièvre discours sur la solidarité dans l'adversité, reposant son éloquence sur une impuissance résignée à la limite de l'indifférence. Une commande terroriste qui s'attaque au journalisme, pouls sensible de la liberté d'expression ? À qui pourrait profiter cette commande sinon aux politiciens devenus affairistes, occupés à ériger pour leurs amis des paravents entre les peuples et les dynasties qui s'approprient leurs richesses ? Diviser pour régner.

Ces politiciens défendent notre liberté d'expression ? Hypocrisie. À l'heure où on censure tout auteur de livre critique des idéologies dominantes (Lester et ses livres noirs, Écosociété aux prises avec Barrick Gold, Mario Pelletier à propos du scandale de la Caisse de Dépôt, Dieudonné à propos des juifs, Zemmour à propos des islamistes), on voit bien que les affaires et la politique couchent dans le même lit et on ne peut plus arrêter leur perversion. Les politiciens crient au scandale aujourd'hui parce qu'un petit groupe de terroristes donne dans la censure ? Le ministre Valls a fait bien pire en mettant son propre concitoyen humoriste Dieudonné en obligation d'annuler ses spectacles. Quand un ministre intime un polémiste à rembourser son propre public, ce n'est pas de la censure à la liberté d'expression, c'est pire : un embargo politique qui veut le faire courir un simple citoyen à la faillite, le déposséder de ses avoirs pour l'agenouiller. Quand un média jette Zemmour à la porte pour ses positions extrêmes, ce n'est pas une atteinte à son droit fondamental de dire ce qu'il pense, même le pire ? Qui incite réellement à la haine ? Les mensonges politiques ? Les arnaques des maitres du monde ? Ou les polémistes régionaux qui cherchent la vérité et qu'on pointe du doigt comme s'ils étaient des nazis ?

Lorsqu'un journaliste de Radio-Canada médit sur une idéologie pour faire l'apologie de son contraire, qu'il coupe au montage des pans essentiels d'une entrevue pour faire régner la ligne éditoriale, il n'y a pas censure de la liberté d'expression ? Qui aspire le monopole de la parole dans un sillon manichéen ? Et pourquoi réfuter le noir par le blanc comme si c'était la base d'un débat intelligent ? Ceux qui prétendent vouloir notre bien, sont-ils réellement bons ? Ceux qui semblent faire le mal sont-ils de simples démons de service téléguidés par pire ? La réalité est inaccessible parce que ses dimensions sont cachées comme dans l'univers. Il faut parfois la déduire, plutôt que la polariser.

Et cette même liberté d'expression se trouve muselée par notre premier ministre toujours prompt à faire taire le désir de la majorité du Québec à épouser un État laïc, pendant qu'il amène dans son gouvernement des musulmans non représentatifs de la diversité culturelle de ce groupe, prétextant pouvoir contrer le terrorisme. La majorité des musulmans sont venus ici pour fuir un régime de censure. Et leur voix laïque est-elle entendue ? Non. Tout comme celle du peuple d'accueil majoritairement laïc.

Alors qui joue à quoi ici ? La question du terrorisme comme le disent plusieurs analystes relève d'un problème politique. Et le politique use du 4e pouvoir pour contrôler la mouvance sociale. Nous faire croire qu'il défend la liberté d'expression ? Qui a décidé que des jeunes attaqueraient Charlie ? Nous en saurons plus lorsqu'ils auront identifié la source des armes et des finances. Si tant est qu'on nous dise la vérité car, cet attentat ne porte pas la signature habituelle des djihadistes. Et nous devrons lire les éditoriaux des journalistes entre les lignes, par déduction.

Nos politiciens bienveillants nous avisent de ne pas succomber à la peur. Quelle sagesse... Après l'attentat du 11 septembre, le maire de New York répétait sans cesse qu'il fallait continuer de faire rouler l'économie pour montrer que nous n'avions pas peur. Belle priorité. Ce message fut si bien intériorisé, qu'en visite chez un ami, une personne m'a remerciée d'être venu magasiner chez eux... Les prédateurs sont ainsi : ils vous percent le flanc. Mais s'ils ont encore besoin de vous, ils vous garderont juste assez forts pour que vous continuiez de servir leurs intérêts, l'économie étant.

Les terroristes de Charlie Hebdo ne sont pas des intégristes religieux. Ils ont reçu la commande de semer la terreur. Voilà ce que sont de vrais terroristes. Maintenir les peuples dans la peur, c'est avoir mainmise sur eux. Alors on s'assure de ne jamais éradiquer ce qui les maintient dans cet état de terreur. Au contraire, il vaut mieux valoriser les éléments qui peuvent la perpétuer : miser sur les différences religieuses plutôt que sur un état laïc est la meilleure garantie pour les élus qui veulent régner. Ne sont-ils pas la plupart au pouvoir pour le garder... à n'importe quel prix ?

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