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30/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 30/03/2018 09:00 EDT

Les privilégiés

C'est à se demander si le cynisme de la population québécoise et le sentiment grandissant d'iniquité n'ont pas été nourris par les diverses ententes entre les gouvernements et les médecins.

Cropped shot of a doctor shaking hands with a businessman
Cecilie_Arcurs via Getty Images
Cropped shot of a doctor shaking hands with a businessman

Le 1er avril correspond au début de l'année financière du gouvernement du Québec. C'est aussi la date où des augmentations de salaire, en concordance avec la convention collective de 2015-2020, apparaissent sur les chèques de paie des employés du gouvernement.

Ces augmentations, cette année, laisseront un goût amer dans la bouche de ceux qui les recevront, car ils ne manqueront pas de faire la comparaison avec celles consenties aux médecins.

Ils se rappelleront aussi l'argumentaire appuyant les augmentations de salaire proposées par le gouvernement du Québec, en 2010 comme en 2015. On y parlait de la capacité de payer des Québécois, des temps difficiles que nous traversions et on restait sourds au fait que les employés de l'état étaient dus pour un rattrapage salarial, pour les mettre au niveau du secteur privé et des autres gouvernements. Ces derniers arguments, insuffisants pour justifier de plus grandes hausses de salaire, apparaissaient pleinement acceptables, cependant, quand ils sont venus de la bouche des médecins. D'ailleurs, on avait encore plus avantagé les médecins déjà. En 2007, on les avait autorisés à s'incorporer de manière à ce qu'ils puissent fractionner leurs revenus avec leurs enfants ou leur conjoint et reporter de l'impôt. Non seulement on les paie plus cher, mais on veille à ce qu'ils paient moins d'impôt! Un manque à gagner qui, entre 2007 et 2016, s'élève à 150 millions, a calculé la CAQ!

C'est à se demander si le cynisme de la population québécoise et le sentiment grandissant d'iniquité n'ont pas été nourris par ces diverses ententes entre les gouvernements et les médecins.

Évidemment, le fait que trois ténors importants des gouvernements libéraux des dernières années aient été des médecins a contribué à cette perception.

Évidemment, le fait que trois ténors importants des gouvernements libéraux des dernières années aient été des médecins a contribué à cette perception. Comme cela n'a pas aidé d'apprendre que l'ex-ministre de la santé dans un gouvernement Charest, une fois devenu simple député, trouvant sans doute ses émoluments trop maigres, a décidé de combiner son travail parlementaire avec un retour à la pratique privée. Un vague relent de cupidité plane autour de cette décision.

En plus, celui qui a obtenu de bonnes augmentations pour les médecins alors qu'il était en position de négocier pour ceux-ci est le même qui semble leur avoir consenti d'importantes augmentations de salaire quand il a enfin occupé l'autre bout de la table de négociations*. Les retournements de chemise du personnage, de la Fédération des médecins spécialistes du Québec à la politique, puis d'un parti à l'autre pour être bien sûr de finir ministre de la Santé, ressemblent à de l'opportuniste le plus cru!

L'opinion publique s'est aussi émue d'apprendre qu'on n'en finissait plus d'accorder des bonis aux médecins pour faire des tâches qui devraient pourtant occuper leur quotidien.

L'opinion publique s'est aussi émue d'apprendre qu'on n'en finissait plus d'accorder des bonis aux médecins pour faire des tâches qui devraient pourtant occuper leur quotidien. Ainsi existent des primes d'assiduité, créée pour inciter les médecins à réserver les salles d'opération dans des plages horaires peu populaires. Ces primes seraient souvent attribuées sans que vérification soit faite! Il y en a une autre pour une jaquette que doivent porter médecins et infirmières qui, elles, ne peuvent bénéficier de cet ajout à leur chèque de paie. Un spécialiste, Alain Vadeboncoeur, dans les pages de la revue L'Actualité, nous explique que ce ne sont pas là vraiment des primes, mais bien des montants déjà attribués, faisant partie d'enveloppes globales. Elles seraient de toute façon utilisées ailleurs par les médecins concernés. On voit mal en quoi cette nuance permet de justifier la pratique!

On en a aussi appris encore plus il y a quelques années. Les fédérations, celle des médecins spécialistes du Québec et celle des médecins omnipraticiens du Québec, gèrent des enveloppes globales et, pour combler les écarts entre les spécialités dont les conditions de travail sont très différentes, décident de la répartition des hausses négociées. Y a-t-il un seul regroupement syndical au Québec qui bénéficie d'un tel privilège?

Quand on fait l'addition de tout cela, on comprend la population d'être désabusée de la chose politique et si cynique envers ses politiciens.

Quand on fait l'addition de tout cela, on comprend la population d'être désabusée de la chose politique et si cynique envers ses politiciens. Il se pourrait bien que ce soit le cumul de ces événements qui entraîne la défaite de ce gouvernement.

*Je dis ''semble'' parce que ce rattrapage salarial a été décidé bien avant qu'il devienne ministre de la Santé!

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