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20/02/2013 11:17 EST | Actualisé 22/04/2013 05:12 EDT

Faire silence: Les temps individuels de Catherine Béchard et Sabin Hudon

Temps Individuels

Il y a, dans les murs de l'édifice Belgo, sur Ste-Catherine, une autre exposition d'art cinétique et sonore qu'il vaut vraiment la peine d'aller voir. Il s'agit de l'installation intitulée Les temps individuels, présentée dans la galerie Laroche / Joncas, œuvre du duo d'artistes Catherine Béchard et Sabin Hudon.

Dès l'entrée, on reste interloqués par le réseau de pièces reliées par un ensemble de fils. On découvre bien vite que ce sont là autant de petits haut-parleurs enchâssés dans des bocaux de verre, chacun reposant sur une feutrine. Au-dessus d'eux, sans qu'on sache d'abord à quoi ils peuvent bien servir, planent des globes de verre, suspendus par des fils. Sur les murs, derrière eux, des poulies les rattachent à un système électromécanique. Le tout semble inerte et sans vie. C'est qu'il faut s'avancer dans l'espace pour entrer dans les champs de détection et pour que l'œuvre commence à s'activer.

C'est par petites touches qu'une ambiance subtile, faite d'inspirations et d'expiration, se crée. Nous sommes au cœur du dispositif et c'est tout autour de nous que se font entendre ses respirations, passant d'un haut-parleur à l'autre, animant l'espace de vents audibles. Il n'est plus vraiment question, à partir de là, de l'appareillage qui repose à terre, mais de ce qui s'en élève. Nous avons quitté le lieu que nous habitions pour entrer dans un bloc d'espace-temps différent, recréé par le seul effet du son émanant des sources diverses, éparses sur le sol.

(Suite du texte dessous l'image)

temps individuels

Et cela n'en reste pas là. Quand les globes de verre se mettent à osciller, ils nous incitent à reporter notre attention sur l'œuvre. Ils entament une descente, nonchalante et méthodique, qui se terminera lorsqu'ils auront finalement réussi à recouvrir le haut-parleur. Dans le processus, ils en viennent même parfois à heurter quelque peu la base de verre, émettant du coup un timbre aux allures de cloche, qui participe d'autant plus à l'atmosphère vaguement méditative qui s'est installée. Par la suite, les globes s'élèveront légèrement puis retomberont, laissant échapper les plaintes étouffées d'une respiration devenue malaisée.

L'installation apparaît donc comme dispositif à étudier et à élucider. On s'engage en son périmètre pour en comprendre d'abord le sens. Mais, bien vite, l'on comprend qu'elle est une simple mécanique; belle certes, mais moins œuvre en tant que telle que matrice de sonorités. Opératrice, elle était simple prétexte à faire être, dans la dimension qui s'ouvre au-dessus d'elle, une chambre d'échos et de souffles. Elle est porte ouverte sur l'expérience de pressentir ce qui vit dans l'onde du temps et se répercute dans l'espace : le son. Les temps individuels est une installation qui force l'écoute. Par la machination des objets qui la composent, l'installation délimite un lieu d'expérience au sein duquel on sait que quelque chose nous arrivera. En elle, par l'obstacle, et dans l'étouffement, comme par la ténuité du sonore, les artistes parviennent à nous faire entendre le silence. Ils en viennent à le faire vivre et être. Car il nous faut le bruit pour apprécier le silence. Il faut le retrait de l'audible, il faut susciter le mince fil de l'écoute. C'est dans le ressac et par le ressac du bruyant que peut exister le silence, que l'installation de Catherine Béchard et Sabin Hudon fait entendre ici dans toute sa réalité ondulatoire.

Catherine Béchard et Sabin Hudon, Les temps individuels, Galerie Laroche / Joncas, 372 Ste-Catherine Ouest.

Espace 410 - Montréal, jusqu'au 3 mars.

Dans le cadre de l'événement Art Souterrain 2013, les artistes présentent aussi, du 2 au 17 Mars 2013, La circulation des fluides I, dans le grand hall de la tour de la bourse de Montréal.

EN VIDÉO:

Catherine Béchard & Sabin Hudon -- La Circulation des fluides / The Circulation of Fluids I -- 2008/2009 from catherine béchard on Vimeo.