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24/08/2018 12:13 EDT | Actualisé 24/08/2018 12:15 EDT

Élections: à quand un programme cohérent d'enseignement de la littérature québécoise?

Si on souhaite que les élèves soient plus exposés à notre culture, il faut des professeurs qui soient eux-mêmes mieux formés.

Si on souhaite que les élèves soient plus souvent exposés à la culture d'ici, il faut des professeurs qui soient eux-mêmes mieux formés en ce domaine qu'ils ne le sont actuellement.
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Si on souhaite que les élèves soient plus souvent exposés à la culture d'ici, il faut des professeurs qui soient eux-mêmes mieux formés en ce domaine qu'ils ne le sont actuellement.

Élections: à quand un programme cohérent d'enseignement de la littérature

Il y a deux mois maintenant que le gouvernement libéral de Philippe Couillard a promis des investissements majeurs dans le secteur de la culture. Cela se fera par le biais d'une série de mesures qui se fonde sur une alliance culture-éducation-famille.

La nouvelle est d'importance et bien des organismes et des représentants du monde culturel la saluent. Mais c'est une promesse, on ne sait trop si elle résistera aux prochaines élections, car aucun parti n'a annoncé qu'il en respecterait la teneur ou s'en inspirerait.

On retiendra surtout que l'annonce a été faite bien tardivement, tout juste avant l'été en plus, alors qu'on savait que la rentrée serait concentrée à une campagne électorale. Au cours de celle-ci, parlera-t-on de culture?

Bruno Roy m'avait un jour dit une chose étonnante, alors qu'il était président sortant de l'Union des écrivains et écrivains québécois (UNEQ) et que j'allais occuper un siège au sein de son conseil d'administration. Selon lui, on entame souvent un mandat avec le désir de faire avancer les choses pour les écrivains, mais on en vient assez rapidement à travailler pour que leur situation ne régresse pas.

Rien d'acquis en création littéraire

Il n'y a jamais rien de facilement acquis pour ceux qui décident de consacrer une part importante de leur vie à la création littéraire. Cette petite mise en garde devrait faire réfléchir ceux qui ont beaucoup d'espoir face à ce 600 millions répartis sur cinq ans.

J'ai pu constater qu'œuvrer à l'UNEQ pour améliorer la condition des écrivains était comme s'attaquer à une hydre aux têtes multiples.

Pour ma part, j'ai pu constater qu'œuvrer à l'UNEQ pour améliorer la condition des écrivains était comme s'attaquer à une hydre aux têtes multiples. Le déficit chronique de visibilité des écrivains et le peu d'importance que l'on accorde à leur travail forment ensemble l'une de ces têtes. Ça, c'est à l'aval. À l'amont, et c'est là le problème fondamental, il y a le peu de cas qu'on fait, dans les institutions d'enseignement du Québec, d'un éveil, sinon d'une éducation proposée en un programme cohérent, à ce qui compose la culture propre du Québec, littéraire et autre.

C'est étonnant, pour une nation si fière de son identité culturelle distincte!

Quelques pistes de solution

À l'UNEQ, on s'en était indignés au point de travailler, suivant l'idée que j'avais eue, à la publication d'un opuscule assez polémique, intitulé Plaidoyer pour l'enseignement d'une littérature nationale. La littérature québécoise! On avait alors réuni des gens qui avaient une expérience d'enseignement aux différents niveaux scolaires: primaire, secondaire et collégial.

Nous avions cherché quelqu'un qui puisse faire état de la formation que recevaient les futurs enseignants du Québec au niveau universitaire. On nous avait prédit qu'on rencontrerait probablement de la réticence à ce niveau. Et, effectivement, la personne que nous avions finalement réussi à recruter s'est désistée pour des motifs dont je n'arrive pas à me rappeler, sinon qu'ils nous avaient semblé quelque peu suspects.

Si on souhaite que les élèves soient plus souvent exposés à la culture d'ici, il faut des professeurs qui soient eux-mêmes mieux formés en ce domaine qu'ils ne le sont actuellement.

Or, si on souhaite que les élèves des écoles primaires et secondaires du Québec soient plus souvent exposés à la culture d'ici, il faut aussi des professeurs qui soient eux-mêmes mieux formés en ce domaine qu'ils ne le sont actuellement. Après tout, ces professeurs sont déjà le produit d'un système scolaire qui fait peu de cas de la culture québécoise. Ils ne font que reproduire, comme le fait l'université où ils suivent leur formation, le peu d'importance que l'on accorde à celle-ci à travers tout le réseau de l'éducation.

Avant d'être l'une des causes du problème, cette lacune (j'allais écrire, ce dédain) en est l'effet. Le tout forme évidemment un cercle vicieux. Les politiciens sont aussi le résultat de ce système d'éducation. Comment les convaincre, dès lors, de l'intérêt de quelque chose alors qu'ils n'y ont été suffisamment exposés?

Le problème est que l'on ne veut pas enseigner la littérature de manière prescriptive.

Le problème est que l'on ne veut pas enseigner la littérature de manière prescriptive. On ne souhaite pas définir un contenu trop strictement délimité, identifier des œuvres particulières qu'il faudrait, par exemple, connaître absolument. On ne semble pas vouloir non plus d'une histoire littéraire qui présenterait les œuvres dans un contexte sociohistorique donné, selon une logique d'enchaînement qui préparerait mieux les élèves aux contenus plus difficiles d'œuvres modernes aux constructions narratives parfois moins conventionnelles.

Surtout, on ne veut pas d'un contenu obligatoire.

Surtout, on ne veut pas d'un contenu obligatoire. On ne souhaite pas brider la liberté des enseignants. Ce faisant, il me semble qu'on ne respecte pas ce domaine de connaissances, puisqu'on suggère qu'il doit être enseigné de manière arbitraire, au gré des préférences et des capacités de chacun.

Qui songerait, en mathématiques, à ne pas enseigner la racine carrée sous prétexte que c'est trop difficile et que ça ne sert à rien de tangible dans l'expérience quotidienne? Pourtant, c'est bien ce que l'on croit pouvoir faire en culture. On voit l'offre culturelle comme un grand marché où l'on peut choisir ce que l'on veut.

Nous avons grandement besoin d'un univers commun de références.

Cela m'inquiète d'autant plus qu'il me semble qu'au Québec, des clivages profonds entre régions, entre nouveaux arrivants et Québécois de souche, s'accentuent et que nous avons grandement besoin d'un univers commun de références. Les valeurs que nous prônons au Québec doivent tout de même trouver leur source dans notre littérature, dans des œuvres qui sont autant de pierres marquantes du développement singulier de ces valeurs!

On sait aussi maintenant que le fait de lire améliore l'intelligence émotionnelle, stimule la capacité d'empathie, aide à comprendre les points de vue et les univers autres que le sien propre. En un mot, lire va à l'encontre d'un certain culte du moi qui semble bien présent dans la vie moderne et qu'encouragent les médias sociaux!

Bref, lire contribuerait, d'une certaine façon, à la cohésion sociale, grâce à une meilleure compréhension de l'autre, des autres en fait, et de leurs multiples visages. Cet avantage est d'autant plus grand pour un groupe culturel comme le nôtre.

Immisçons-nous donc dans cette campagne électorale pour poser la question: à quand un programme cohérent d'enseignement de la littérature québécoise à l'école?

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