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05/10/2015 09:15 EDT | Actualisé 05/10/2016 05:12 EDT

Plus on lit, plus on aime! Plus on aime, plus on lit!

Je rêve d'un gala annuel du livre québécois. Comme l'ADISQ. Comme le Gala Artis.

Vous souvenez-vous de l'annonce des saucisses Hygrade à la télé ? « Plus on en mange, plus on aime ça et plus on aime ça, plus on en mange ! » Des milliards de saucisses ont été vendues, et mangées, au cours des années qui ont suivi la sortie de ce slogan. La firme a empoché des milliards de dollars. L'engouement pour les saucisses à hot-dog a touché toute l'industrie qui en a largement profité monétairement.

Le principe est resté dans nos têtes durant une bonne dizaine d'années. Je me souviens d'avoir dit à mes jeunes enfants : « Plus souvent vous goûterez au brocoli, plus vite vous l'aimerez ! »

Malheureusement pour les écrivains québécois, on applique ce slogan aux livres, mais à l'inverse. « Moins nous parlons de littérature, moins les gens sont au courant des nouveautés et moins ils lisent. Moins ils lisent, moins ils s'intéressent aux livres et moins nous avons besoin d'en parler. » Dommage pour notre belle industrie de l'imaginaire et de la création. Pathétique pour notre société qui a déjà mauvaise réputation quant à la lecture.

En septembre, s'annonçait la rentrée littéraire. Pourquoi n'a-t-on pas parlé des milliers de bouquins qui ont fait leur entrée au Québec ? Des livres écrits, vérifiés, corrigés et édités par des Québécois aussi passionnés que les artistes du cinéma et de l'art visuel.

Ils travaillent certainement autant que nos hockeyeurs les plus populaires. Ils démontrent intelligence et humanisme; ils s'impliquent dans leur milieu. Je n'hésite même pas à énoncer qu'ils sont plus intéressants que nos politiciens, nos vendeurs d'autos et nos gestionnaires d'affaires. Pourtant...

Du 1er au 30 septembre 2015, j'ai observé et noté les mentions de livres dans La Presse+. Je me suis abonnée à ce quotidien dès son arrivée sur tablette et je le lis avidement « d'un couvert à l'autre » avec mon café matinal. Même si je savais intuitivement qu'on y parle peu de littérature, le résultat m'a énormément déçue. Bien sûr, cette étude n'a rien de scientifique et elle n'est pas exhaustive. Malgré tout, je présume que les statistiques seraient similaires avec d'autres quotidiens bien connus au Québec; peut-être serait-il pire. Néanmoins, ce journal demeure l'un des plus lus au Québec. Ne serait-ce pas la meilleure place pour discuter de nos livres québécois ?

Durant le mois de septembre, La Presse+ a publié 2872 pages dont 12,1 % touchaient les sports, mais seulement 1,2 % parlait de livres. Nourrir notre esprit n'est-il pas aussi important que de se garder en forme ? Au cours de la période, on a inséré à cinq reprises une large section sur l'automobile; 86 pages (3 %). Il y a eu des spéciaux sur les maisons, les voyages et les affaires. En trente jours, nous avons eu droit à quatre feuillets spéciaux sur le cinéma pour un total de 41 pages; ces feuillets s'inscrivent en supplément des nombreuses pages sur le cinéma dans la section Art.

Je dois tout de même souligner les efforts de La Presse+ pour présenter une rubrique sur les livres tous les dimanches, alors que le club de lecture nous propose une revue de quelques romans et essais québécois et étrangers. Un effort tiède. Ne parle-t-on pas de cinéma et de sports tous les jours ? On ne traite pas notre belle littérature avec autant d'égard; pourtant, elle nourrit plus sainement notre imaginaire que tous les modèles d'auto ou les débats politiques.

Je soupçonne que l'appât du gain vient neutraliser nos journalistes. Le but premier d'un journal est de dénicher des commanditaires qui paient le gros prix. Si leur site web prétend qu'on vise à informer les gens, on cherche plutôt les titres et les histoires qui feront vendre plus copies pour tirer le maximum des financeurs. Cette attitude mercantile est niée par tous les intervenants de la presse. « Nous mettons l'accent sur les évènements qui intéressent les gens », nous répètent-ils; une phrase avec laquelle ils se gargarisent pour tenter de nous convaincre. Comment peuvent-ils « savoir » que la lecture ne plait pas à leurs abonnés, s'ils n'en parlent jamais ? Ce concept tordu contribue à garder la littérature comme l'enfant pauvre des arts. Le livre québécois est riche; son style original et sa diversité méritent qu'on s'y intéresse. Qu'est-ce qu'ils attendent ?

L'attitude de la presse écrite est basée sur la perception qu'on ne lit pas de romans au Québec. Ouf ! Et si on mettait la poule avant l'œuf. Parlons de littérature ! Partout et souvent ! Comme la saucisse Hygrade. Plus on lit, plus on aime lire ! Plus on aime lire, plus on lit ! Commençons par en faire la promotion pour inciter les gens à s'y intéresser.

Nous entrons dans la saison des Salons du livre au Québec. Qui osera vraiment discuter du sujet ? Laisserons-nous seulement à quelques périodiques locaux le choix d'en parler abondamment ? Perpétuant ainsi l'idée fausse que l'art d'écrire n'a aucune importance dans la société québécoise d'aujourd'hui ? Est-ce que, frileusement, on n'échappera que quelques entrefilets plogués ici et là entre deux nouvelles déroutantes ? Pire, entre deux débats politiques ? Rarement pessimiste, je crois que cette fois je ne gagnerai pas la partie. On ne mentionnera rien. Parce que, ankylosés dans une perception qui ne fait aucun sens, c'est-à-dire que leurs lecteurs ne s'intéressent pas à la littérature, nos éditeurs de journaux refuseront d'en parler.

Personne n'osera.

Je rêve d'un gala annuel du livre québécois. Comme l'ADISQ. Comme le Gala Artis.

Comme les prix Jutras. Imaginez la brochette de trophées : le meilleur roman historique, le meilleur polar, le meilleur roman fantastique, le meilleur roman contemporain, le meilleur essai, la meilleure BD, les auteurs émergents. On soulignerait ceux qui ont fait de l'écriture leur vie. Il y aurait le livre le plus aimé du public. Tout ça sur toutes les chaînes de télévision en simultané. On en discuterait abondamment dans La Presse+.

Je lance le défi ! Plus les journaux parleront de nos livres, plus les gens s'y intéresseront, plus les commanditaires se battront pour payer le temps d'antenne.

Essayer ! Vous allez voir que j'ai raison.

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