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11/02/2016 09:20 EST | Actualisé 11/02/2017 05:12 EST

L'austérité n'a pas d'avenir

Pendant plusieurs années, j'ai grassement profité des largesses du gouvernement. Je n'avais pas à travailler. Le BS sur les stéroïdes, quoi. Et je n'en ai aucunement honte.

Pendant plusieurs années, j'ai grassement profité des largesses du gouvernement. Je n'avais pas à travailler. Mes repas étaient préparés par un cuisinier. Mon linge était lavé par des employés, ceux-là même qui faisaient aussi le ménage et l'époussetage. J'avais un chauffeur privé et une infirmière qui vivait avec moi. Tout ça payé par l'État. Le BS sur les stéroïdes, quoi.

L'austérité? Connais pas. Et je n'en ai aucunement honte.

Tous ces bénéfices m'ont été donnés dans les années 1970 alors que je vivais dans un orphelinat.

Je suis ce qu'on appelle «un enfant du système». Un système qui semblait bien fonctionner à l'époque parce qu'à mon très humble avis, les ressources étaient mieux distribuées. À tout le moins, c'est ce que je ressens quand je repense à ces années. Au lieu de faire des commissions d'enquêtes, des consultations publiques et des études de faisabilité, les élus ont eu l'air de simplement se dire que les enfants de l'orphelinat avaient des besoins spécifiques et, surprise, ils ont donné les sous et les ressources appropriées. Des politiciens faisant preuve de logique et de vision. Imaginez !

L'orphelinat s'appelait Ville-Joie et s'est révélé être à la hauteur de son nom grâce à ceux qui travaillaient en ses murs et à ce que nous y recevions. Nous avions des éducateurs formés et dévoués. Trois repas par jour, des bicyclettes et même un camp d'été, tiens. Le grand luxe, quand j'y repense aujourd'hui. Ces extravagances devaient certainement avoir un prix. Je ne peux que présumer que la facture était salée.

Ville-Joie servait de refuge à des enfants de la DPJ et à quelques rares orphelins qui, comme moi, s'y retrouvaient entre les différentes familles de pré-adoption dans lesquelles on nous envoyait vivre.

Ça peut effectivement sembler être le grand luxe. Après tout, pourquoi ne pas simplement nous faire passer d'une famille à l'autre sans ce séjour obligatoire à l'orphelinat, et économiser par la même occasion une petite fortune ? Ils auraient donc pu se départir de quelques salaires, puisqu'il y avait moins de soutien à donner. Nous n'étions que des enfants, après tout.

Avec le recul des années, et suite à une intense réflexion, j'en suis venu à la conclusion que quelqu'un, quelque part, a plutôt fait le calcul que si l'on donnait à un être humain les ressources nécessaires pour mieux s'épanouir tôt dans sa vie, l'investissement rapporterait à long terme.

Je confirme que le jeu en valait la chandelle. Je n'ai dû vivre qu'une fois le difficile passage d'une famille à une autre, sans période de transition dans le confort de l'orphelinat entre les deux. La rupture a été d'une brutalité inouïe. L'adaptation à un seul nouvel aspect de vie représente un défi pour les adultes les mieux équilibrés. Imaginez un changement de vie complet pour un enfant. Nouvelle famille, nouvelle maison, nouvelle école, nouvelle bouffe. Un nouveau nom, aussi.

Si on avait soustrait l'orphelinat à mon enfance, j'aurais eu à vivre tout ça à cinq reprises en quatre ans. Mon expérience de l'unique occasion où ça m'est arrivé me fait penser que je ne serais peut-être plus là, aujourd'hui. Ma personnalité ne serait certainement pas la même.

Sans le respect des autres, de la vie et de ma propre personne que les éducateurs de Ville-Joie m'ont inculqué, que serais-je devenu ? Que me serait-il arrivé sans cette logique et cette vision des politiciens de l'époque ? Où serais-je aujourd'hui sans ces folles dépenses qui ont mis les bonnes ressources entre les mains des bonnes personnes ?

Le calcul est évidemment impossible à faire, mais j'aimerais pouvoir comparer ce que j'ai coûté à l'État à l'époque, et ce que j'aurais pu coûter à la société dans le reste de ma vie si le gouvernement avait alors décidé de «couper dans le gras».

Aujourd'hui, les politiciens sont comme le reste de la société : ils veulent un retour immédiat sur leur investissement. Donner de l'argent aux enfants ? Un enfant, ça ne vote pas, voyons ! L'avenir ? L'avenir s'arrête exactement à la date de la prochaine élection, pas plus loin.

C'est triste parce que je crois sincèrement que pour ceux qui ont pu profiter de la «générosité» de l'État comme je l'ai fait, les dividendes sont là. Je suis convaincu que si l'austérité avait été à la mode dans mon enfance, la société aurait perdu au change.

On ne me convaincra jamais que l'austérité envers les enfants est ce qu'il y a de mieux pour assurer leur avenir.

www.steve-marchand.com

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