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13/12/2015 09:44 EST | Actualisé 13/12/2016 05:12 EST

24 décembre, 1001 Notre-Dame

CONTE DE NOËL: C'est toujours dans la même maison ou presque. Toujours avec le même monde ou presque. Toujours la même bouffe ou... Non. Non, c'est toujours la même bouffe.

Des contes de Noël pleins de joie, d'amour, d'espoir, de peur, de colère, de fantasmes... C'est le calendrier de l'Avent du Huffington Post Québec. Retrouvez chaque jour un conte de Noël en attendant le passage du père Noël.

Ça doit faire un mois «qu'on arrive à Noël», depuis la première petite neige de la fin de novembre en fait. L'image s'est précisée de jour en jour grâce aux publicités à la télé avec des clochettes comme musique de fond, aux maisons du village qui se sont illuminées les unes après les autres, aux vitrines des magasins qui sont passées d'ennuyantes à des rouges et des blancs éclatants et à chaque bordée de neige.

Noël, quand on a douze ans, ça prend du temps à arriver.

L'environnement où la fête se déroule et les gens qui font partie du décor, semblent protégés contre l'assaut des années. C'est toujours dans la même maison ou presque. Toujours avec le même monde ou presque. Toujours la même bouffe ou...

Non. Non, c'est toujours la même bouffe.

Pour nous, ça se passe chez Papi et Mamie. Une maison faite de monde, plus que de bois et de tôle. Une maison dans laquelle il fait tout simplement bon entrer, peu importe l'occasion ou la saison. Reste que c'est un peu plus excitant à Noël.

Dans les dernières semaines, Papi a ajouté un millage affolant sur sa Volvo en allant faire les commissions pour que Mamie puisse répondre aux attentes des papilles gustatives de tout son monde. Des attentes qui sont élevées mais, personne ne s'inquiète vraiment. Les petites saucisses enroulées dans le bacon, le pain sandwich multicolore dont les tranches sont étrangement coupées sur la longueur. Il y a aussi les fameux pâtés à la viande dont la recette vient du Saguenay, comme nos hôtes.

Une recette passée de mères en filles depuis tellement de générations que ça doit être pour ça qu'elle est si simple. Et ce doit être parce qu'elle est si simple qu'elle est si bonne. N'allez surtout pas commettre le péché capital de sortir la bouteille de ketchup Heinz; au 1001 Notre-Dame, le ketchup, il est fait maison. Un trésor sans prix qui se cache dans des petits pots Mason usés à la corde.

Le calendrier peut s'amuser tant qu'il le veut à nous faire mourir d'impatience, ça demeure inévitable, un beau matin on se réveille et c'est le 24 décembre. Dans la soirée, les mononcles, les matantes et leur marmaille passent la porte de la maison de Papi et Mamie sous les «aaawwww» de ceux qui sont déjà arrivés. Les mononcles me serrent la main avec enthousiasme en me disant qu'ils sont contents de me voir et toutes les matantes me trouvent beau. Si tout le monde le dit, ça doit être vrai. Plus il y a foule, plus ça parle fort, ce qui fait que quand mononcle Jean-Marie arrive de la Beauce avec sa famille, on ne s'entend déjà plus parler.

À minuit moins cinq, la maison se vide. Il n'y a pas d'excuses pour manquer la messe puisque le 1001 Notre-Dame est au centre du village, juste à côté de l'église. Au moment de la quête, matante Martine qui est descendue de Montréal met un montant exorbitant dans le panier sans que personne ne s'en rende compte. Elle redonne à la communauté qui l'a vue grandir. La messe est tellement longue et il fait tellement chaud qu'il y en a parfois qui perdent connaissance. Pas cette année.

Au retour de la messe, c'est le punch, les petites saucisses et les chants traditionnels.

Il y a aussi des chansons à répondre de mononcle Luc dont les paroles ne sont pas toujours pour tous les âges.

On cogne dans les fenêtres de la maison puis, à la porte. C'est le père Noël!

Finalement, le vrai Noël, celui qui a pris tant de semaines à se dessiner, est arrivé. Il y a tellement de présents à distribuer que mononcle Alain, à qui c'est le tour cette année de porter le déguisement, doit demeurer assis dans la chaise plus d'une heure à donner les cadeaux aux enfants et se faire tordre de rire les adultes. Après le départ du gros bonhomme rouge, on remplira deux sacs à vidanges de papier d'emballage déchiré, de choux et de rubans.

Il est près de deux heures et demie du matin. On va se coucher? Non. On se met à table, voyons! C'est l'heure du pain sandwich, des pâtés à la viande, des petits pains fourrés et du bon vin. Me passerais-tu le ketchup? On finit ça par des beignes. Si les enfants attendaient les cadeaux avec fébrilité, les adultes eux, c'est ce moment qui les fait vibrer. On s'empiffre de bouffe synonyme de réconfort et, entre deux bouchées, on se lance dans des discussions tantôt philosophiques tantôt plus terre à terre. Ça parle, avec volume et quantité, au 1001 Notre-Dame.

À quatre heures et demie on commence à se dire qu'il faudrait peut-être aller se coucher. À cinq heures on se lève de table. À cinq heures et demie on part.

«Le soir du vingt-quatre» aura duré presque huit heures. Et il y a encore toute la journée du vingt-cinq à vivre. Noël, ça prend du temps à arriver, mais ça dure longtemps. Tellement qu'en le vivant, on a l'impression que ça ne finira jamais. À tout le moins, on sait que ça va revenir année après année. On a la certitude que ça se passera toujours à la même place, dans le décor qui nous est si familier et que cette bouffe réconfortante apparaîtra chaque fois devant nous comme par magie.

C'est beau avoir douze ans à Noël.

P.S. La soirée du 24 décembre racontée un peu plus haut s'est déroulée en 1981.

Depuis, Papi et Mamie nous ont quittés. Tante Martine et oncle Jean-Marie aussi. La maison a été vendue. Noël se fête maintenant dans la salle réservée d'un hôtel. La bouffe qu'on nous y sert est bonne mais bien différente. La vie se charge peut-être de modifier le décor, mais il est impossible de se plaindre à cause de ceux qui restent. Parce que c'est toujours le même monde. Et le 1001 Notre-Dame, rappelez-vous, était fait de monde et non de bois et de tôle.

C'est grâce à ce monde si c'est encore et toujours un Joyeux Noël.

www.steve-marchand.com

LES CONTES DE NOËL DU HUFFINGTON POST QUÉBEC

- 1er décembre - Un joli compte de Noël - Réjean Bergeron

- 2 décembre - Le père Noël n'existe pas - Bianca Longpré

- 3 décembre: Le dernier cadeau - Yannick Marcoux

- 4 décembre: Pour Noël, j'aimerais manger trois fois par jour... - Virginie Chaloux Gendron

- 5 décembre: «Scrooge» Couillard et le Noël de l'austérité - Yanick Barrette

- 6 décembre: Pour toi chère Clotilde - Patrick Laperrière

- 7 décembre: Une odeur merveilleuse de beurre chaud, de citron, et de cannelle - Savignac

- 8 décembre: Un Noël de plus en célibataire - Isabelle Tessier

- 9 décembre: Un Noël dans le Bronx - Steve E. Fortin

- 10 décembre: L'étrange histoire de Monsieur Perdu - Karim Akouche

- 11 décembre: Le conte «trash» de la cloche - Josée Durocher

- 12 décembre: Les doux Noëls silencieux d'une petite autiste - Marie Josée Cordeau

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