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08/10/2015 11:26 EDT | Actualisé 08/10/2016 05:12 EDT

«Les sondeurs du Canada anglais disent n'importe quoi au Québec!»

En pleine campagne électorale, nombre d'intervenants parmi les plus importants de l'industrie du sondage d'opinion acceptent d'admettre que leur secteur est en crise. Les grands groupes de presse n'injectent pas plus de fonds auprès de ceux qui sondent et les besoins sont sans cesse croissants.

« Voter Bloc, c'est voter conservateur! »

Manifestement, les plus récentes enquêtes qui sondaient le Québec de façon plus élaborée ont beaucoup déplu à une certaine élite fédéraliste au Québec. Selon que les sondages prenaient en compte des échantillons plus grands et régionaux, on a vu des prédictions de plus de 20 sièges pour le Bloc, ce qui lui redonnerait son statut de parti officiel à la Chambre des Communes, un scénario catastrophe pour cettedite élite.

Il n'en fallait pas plus pour que l'on ressorte les épouvantails. C'est de saison, l'Halloween s'en vient. C'est pathétique, mais semble-t-il que cet argument est plus convaincant que celui des troupes de Mulcair au Québec...

Voter Bloc aide les conservateurs!

Voilà que l'on peut lire certaines analyses tant au Canada anglais qu'au Québec selon lesquelles un Bloc Québécois trop fort aiderait à la réélection des conservateurs, cet apocalypse maudit... Pourtant, un Bloc à plat en 2011 n'a pas empêché l'élection d'un gouvernement Harper confortablement majoritaire, mais silence radio là-dessus.

Dans L'Actualité par exemple, une analyse faite sur mesure pour tenter d'infléchir le vote québécois vers le NPD plutôt que le Bloc québécois, toujours au nom de « l'empêchement du gouvernement conservateur ».

Le problème, comme le note de façon virulente le sondeur Jean-Marc Léger sur son compte twitter, c'est que les sondages sur lesquels se basent la majorité des analyses sont bidons et inopérantes car ils ne tiennent pas compte des composantes régionales essentielles. Par exemple, l'outil de compilation des sondages qu'utilise L'Actualité se base presque exclusivement sur des sondages qui compilent les données du Québec sur l'ensemble du Canada, ce qui fausse les données.

Ainsi, l'analyse faite par Alec Castonguay dans L'Actualité ne crédite qu'un seul siège au Bloc québécois malgré le fait que la formation de Duceppe cartonne à plus de 40% dans plusieurs régions du Québec, et tout cela sans tenir compte de luttes régionales qui pourraient facilement bousculer du côté du Bloc. Non, Castonguay écarte complè-tement le Bloc québécois comme si la réalité de sondages aux échantillons régionaux n'existait pas. C'est pratique!

«Les résultats au Québec influencent grandement les chiffres nationaux, puisque l'impact est important sur le nombre de sièges que peut remporter le NPD. Si Thomas Mulcair recommence à monter dans la province, le nombre de sièges du NPD bondira au total, réduisant d'autant ceux du Parti conservateur

Il faut sauver le soldat Mulcair au Québec! Pourtant, rien dans l'analyse de Castonguay n'évoque le fait que les conservateurs comptent sur 102 sièges remportés par plus de 25% dans le Canada anglais -ce qu'Élections Canada qualifie de « comtés sûrs »-, rien non plus sur le fait que les conservateurs étaient maîtres de la refonte de la carte électorale et que plus d'une vingtaine de sièges émanant de cette refonte se trouvent danseur zone d'influence politique. Non rien de cela.

La réalité, c'est que le Québec n'aura, encore, qu'une influence mineure sur les résul-tats généraux de la prochaine élection. Des sondeurs peuvent bien brandir le spectre d'une « vague bleu foncé » en se basant sur des enquêtes statistiquement non crédi-bles (EKOS parle de plus de 25 sièges conservateurs au Québec, ce qui ne relève que des anomalies inhérentes aux défauts méthodologiques, mais qui est très pratique quand on veut façonner une analyse sur mesure...), la réalité c'est que les réalités régionales tant au Québec qu'ailleurs au Canada (le grand Toronto) et un nombre important de luttes à trois, à quatre, font en sorte qu'il est pratiquement impossible de prévoir l'issue de la prochaine élection, sinon qu'aucun parti au national ne se détache assez pour former un gouvernement majoritaire.

«Le sondage d'opinion est en crise, plus de transparence est nécessaire...»

L'industrie du « sondage » est en crise!

Il est intéressant de constater qu'en pleine campagne électorale, nombre d'intervenants parmi les plus importants de l'industrie du sondage d'opinion acceptent d'admettre que leur industrie est en crise. Les grands groupes de presse n'injectent pas plus de fonds auprès de ceux qui sondent, les besoins sont sans cesse croissants, pour arriver à produire des sondages qui ensuite nourrissent la nouvelle, l'analyse, on coupe dans les moyens (méthodologiques surtout) ce qui réduit toujours l'acuité des enquêtes et qui mine la crédibilité de l'industrie.

Un cercle vicieux qui met en péril la crédibilité de toute l'industrie selon Darrell Bricker, le PDG de Ipsos Global Public Affairs et un des fondateurs de la Canadian Association of Public Opinion Research (CAPOR - en français: Association pour la recherche en opinion publique du Canada-AROPC). Le but de l'association de sondeurs d'opinion est d'établir des standards éthiques et méthodologiques reconnus afin d'empêcher la publication d'enquêtes statistiquement bidons ou peu fiables. Loin de se cacher, Bricker admet d'emblée que même l'élection en cours comporte son ot de sondages scientifiquement nuls.

Les sondeurs du Canada anglais disent n'importe quoi au Québec!

Il est à noter que Léger Marketing fait partie de la CAPOR, Christian Bourque étant le V-P recherche de l'association. En ce sens, quand Jean-Marc Léger dit que les sondeurs du Canada anglais disent n'importe quoi concernant les intentions de vote au Québec, sa critique a beaucoup plus de crédibilité que les analyses politiquement inclinées de certains commentateurs au Québec dont on ne doute plus des accointances politiques...

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