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30/04/2014 12:58 EDT | Actualisé 29/06/2014 05:12 EDT

Ce mandat que vous n'avez pas reçu M. Couillard

Si vous persistez à berner la population du Québec en lui imposant une gouvernance dont vous ne lui avez jamais parlé, il nous restera à nous, les 71% de Québécois qui n'ont jamais voté pour ça, de prendre la rue et de sortir les casseroles.

Comme beaucoup de Québécois, les premiers pas de votre gouvernance m'inquiètent grandement, M. Couillard. D'abord, doit-on vous rappeler que vous avez eu l'appui de 1,7 million d'électeurs sur les plus de six millions qui sont inscrits, ce qui représente environ 29% de la population? On est très loin d'un appui massif populaire qui vous aurait conféré le mandat d'apporter des changements sociétaux d'envergure.

Cela dit, votre gouvernement dûment élu est celui de tous les Québécois, comme vous l'avez mentionné lors de votre discours de victoire. Nous attendons donc de vous que vous teniez compte de la réelle portée de votre appui populaire.

L'austérité imposée

J'ai beau chercher, M. Couillard, mais je trouve peu (pas!) de moments, pendant la dernière campagne électorale, où vous avez annoncé aux Québécois que votre programme politique, économique, comprenait l'imposition rapide, sans appel, d'une austérité économique qui a failli partout ailleurs en passant. Rien. Pire, vous avez critiqué le budget Marceau quand il a été déposé dans une perspective d'austérité qui ne semblait pas vous plaire.

Sitôt que vous avez accédé au pouvoir, les Québécois ont vite compris que vous leur aviez caché vos véritables intentions à ce sujet. L'encre n'était pas encore sèche sur la formation de votre cabinet que, déjà, vous sortiez une étude... (Godbout et Montmarquette ont été rapides n'est-ce pas? Et, pourtant, en 15 jours à peine, vous possédiez une étude sur mesure pour tenter de faire avaler de force aux Québécois vos mesures d'austérité)

Pourtant, cette austérité appuyée par Montmarquette et Godbout, avec lesquels vous partagez des connivences évidentes, est critiquée de toute part.

Des privatisations annoncées?

Encore une fois, M. Couillard, j'ai beau chercher, mais je ne trouve pas de moments où vous avez annoncé vos intentions aux Québécois pendant la dernière campagne électorale concernant les privatisations de sociétés d'État comme Hydro-Québec ou la Société des alcools. Pourtant, tout indique que vous aviez amorcé ces réflexions bien avant votre victoire. Pourquoi l'avoir caché aux Québécois? Seraient-ils moins disposés à accueillir ce type de mesure que semble le croire votre ministre Carlos Leitao?

La vérité, c'est que vous avez tu vos intentions concernant l'austérité et les privatisations, car vous saviez qu'elles vous nuiraient, que si vous aviez joué cartes sur table, vous auriez pu perdre de nombreux votes, voire la majorité. Vous le saviez très bien.

Le travers le plus désagréable de notre désuet système démocratique uninominal à un tour demeure que les gouvernements, une fois élus, se croient investis de tous les pouvoirs sans avoir à rendre compte à la population pendant au moins quatre ans s'ils réussissent à former un gouvernement majoritaire. On a pu le constater avec dégoût quand certains de vos militants, tard en soirée, le 7 avril dernier (et sûrement grisés par la victoire), se riaient de la Commission Charbonneau et de l'UPAC après les avoir tellement craints pendant la campagne électorale.

On a vite compris, d'ailleurs, que la majorité vous a fait oublier bien vite les promesses de probité et d'intégrité. Allez, hop!, les D'Amour, Fournier, Hamad et cie, tous de retour au cabinet. Allez hop!, la purge dans la haute fonction publique annoncée tard en soirée pour essayer de faire passer sous le radar médiatique le fait que vous rameniez, en grande partie, l'équipe post-it de Jean Charest. Vous n'avez rien compris (les libéraux en général) et vous vous en remettez, au prix d'un cynisme encore plus grand, aux vieilles méthodes qui ont causé la perte de Charest.

Vous n'avez pas le mandat de l'assimilation non plus!

Ce qui m'enrage le plus, toutefois, quand j'analyse les premiers balbutiements de votre gouvernance, ce sont ces annonces qui placent le Québec sur le chemin du fédéralisme le plus radical qu'il ait connu depuis 45 ans. Les Québécois ont vite compris que vous ne feriez pas état de la situation avant d'agir.

Il est évident que dans son mauvais français, sur toutes les tribunes, votre nouveau ministre de l'Éducation Yves Bolduc a le mandat de faire passer deux mesures phares qui plairont aux fédéralistes radicaux : l'imposition de l'anglais intensif à la 6e année du primaire et l'abandon des cours d'histoire (au CÉGEP, mais pourquoi ne pas abandonner tous les cours d'histoire un coup parti! Une nation coupée de ses fondements historiques est bien plus facile à berner, à assimiler, right?). Couper les jeunes Québécois de leurs fondements historiques n'a manifestement pas assouvi votre allergie à tout ce qui relève de l'identité québécoise. Voilà que nous apprenons que votre médecin-ministre de l'éducation annule les chaires de recherché en identité... Vivement que tout soit oublié au plus vite...

Pourtant nombreux sont les chercheurs, universitaires, linguistes, qui en appellent à la plus grande prudence concernant les dangers inhérents à l'imposition de l'enseignement de l'anglais intensif au primaire, car l'apprentissage de la langue maternelle (au Québec c'est le français, que ça vous plaise ou non) est fragilisé et que trop d'élèves manifestent des difficultés à maîtriser les fondements grammaticaux et syntaxiques de la langue française. Avant de penser à bilinguiser tous les petits Québécois, il est essentiel de consolider leur apprentissage de la langue française, à moins que le but avoué soit, justement, d'affaiblir davantage le français au profit de l'anglais.

Comme le soulignait le linguiste Paul Daoust:

« Si le bilinguisme individuel est une immense richesse, le bilinguisme collectif pour une minorité politique est un poison mortel. Ce bilinguisme n'existe que le temps de laisser la minorité rejoindre la majorité. »

Il se peut que vous vous en réjouissiez, M. Couillard, mais je suis de ceux qui pensent que vous n'avez certainement pas eu le mandat de procéder à l'assimilation rapide des Québécois.

Et s'il fallait que vous persistiez à berner la population du Québec en lui imposant une gouvernance dont vous ne lui avez jamais parlé, qui va même à l'encontre de certaines de vos positions pendant la campagne électorale, vous appuyant ainsi sur les travers de notre système électoral désuet qui ne vous contraint qu'à peu de choses pour quatre ans, il nous restera à nous, les 71% de Québécois qui n'ont jamais voté pour ça, de prendre la rue et de sortir les casseroles, comme vous l'auriez sans doute fait si, imaginez l'odieux, un gouvernement péquiste avait décidé unilatéralement de tenir un référendum après avoir juré de ne pas le faire...

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