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18/10/2016 10:32 EDT | Actualisé 18/10/2016 10:32 EDT

L'an 1 du gouvernement Trudeau: multiculti et selfies, pour les promesses on repassera...

Voilà un an que Justin Trudeau a remporté les élections fédérales de 2015. Poster boy d'un pays qui cherchait à tout prix à s'extirper de « l'ère Harper », les selfies et la politique pipolisée n'auront pas réussi à masquer le fait que la gouvernance Trudeau, c'est en tout point la gouvernance Harper, mais avec un sourire.

Voilà un an que Justin Trudeau a remporté les élections fédérales de 2015. Poster boy d'un pays qui cherchait à tout prix à s'extirper de « l'ère Harper », les selfies et la politique pipolisée n'auront pas réussi à masquer le fait que la gouvernance Trudeau, c'est en tout point la gouvernance Harper, mais avec un sourire.

Les fonctionnaires fédéraux faisaient partie, en grand nombre, de ceux qui espéraient une nouvelle ère en changeant de gouvernement. Dans un texte cinglant, Tasha Kheiriddin explique comment les fonctionnaires ont été floués par les belles promesses de Trudeau :

Why the disillusionment? Well, just prior to last year's federal election, Trudeau penned an open letter to beleaguered federal bureaucrats. "I have a fundamentally different view than Stephen Harper of our public service. Where he sees an adversary, I see a partner. I believe that in order to have a public service that is valued by Canadians, and a source of pride for its members, it must be valued by its government."

Public servants saw visions of Nirvana-on-the-Rideau, where funding flows abundantly and scientists run free. And after Trudeau's election, they didn't hesitate to express their joy. When the new PM toured the Foreign Affairs building, workers mobbed him, applauding and cheering as if they had just been released from a gulag. They hugged him and his ministers. They booed a reporter asking a question critical of the government. [...] One year on, the shine is off the selfie. 

Traduction libre: Pourquoi cette désillusion? Eh bien, juste avant l'élection fédérale de l'an dernier, Trudeau a écrit une belle lettre ouverte aux fonctionnaires fédéraux. «J'ai une vision fondamentalement différente de Stephen Harper de notre service public. Où il voit un adversaire, je vois un partenaire. Je crois que, pour que la fonction publique soit valorisée par les Canadiens, et une source de fierté pour ceux qui y oeuvrent, elle doit être appréciée au premier chef par son gouvernement.»

Les fonctionnaires ont vu des visions de Nirvana-sur-le-Rideau, où le financement coulerait abondamment et les scientifiques auraient libre cours de s'exprimer et de travailler. Sitôt l'élection de Trudeau, les fonctionnaires n'ont pas hésité à exprimer leur joie. Lorsque le nouveau PM a visité le bâtiment des Affaires étrangères, les fonctionnaires l'ont assailli, pour l'applaudir et l'acclamer comme si ils venaient d'être libérés d'un goulag. Ils l'ont étreint, lui et ses ministres. Ils ont même hué un journaliste qui a osé poser une question critique du nouveau gouvernement.

Fallait entendre le vice-président exécutif régional de l'Alliance de la fonction publique du Canada Larry Rousseau en entrevue chez Cogeco Gatineau à quelques heures de ce premier anniversaire de la gouvernance Trudeau. La lune de miel est terminée, c'est le moins que l'on puisse dire. Voici ce que Larry Rousseau avait à dire des belles promesses de Justin Trudeau à l'endroit des fonctionnaires :

« Au début de la campagne électorale [de 2015] monsieur Trudeau nous a envoyé une belle lettre nous disant que le ton allait changer, qu'il y aurait plus de respect pour les fonctionnaires... Maintenant on dirait que c'est la même botte qu'on reçoit au derrière... Mais avec un sourire ! Peut-être un égoportrait ! »

Voilà le résumé le plus réaliste de la première année du règne Trudeau. Les mêmes politiques délétères que Stephen Harper, mais avec un sourire, des selfies, et l'incessante soupe insipide de la « diversité » multiculturaliste à chaque repas.

« Les premiers mois de Trudeau, les moins productif depuis des décennies »

Pour se faire élire, Justin Trudeau a fait beaucoup de promesses et à bien des gens. Défenseur de la veuve et de l'orphelin, le chef libéral a aussi créé d'énormes attentes chez ceux qui voyaient en lui un vecteur de « vrai changement ». La réalité c'est que la première année de gouvernance libérale a laissé bien des gens sur leur appétit de changement. Pourtant, le chef libéral avait la vie facile à la Chambre des communes ; tous les partis de l'opposition sont représentés par des leaders intérimaires. Il aurait pu agir promptement afin de livrer la marchandise et réaliser les promesses qu'il avait faites.

À la place, les libéraux se sont traîné les pieds. Les premiers mois du gouvernement Trudeau ont été peu productifs à la Chambre des communes. En guise de comparaison, les conservateurs suite à leur mandat majoritaire de 2011 avaient fait adopter 18 projets de loi en neuf mois, dont neuf en 23 jours, pour faire suite aux promesses qu'ils avaient faites en campagne électorale. Le PLC de Trudeau n'a fait passer que neuf projets de loi en neuf mois. Dans le cas des dossiers plus litigieux ou controversés, Trudeau a remis le tout à plus tard en envoyant le tout en comité, en études, etc. On pense ici par exemple à sa promesse concernant la livraison du courrier, les dépenses militaires, la modernisation complète de l'Office national de l'énergie ou le changement de mode de scrutin.

Du point de vue de l'environnement, Justin Trudeau a essuyé de vives critiques alors qu'il livrait un discours passionné pour défendre l'environnement à la COP21 de Paris plus tôt cette année pour ensuite revenir au Canada en offrant au monde que la maigre défense des cibles de Stephen Harper en ce qui concerne la réduction des GES. Quand on ajoute ces piètres ambitions environnementales d'un parti qui jurait changement en la matière au fait que le PLC poursuit aussi, intégralement, la politique pro-pétrole, pro-oléoduc de l'ancien gouvernement Harper, on obtient la même recette de l'échec en environnement. Sourires et beaux discours aux accents faux en prime.

« Après avoir affirmé haut et fort que le Canada ne serait plus un cancre en matière de lutte contre les changements climatiques, le gouvernement Trudeau se résigne à faire siennes les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) fixé par l'ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper», écrit Joël-Denis Bellavance dans La Presse.

Les nations autochtones déçues...

« C'est une chose de permettre la réconciliation, mais je n'y ai jamais cru. Mon père m'a appris à ne jamais faire confiance à ces gens qui sont tout sauf honorables. » - Andrew Webster, un aîné de la nation autochtone Nuu-chah-nulth en Colombie-Britannique

L'an un de la gouvernance Trudeau a une saveur aigre pour beaucoup de nations autochtones à qui Justin Trudeau avait promis mer et monde. Justine Hunter, dans le Globe & Mail, dresse un portrait sévère du bilan de Trudeau après un an. En campagne électorale, Justin Trudeau avait élevé au rang « d'obligation sacrée » la question des droits des nations autochtones, ce qui avait généré optimisme... qui s'est depuis transformé en colère :

Chief Frank has declared that Mr. Trudeau is no longer welcome in Tla-o-qui-aht territory, and the broader Nuu-chah-nulth Tribal Council has turned away federal fisheries negotiators in protest. More than a year after the federal Liberals won, having promised significant legislative reforms aimed at recognizing and respecting aboriginal title and rights, the lack of progress is brewing frustration.

Traduction libre: Le chef Frank a déclaré que M. Trudeau n'était plus le bienvenu sur le territoire de Tla-o-qui-aht, et que le Conseil de bande élargi de Nuu-chah-nulth avait refusé l'accès aux négociateurs fédéraux des pêches en guise de protestation. Plus d'un an après la victoire des libéraux, et suite à de nombreuses promesses de réformes législatives importantes visant à reconnaître et à respecter les droits et titres autochtones, l'absence de progrès est source de beaucoup de frustration.

« Rien de ce que dit Stéphane Dion sur l'Arabie saoudite n'est vrai ! »

Le dossier à propos duquel le gouvernement Trudeau s'est le plus déshonoré est sans l'ombre d'un doute celui de la vente d'armes aux barbares saoudiens. Trudeau a menti aux Québécois en campagne électorale lors du débat des chefs en français lorsque questionné par Gilles Duceppe sur sa volonté de rompre le contrat d'approvisionnement militaire aux Saoudiens. Trudeau a déclaré que ce n'était que « juste des Jeeps » pour dorer la pilule.

La réalité c'est que le Canada est le deuxième plus gros vendeur d'armement aux Saoudiens, de l'armement militaire, des véhicules blindés de guerre, tout ça pour récolter les milliards de dollars qui viennent en retour. Et ce contrat Trudeau a voulu l'attribuer à l'ancien gouvernement Harper pour ne pas en porter l'odieux. Il a été démasqué en avril 2016 quand le Globe & Mail a révélé que c'est Stéphane Dion, son ministre, qui a octroyé les permis et procédé aux approbations nécessaires à la mise en œuvre de cette entente nauséabonde.

Et après, Justin Trudeau se parade dans les mosquées où prêchent des intégristes religieux, où l'on impose à ses ministres féminines de porter le voile et d'entrer par les portes de côté, où les femmes sont reléguées au balcon, oui, la ségrégation sexuelle, et où Justin Trudeau, tout sourire, au lendemain d'un discours où il se proclame féministe... Justin Trudeau d'envoyer : «Laissez-moi saluer nos sœurs là-haut...»

Cette phrase qui banalise la ségrégation sexuelle au nom de l'intégrisme religieux, cette phrase qui résonne encore chaque fois que Trudeau se pose en héraut de la cause féministe...

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