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13/05/2015 10:41 EDT | Actualisé 13/05/2016 05:12 EDT

«Nous formerons le gouvernement le plus transparent de l'histoire du Québec»...

Le 7 mars 2014, en tout début de campagne électorale, Pauline Marois avait commis l'erreur (selon moi, du moins) de refuser de répondre aux questions des journalistes qui allaient suivre sa campagne. L'entourage de la première ministre souhaitait qu'elle fasse des points de presse plus formels, à des moments déterminés par la candidate elle-même.

En moins de temps qu'il n'en faut pour «tweeter» l'affaire, c'est l'indignation généralisée. La petite communauté de journalistes sur le beat politique a vite fait de dénoncer l'absence de réponses de la première ministre. Les chroniqueurs politiques, dont plusieurs hostiles au Parti québécois, ont récupéré l'affaire et dès le lendemain, au micro du roi des ondes Paul Arcand par exemple, on se fendait d'indignation. Partout, que ça, pendant des jours.

On se souviendra d'ailleurs de cette phrase suave du «journaliste-chroniqueur-opiniateur» Denis Lessard (difficile de cerner parfois où il se situe celui-là par rapport au mur de Chine évoqué par André Pratte dans la salle de rédaction de Gesca): « La décision de la garde rapprochée de Pauline Marois illustre on ne peut plus clairement son insensibilité aux principes de transparence qui devraient guider tous les élus. »

Pauline Marois a perdu ces élections et nous connaissons la suite. Philippe Couillard a été élu sans véritable programme de gouvernance si ce n'est «pas de charte, pas de référendum», mais en promettant, dans son discours du vainqueur, «le gouvernement le plus transparent de l'histoire du Québec». Rien de moins. Il lui fallait envoyer ce type de message compte tenu du très court purgatoire libéral dans l'opposition qui n'avait en rien permis au PLQ de faire le ménage et alors que son équipe regorgeait de noms cités à la Commission Charbonneau et dans les 23 perquisitions de l'UPAC au Parti libéral.

Le gouvernement le plus transparent de l'histoire... Un engagement mis à mal dès le début qui s'ajoute à l'indécente liste de promesses brisées par le gouvernement Couillard. S'inspirant des pratiques de Stephen Harper à Ottawa, Couillard a rapatrié toutes les communications au sein du Conseil exécutif; imposé la muselière à ses ministres; mais plus encore, à l'instar des pires pratiques de gouvernance décriées à Ottawa, Couillard musèle les agents gouvernementaux afin de taire la gronde légitime provoquée par les coupures sauvages de son gouvernement en santé et en éducation. Discrètement, au péril des sanctions de cette administration fondée sur l'intimidation, des voix s'élèvent pourtant pour dénoncer un «climat d'inquisition permanent» dans nos hôpitaux et nos écoles. Gare à quiconque oserait contester les coupures imposées par ce gouvernement! Déjà que cette austérité tombe comme la misère sur le pauvre monde sans jamais n'avoir été annoncée, ni débattue en campagne électorale... C'est absolument indécent.

Voilà que le «gouvernement le plus transparent de l'histoire» pousse le mensonge encore un cran plus loin cette semaine. Informé par la communication du ministère de l'Environnement de Pierre Arcand, le journaliste Alexandre Shields, du Devoir, se rend à une rencontre dans le cadre du «Chantier sur l'acceptabilité sociale des projets miniers et énergétiques». À l'évidence, la présence du journaliste a beaucoup déplu au ministre qui l'a fait expulser aussitôt. Pour ce «gouvernement le plus transparent de l'histoire», l'acceptabilité sociale ne rime pas avec la transparence d'une couverture médiatique libre et sans entrave.

Depuis, le ministre tente de sauver la face avec des explications cousues de fil blanc, décousues de toute logique, sinon que les partenaires du gouvernement dans ce dossier préfèrent (imposent?) le huis clos à la transparence. Reproche-t-on au journaliste Shields d'en avoir trop dit quelques jours plus tôt sur les activités de lobbying de certaines firmes proches du pouvoir? Le gouvernement Couillard a-t-il été échaudé par les révélations gênantes de la subvention de 100M$ à une minière chinoise ayant piètre réputation, mais qui avait l'avantage de liens privilégiés avec le premier ministre?

L'indignation à deux vitesses

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec s'est indignée bien sûr de l'expulsion d'un journaliste d'une réunion gouvernementale publique. Mais ce qui est franchement choquant, c'est l'indignation à deux vitesses de ceux qui avaient été si rapides à se mobiliser pour lyncher Pauline Marois en mars 2014. Où sont-ils aujourd'hui pour pourchasser Pierre Arcand jusque dans ses derniers retranchements? J'ai écouté l'émission de Paul Arcand, le roi des ondes à Montréal, pas de traces de son frère Pierre... Pourtant, entre frères, la communication doit être facile à établir non?

J'ai tendu l'oreille aux commentaires de l'autre roi des ondes de Cogéco, celui de l'Outaouais, Roch Cholette : pas d'indignation outre mesure là non plus. Remarquez, il aurait été étrange que Cholette, ex-député libéral, convoque la ministre libérale responsable de l'Outaouais Stéphanie Vallée, qui est aussi sa conjointe, afin de la brasser sur un dossier de transparence qui touche un caucus au sein duquel il siégeait il n'y a pas si longtemps, n'est-ce pas!

On comprend bien que La Presse, Cogéco et les autres médias ouvertement hostiles au PQ aient traité amplement du refus de la première ministre de s'adresser aux journalistes en mars 2014. Ce qui est plus troublant, c'est que La Presse par exemple, à la mi-journée du 13 mai, n'avait toujours pas traité (j'ai beau chercher...) de l'expulsion du journaliste Alexandre Shields de la rencontre publique du ministère de l'Environnement sur les projets miniers et énergétiques.

Comment ne pas faire le parallèle avec un autre dossier auquel refuse de s'attaquer le vaisseau amiral de l'empire Gesca et qui relève du domaine minier: celui de Canadian Royalties, cette minière chinoise au sein de laquelle Couillard et son ami Porter avaient des intérêts, mais aussi Power Corporation... Cette fois-ci, le journaliste Alexandre Shields révélait le 11 mai que parmi les lobbyistes récemment enregistrés au registre du gouvernement du Québec figurait «Saint-Aubin E & P, filiale de la société française Maurel & Prom, qui détient 21,67 % de la société en commandite Hydrocarbures Anticosti S.E.C.» Quelques recherches sur cette compagnie Maurel & Prom permettent de relever plusieurs informations intéressantes... Un bien petit monde que celui-là.

Sans tomber dans les théories de complot ou les romans d'espionnage, il est quand même inquiétant de constater que l'expulsion du journaliste Shields ait trouvé écho au Devoir (bien sûr), au Journal de Montréal, au Huffington Post, à Radio Canada, au journal Métro, mais pas dans l'empire Gesca-Cauchon... Où était Denis Lessard pour nous rappeler «aux principes de transparence qui devraient guider tous les élus» comme il l'avait fait pour Pauline Marois? Serait-ce que les directives de la convention collective en vigueur à La Presse (convention collective qui a largement circulé cette semaine sur les médias sociaux) concernant « l'idéologie » débordent jusque dans le choix de la nouvelle à traiter?

La question se pose.

Ah oui... Et on nous dira que le plus grand danger concernant l'objectivité de la couverture journalistique au Québec, c'est Pierre-Karl Péladeau? Le simple fait de penser que ce soit Philippe Couillard, l'antinomie de la transparence, qui convoque Péladeau en commission parlementaire sur ces questions est risible. Le «gouvernement le plus transparent de l'histoire» qui fera la leçon en commission parlementaire sur les grands principes qui devraient guider une presse objective tout en refusant aux journalistes le droit de couvrir des rencontres sur l'acceptabilité sociale des projets miniers et énergétiques...

Le mot de la fin à l'éditorialiste du Devoir, Josée Boileau, sur l'opacité programmée du gouvernement Couillard, loin des principes de transparence, mais plutôt, encore, embourbé dans le mensonge:

L'ironie à propos de l'affaire de la consultation publique à huis clos (comment dire autrement !) sur l'acceptabilité sociale tenue par le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles, c'est que ledit huis clos non seulement est une nouveauté, mais il a été décrété parce que des organismes, semble-t-il très très peu nombreux, l'ont demandé. On ne pouvait rêver meilleure manière de mettre le doigt sur le bobo en matière d'acceptabilité sociale: le secret. Et ce ne sont pas les groupes environnementaux ou de citoyens qui tombent dans ce travers !


Quand, le 18 novembre dernier, le ministre Pierre Arcand annonce que se tiendra au printemps un chantier portant «sur l'acceptabilité sociale des projets liés à l'exploitation des ressources naturelles», il souligne que le processus «se fera de manière transparente et dynamique». Nulle part n'est-il fait mention de rencontres privées.

Le «gouvernement le plus transparent de l'histoire»...

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