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27/03/2015 09:36 EDT | Actualisé 27/05/2015 05:12 EDT

Couillard n'a jamais partagé son itinéraire aux Québécois durant la campagne électorale...

Connaissez-vous l'histoire du politicien de la Colombie-Britannique Paul Reitsma? J'en doute. Et c'est bien normal, ce député provincial s'est assuré que son nom ne passe pas à l'histoire...

En 1996 Paul Reitsma, un libéral provincial de la Colombie-Britannique, avait défait le député néo-démocrate sortant dans le comté de Parksville-Qualicum. En 1998 cependant, le député Reitsma a été impliqué dans un scandale de lettres d'opinion au journal local, lettres qu'il signait sous de faux noms afin d'attaquer ses adversaires politiques. Le problème? Il s'est fait pincer, pris en flagrant délit.

Quelques années plus tôt (en 1991), les habitants de la Colombie-Britannique avaient été appelés à se prononcer par référendum sur la possibilité de se donner une procédure de destitution et par une écrasante majorité de plus de 80%, ils ont répondu favorablement. Le 24 février 1995, le PM de la C-B, Mike Harcourt, a déposé et fait adopter le projet de loi « Recall and Initiative Act ». Encore à ce jour, la Colombie-Britannique demeure la seule province canadienne où la destitution d'un politicien est possible.

Paul Reitsma là-dedans? Honteux de s'être fait prendre, il fut le premier politicien visé par cette initiative de destitution en 1998. Quand il a réalisé que l'issue de la procédure ne laissait aucun doute, qu'il serait effectivement destitué, il a préféré démissionner afin de ne pas laisser sa marque dans les livres d'histoire comme le « premier » à recevoir le coup de pied au derrière.

La procédure de destitution est un puissant moyen d'imputabilité qui force les élus à plus de transparence. Ce mécanisme est essentiel étant donné que le mode de scrutin en vigueur au Canada et dans les provinces est désuet et octroie tous les pouvoirs le plus souvent à une minorité d'élus. Comme c'est le cas au Québec présentement.

Le Québec DOIT se doter de mécanismes d'imputabilité

On peut bien faire toutes les Commissions Charbonneau qu'on veut, ce que l'on constate depuis 2003 c'est que le Québec souffre énormément d'absence de mesures d'imputabilité pour imposer aux élus plus de transparence.

La dernière élection est particulièrement accablante de ce côté. Philippe Couillard a été élu sans l'once d'un programme électoral sinon que de « s'occuper des vraies affaires », slogan vide qui, semble-t-il, lui accorde la (fausse) légitimité de faire n'importe quoi.

En clair, jamais Philippe Couillard n'a partagé son itinéraire à la population.

Jamais.

Pendant que les policiers matraquent les jeunes dans la rue sous prétexte qu'ils ne partagent pas leur itinéraire, le gouvernement impose aux Québécois un programme politique qu'ils ont sciemment caché pendant la dernière campagne électorale. Martin Coiteux, qui a été tenu au silence pendant cette campagne, exulte de bonheur et de métaphores insultantes aujourd'hui. Combien de Québécois ont appuyé le Parti conservateur du Québec? Moins de 0,8% et pourtant, Coiteux fait la morale aux Québécois en jouant les apprentis sorciers de l'austérité.

Si le Parti libéral avait eu l'honnêteté d'annoncer ses intentions aux Québécois l'an dernier, à pareille date, non seulement les policiers ne pointeraient pas leurs instruments en plein visage des jeunes dans la rue, le PLQ n'aurait pas été élu, tout simplement. Car dans ce système qui est le nôtre, si la campagne électorale n'est pas le moment essentiel pendant lequel chaque parti politique explique ce qu'il entend faire avec le pouvoir, on s'expose à de graves dérives. Du genre de celles que l'on voit dans le budget présenté par Carlos Leitao hier. Et l'establishment libéral se sait très bien en manque de légitimité. On se rappellera la ridicule proposition d'André Pratte qui en appelait au « référendum pour légitimer l'austérité » à peine quelques semaines après l'élection!

Oui, oui. Pratte, qui s'était fendu d'un éditorial assassin contre le PQ et son « référendum » à 48h des élections se voyait contraint à cette proposition pour essayer tant bien que mal de « réparer » le mensonge libéral, ce mensonge par omission. Doit-on rappeler aussi que l'essentiel du programme électoral (sic) de Couillard était : « Pas de charte, pas de référendum! »

On peine à imaginer comment l'élite fédéraliste qui a tout mis en œuvre pour faire élire Couillard sans itinéraire réagirait si le PQ, majoritaire, décidait tout bonnement de nationaliser l'essence, taxer le capital, imposer une constitution au Québec, jeter le multiculturalisme canadien aux poubelles, tout ça sans jamais en avoir glisser un mot en campagne électorale... Pariez que cette élite trouverait une façon de destituer le PQ. André Pratte imploserait...

Quelle imputabilité?

Le problème demeure que le système actuel permet à un parti politique de cacher son programme électoral, mentir par omission à la population pour s'assurer de prendre le pouvoir et ensuite en faire ce qu'il veut sans que la population n'ait d'outils démocratiques afin de lui imposer quelconque imputabilité.

Dans ce contexte, quelles autres avenues les citoyens ont-ils que de prendre la rue? Et croyez-moi, à la lumière de ce qui a été présenté hier, ils seront nombreux à le faire. Peut-être encore plus qu'en 2012. Car l'affront est total et illégitime. Le gouvernement peut bien essayer de mater la grogne en s'assurant que les forces policières répriment violemment les premières manifestations, cela s'avèrera aussi inefficace qu'en 2012, car le droit légitime de manifester est le dernier rempart qui lui reste à cette population pour rappeler à ce gouvernement qu'il est, lui, illégitime dans son action.

Et la rue nous prendrons sans gène. Moi le premier. Pacifiquement. Car c'est mon devoir de citoyen et de père que de marcher au-devant de la génération de mes enfants quand la police lui tire des bombes lacrymogènes en plein visage à moins d'un mètre. Loin de calmer les esprits, ce que le gouvernement fait, c'est qu'il en appelle à notre capital devoir de nous dresser devant lui.

Et un petit message aux politiciens des autres partis politiques, il est plus que temps que vous proposiez des mesures d'imputabilité à la population du Québec. Aux candidats à la chefferie du PQ particulièrement, y'en a-t-il un dans la salle qui serait prêt à s'engager à inclure dans ses propositions une procédure de destitution semblable à celle qui est en vigueur en Colombie-Britannique?

À voir l'étendue de la mascarade que fut la dernière élection au Québec, nous en avons vraiment besoin.

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