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03/09/2015 08:19 EDT | Actualisé 03/09/2016 05:12 EDT

Six médecins envoient leur avis de démission au CLSC de St-André-Avellin

Six médecins d'un coup. C'est énorme. C'est triste aussi. Mais surtout, cela témoigne de chambardements énormes dans le système de santé qui affectent non seulement ceux qui y travaillent, mais aussi la population, les services, etc.

Six médecins d'un coup. C'est énorme. C'est triste aussi. Mais surtout, cela témoigne de chambardements énormes dans le système de santé qui affectent non seulement ceux qui y travaillent, mais aussi la population, les services, etc.

J'évoquais hier lors de ma chronique aux Voies du retour les avis de démission de six médecins de l'urgence du CLSC de St-André-Avellin dans La Petite-Nation. Six d'un coup. C'est énorme. Pas des médecins militants, six médecins parmi ceux qui restent, car les plus militants ont déjà quitté.

La gestion autoritaire de Gaétan Barrette en avait déjà fait fuir plus d'un, le projet de loi 20 (et les autres), la coercition, le climat de travail délétère, ce climat d'inquisition imposé, invivable.

Six médecins qui n'en peuvent plus, qui sont excédés, découragés par les coupures inefficaces, par la logique comptable de ceux qui administrent leur urgence comme un magasin de chaussure, selon une logique comptable indigne des soins que ces six médecins prodiguent aux gens qui traversent les portes de l'urgence, inquiets, brisés, et qui confient ce qu'ils ont de plus précieux, leur santé, à ces six médecins en manque de ressources, en manque de moyens. Est-ce normal que des médecins d'urgence au Québec ait à démissionner pour protester de ne même pas avoir à leur disposition le nécessaire pour l'analyse sanguine des patients en détresse?

Vous savez ce qui est le plus enrageant? C'est ce climat d'inquisition justement. Écouter le témoignage de gens découragés, excédés, mais contraints au silence, tant la pression est forte sur eux qu'ils ne dénoncent pas les incuries qu'ils vivent. Se faire dire par exemple « si tu sors cette histoire-là, l'Agence [le CISSO] ne va pas tenter de régler le problème, ils vont tout faire pour tenter de savoir qui a parlé, on nous répète souvent qu'aucune dissidence ne sera tolérée ».

Et le CISSO a réagi à cette histoire. Au départ, ils ont nié en bloc. Puis ensuite, sachant que cela sortirait, quelques précisions. « Ce sont des avis d'intention de démissions, un cadre est sur place pour tenter de régler la situation ». Le problème c'est que de l'avis même de ceux qui ont démissionné, ça fait des mois, voire des années qu'on promet plus de ressources, plus de moyens, et c'est plutôt l'inverse qui se produit...

Bref, actuellement, les médecins pratiquent encore au CLSC de St-André-Avellin, mais au bout du rouleau. Le pire dans tous ça, c'est que les médecins doivent être prudents dans leurs revendications, car une autre menace plane, celle de la fermeture pure et simple de l'urgence du CLSC. « Il ne faudrait pas non plus que les six démissions deviennent prétexte à la fermeture de l'urgence; que ceux qui y songent en profitent pour dire: vous voyez, les médecins sont partis! Et hop l'urgence ».

Pourtant, les intervenants de la première ligne en santé sont les mieux placés pour observer, ressentir les effets des coupures dans le système (on prévoit plus de 250 suppressions de postes au CISSO). Encore, une autre source du CLSC de St-André-Avellin me disait la semaine dernière ceci :

« Tu sais, avant, il y avait deux ressources pour les prises de sang, on faisait des prises de sang toute la journée. C'est terminé ça. Juste des prises de sang le matin pis l'analyse est faite à Gatineau. Ça, c'est des services concrets que la population d'ici ne reçoit plus. Et les patrons nous disent que ça n'affecte pas les services à la population. Même en nous le disant ils savent très bien que c'est faux. Mais ce sont eux justement, ces cadres-là, qui subissent le plus de pression. »

Au cours de la dernière année, j'ai eu la chance de rencontrer, d'interviewer ou simplement de causer avec beaucoup de gens qui œuvrent à différents niveaux dans le système de la santé. Plus d'une fois, j'ai reçu des appels de gens qui souhaitaient me faire part d'une situation qu'ils jugeaient inadmissible. Et j'écoutais, en attendant.

On m'a parlé des ressources en santé mentale que l'on coupait, des services de proximité que l'on réduisait. Des travailleurs sociaux que l'on ne remplaçait plus, des psychologues en moins, des infirmières, des techniciens en laboratoire, tout y passe.

Je me souviens de l'appel d'un(e) bon ami(e) à moi un bon matin. De son bureau ce contact pouvait apercevoir les déménageurs qui vidaient les locaux de l'aile spécialisée en aide psychosociale. Terminé ce service au CLSC de St-André-Avellin, désormais ce service serait offert de Gatineau, au mieux à une heure de route plus loin, quand il fait beau. Pourtant, les intervenants de ce service ne suffisaient pas à la tâche. On parle ici d'une région au profil démographique défavorisé, beaucoup de pauvreté, de toxicomanie, de gens isolés socialement qui recevaient des soins et de l'aide au CLSC. Ma source, dépitée, enrageait au téléphone : « Ils font ça en sauvage, personne n'a été avisé, ça m'enrage... »

La population de La Petite-Nation tient à ses services en santé (et aux autres évidemment) et la grogne se fait sentir. Des citoyens ont déjà commencé à interpeler le député libéral du comté, sans succès, et leurs élus locaux municipaux afin de trouver des réponses. Ce qui enrage les gens ici c'est que jamais il n'a été question lors de la dernière campagne électorale de pareils chambardements en santé. Au contraire, le député libéral sortant promettait plutôt plus d'heures d'ouverture pour l'urgence, plus de services, plus de ressources... « On va s'en souvenir », me disait un citoyen du village en fin de semaine.

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