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30/06/2015 11:35 EDT | Actualisé 30/06/2016 05:12 EDT

Bonne fête Canada!

En dépit des divergences fondamentales sur l'avenir de ce pays, la majorité des Canadiens et des Québécois se respectent et croient que rien n'est plus précieux que ce droit que nous chérissons tous de débattre, de défendre nos points de vue, sans craindre la répression, la violence.

C'est une étrange situation que la nôtre en cette « confédération » qui n'en est pas une, en ces deux nations qui, de chaque côté, ont quelque chose de sublimé, de non-accompli, de « reste-à-faire »...

Les Québécois ont le privilège de deux journées fériées à sept jours d'intervalle pour bien se rappeler, chaque année, de l'ambigüité de leur situation nationale. Les fédéralistes québécois aimeraient que l'on en finisse avec le « pays imaginaire » comme le disent Philippe Couillard et François Legault.

À ça, une réponse intéressante de la journaliste Josée Legault : le pays imaginaire n'est toujours celui qu'on pense...

« De bonne guerre, Philippe Couillard braque les projecteurs ailleurs. À l'instar du chef de la CAQ, François Legault, il prend plaisir à répéter que la souveraineté est une solution imaginaire à un problème imaginaire.

Jurant qu'il voudrait bien ouvrir le magasin général, mais refusant d'en prendre l'initiative, c'est à se demander si le premier ministre ne fait pas semblant de rêver lui aussi à une solution qu'il sait pourtant «imaginaire», parce que devenue impossible.

Comme quoi, le pays "imaginaire" n'est pas toujours celui qu'on pense. »

Une chose est certaine, il y a bien en ce pays non-accompli deux nations fondatrices sans oublier les nations autochtones qui y était avant nous. D'histoire récente, les nations francophone et anglophone cohabitent en relative harmonie. Oui, certaines tensions sociales existent - il ne faut jamais les occulter, il faut les enseigner à ceux qui nous suivent pour bien comprendre où nous en sommes aujourd'hui -, mais en général, on doit admettre que les deux nations vivent en paix.

Souvenons-nous des épisodes successifs de Charlottetown, Meech et du référendum de 1995 au Québec, tout ça en mois de 5 ans. Un genre de match serré qui se termine en prolongation sur un but controversé (pour le moins! L'arbitre avait manifestement été acheté par les Rouges!). J'ai toujours pensé que de tels événements presque partout sur la planète auraient engendré le chaos, la confrontation violente, la guerre même.

Pas chez nous.

Car en dépit des divergences fondamentales sur l'avenir de ce pays, la majorité des Canadiens et des Québécois se respectent; croient plus en la résolution pacifique de ces différences d'opinions qu'en l'aversion conflictuelle.

J'y crois dur comme fer.

Pourquoi? Car même si je suis résolument indépendantiste, j'aime le Canada. J'aime ce «pays voisin» comme certains de mes amis français me parlent du Jura suisse ou d'autres de l'Espagne. J'aime le Canada, car j'ai eu la chance de le parcourir de long en large, j'y ai habité temporairement, j'ai travaillé dans quatre provinces différentes, je compte plusieurs amis et connaissances dans ce pays.

Il y a une autre raison aussi selon moi. Je crois qu'on n'est pas indépendantiste pareil quand on a été élevé, quand on a grandi, habité, une région frontalière du Canada comme l'Outaouais. Pas mieux, pas meilleur, juste différent. J'ai eu la grande chance d'apprendre l'anglais tout naturellement, dans la rue, à l'époque où Aylmer était une ville à part entière. Il y a toujours eu une communauté anglophone vivace à Aylmer. Pas toujours facile. Je vous dis pas les parties de hockey-balle dans la rue... On a déjà fait les frogs contre les têtes-carrées... Fallait pas faire ça trop souvent!

Aujourd'hui, je m'inquiète de l'anglicisation de l'Outaouais. Il s'agit d'un réel problème. Dans le Pontiac par exemple, il y a tous les ingrédients propices à une crise linguistique, tout cela dans la plus grande indifférence au Québec. Il faudra y voir. Pour certains dans cette région là, les lois linguistiques du Québec ne devraient pas s'appliquer; y céder provoquerait à coup sûr l'assimilation de la collectivité francophone à sa contrepartie anglophone des deux côtés de la rivière des Outaouais...

Très à même de constater comment la cohabitation des « deux langues officielles » en Outaouais désavantage le français, rend plus difficile son apprentissage quand il est plus facile de travailler bilingue ou simplement en anglais, il ne fait aucun doute pour moi que de se donner tous les outils d'un état, notamment en ce qui a trait à la langue, mettrait un terme à l'ambigüité qui subsiste chez nous. Même à Longueuil récemment, les activistes linguistiques préfèrent se référer aux « deux langues officielles » du Canada pour contester la préséance du français. Il s'agit d'un éternel combat jusqu'à l'indépendance, ou l'assimilation...

Malgré tout, je cultive des amitiés des deux côtés de la rivière. On ne s'entend pas sur tout, mais on se respecte. J'ai souvent défendu mes convictions indépendantistes avec des amis canadiens. L'idée fait son chemin.

Il y a bien sûr une minorité très vocale, de part et d'autre, qui aime se faire entendre, qui use du vocabulaire du mépris, parfois même de la haine ou de la détestation (quoique le chef du PLQ Philippe Couillard n'aide en rien en clamant sa détestation du PQ, mais bon, je n'ai jamais douté un instant que cet homme fasse partie des fédéralistes les plus radicaux qui soient...). À l'heure où toute parole est facilement diffusée instantanément, cette minorité fait plus de bruit que son poids réel dans la population. C'est bien dommage, car ces malotrus enterrent la majorité qui, elle, préfère le dialogue à la confrontation.

Et c'est pour ça que je te dis « Bonne fête Canada! ». Car je suis de ceux qui espèrent que cette tolérance de nos divergences durera. Jusqu'à l'indépendance. Je suis de ceux qui croient que rien n'est plus précieux que ce droit que nous chérissons tous de débattre, de défendre nos points de vue, sans craindre la répression, la violence.

Tant d'autres, partout dans le monde, se battent pour ce droit si précieux.

Bonne fête Canada.

D'un indépendantiste convaincu, sincèrement

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