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12/11/2013 12:08 EST | Actualisé 11/01/2014 05:12 EST

Aux adversaires de la Charte: la démocratie seulement si l'on gagne?

Nous savions que l'élection du Parti québécois à la tête de la province allait en indisposer plusieurs. Mais il s'agit du choix légitime et démocratique des Québécois. Bon nombre de nos concitoyens ont ragé de voir les libéraux au pouvoir pendant une décennie dont on sait maintenant qu'elle a été marquée par la collusion, la corruption et l'instrumentalisation de pans entiers de l'État à des fins partisanes.

Pour que cette instrumentalisation devienne possible, le PLQ a noyauté l'État de personnes dont il savait qu'elles lui demeureraient fidèles. Stéphane Gobeil, ex-rédacteur de Pauline Marois, aujourd'hui blogueur à L'Actualité, était bien placé pour comprendre comment ces nominations ont agi sur la gouvernance naissante du PQ :

« Un autre péril nous attendait : la mainmise libérale sur l'État québécois. Il faut savoir que l'équipe politique de chaque ministère est très réduite. Quelques personnes entourent le ou la ministre qui dirige parfois des milliers de personnes. On ne peut gouverner sans compter sur la loyauté des membres de la fonction publique et heureusement, dans la très grande majorité des cas, leur loyauté va à l'État québécois et au gouvernement élu.

Nous avions cependant affaire à une minorité importante : les 523 libéraux nommés par l'ancien gouvernement, non pas sur la base de leur compétence, mais sur la base de leur loyauté au Parti libéral et des fameux post-it jaunes.

Les très nombreuses fuites qui ont émaillé les premiers mois du nouveau gouvernement ne s'expliquent pas autrement. C'est que la loyauté de centaines de membres de la fonction publique allait d'abord et avant tout au Parti libéral. »

Bref, tout ce qui écœure de la méthode libérale, tout ce qui a dégoûté une bonne part des Québécois qui ont écouté les témoignages des Trépanier et autres mafieux sans scrupules, pendant qu'on apprenait le fonctionnement de la collusion libérale à la Commission Charbonneau.

Mais si cette corruption a été rendue possible, c'est aussi à cause de l'appui d'un nombre suffisant de Québécois au Parti libéral. Le choix des électeurs est inaliénable et, bien que j'aie été découragé de voir les miens porter au pouvoir Jean Charest, croire au processus démocratique m'imposait de respecter ce choix.

Le jeu de la démocratie seulement si l'on gagne?

Imaginons, un instant, que le prochain gouvernement au Québec soit libéral et majoritaire. Couillard, fédéraliste radical s'il en est un, décide de mettre à exécution sa promesse de réintégrer le Québec au sein du giron constitutionnel et signe unilatéralement (par approbation parlementaire) la Constitution de 1982 sans même consulter les Québécois. Pour l'ensemble des nationalistes au Québec, qui comptent aussi certains qui sont au Parti libéral de la tradition de Bourassa, dirons-nous, voilà qui constituerait une trahison de la même proportion que le débat actuel suscité par le Parti québécois concernant la laïcité.

Heureusement, l'adoption de principes laïques au Québec fera assurément partie des enjeux principaux de la prochaine campagne électorale. On ne pourra donc pas accuser le PQ d'avoir agi unilatéralement. Si les Québécois choisissent le PQ de façon majoritaire lors de la prochaine élection, le Québec aura par le fait même tranché sur la question de la laïcité et le gouvernement aura toute la légitimité nécessaire pour légiférer en ce sens. De la même façon, si les Québécois donnent un mandat majoritaire à Couillard, ce dernier aura, lui aussi, la légitimité de mettre en œuvre son programme électoral. Espérons cependant que la question constitutionnelle figurera au programme de la prochaine campagne afin que les Québécois sachent que le chef libéral transgresse la position traditionnelle de son parti sur cette question.

Que se passe-t-il maintenant si des acteurs non négligeables de la société annoncent d'entrée de jeu qu'ils ne respecteront pas la volonté libre et démocratique des Québécois? Si, par exemple, le maire de la ville la plus importante de la province annonçait qu'il ne se plierait pas aux dispositions législatives votées par un gouvernement souverainiste en ce qui a trait à la laïcité. Que ferions-nous? Si des maires de villages décident de recourir à la désobéissance civile et invitent leurs citoyens à en faire de même?

Nous voilà donc sur une pente très glissante.

Comment ne pas s'inquiéter des propos du maire de Côte-Saint-Luc, à Montréal, quand il dit au journal The Gazette :

« The people of Côte-Saint-Luc did not elect Pauline Marois... and whatever values she is talking about are not the values of Côte-St-Luc. » (Les gens de Côte-Saint-Luc n'ont pas élu Pauline Marois et peu importe les valeurs dont elle parle, ce ne sont pas celles des habitants de Côte-Saint-Luc.)

Ou la désobéissance civile annoncée du maire de Hampstead dans le même article :

« Hampstead Mayor William Steinberg said his municipality wouldn't even bother to apply for exemptions to the charter because that would give it a legitimacy it does not deserve. (William Steinberg, maire de Hampstead, déclare que sa municipalité ne se donnerait même pas la peine de demander une exemption des dispositions de la Charte parce que ce serait lui donner une légitimité qu'elle ne mérite pas.)

"We will ignore it" if it is voted into law, he said. "Let them take us to court, I don't care - we can be the test case. We won't even consider the law. It's illegitimate, it's immoral and shameful and we will not co-operate with it at all." («Nous allons faire fi d'une telle Charte» si jamais elle devient loi, dit M. Steinberg. «Qu'ils nous traînent en cour, ça ne m'inquiète pas. Nous ne tiendrons même pas compte de cette loi, car elle est illégitime, immorale et honteuse et nous n'allons pas du tout nous plier à elle.»)

Voilà qui est intéressant. On imagine déjà les Alain Dubuc, André Pratte et Yves Boisvert dénoncer vertement ces adversaires féroces de la laïcité de la même façon qu'ils ont tous dénoncé ceux qui en appelaient à ne pas respecter les dispositions de la liberticide Loi 78 des Libéraux. Car la loi, c'est la loi, n'est-ce pas?

Ce qui est encore plus inquiétant dans les déclarations de ces maires, c'est ce sous-discours, ce sous-entendu en filigrane, selon lequel on n'a pas à se plier aux volontés d'un gouvernement parce qu'il est souverainiste. Car en sous-texte, ce qui se joue ici, c'est la légitimité de la gouvernance d'un parti ouvertement souverainiste au sein d'une fédération dont il espère s'affranchir (et appuyé par une partie suffisante de la population afin que ce parti puisse former un gouvernement). On ne peut occulter le fait que certains adversaires de la souveraineté recourent à l'argument de l'adhésion à l'autre palier de gouvernement (fédéral) pour se soustraire de décisions qu'ils jugent illégitimes. On ressortira aussi les menaces « partitionnistes ».

À ce jeu, les souverainistes sont toujours perdants. On leur demande de respecter l'élection des gouvernements fédéralistes, soit. En contrepartie, tous doivent dénoncer ceux qui menaceront de ne pas respecter les décisions d'un gouvernement souverainiste.

Attendons que cette incongruité se règle par l'accession du Québec à son indépendance. Ce n'est qu'une question de temps et le choix par la population de la laïcité républicaine sera un pas dans cette direction.

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