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14/02/2014 02:42 EST | Actualisé 16/04/2014 05:12 EDT

Anticosti: l'île de la discorde

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette grande île aura fait saliver nombre de prospecteurs depuis toujours. Sa biodiversité, sa ressource animale, son potentiel énergétique... plus précisément, depuis quelques décennies, le mythe de son abondance en pétrole.

Certaines grandes compagnies comme Royal Dutch Shell et Imperial Oil ont foré sur Anticosti dans le passé, mais ont abandonné toute velléité d'y trouver du pétrole conventionnel, ce que chacune de ces compagnies y cherchait.

La plupart des experts géologues s'entendent pour dire que l'île renferme du pétrole de schiste, mais l'ampleur de la ressource potentielle et la façon de l'extraire ne font pas consensus. Par le passé, les plus enthousiastes ont été les professionnels de la spéculation pétrolière pour qui les prévisions les plus encourageantes se transforment en prévisions avantageuses pour les actionnaires et en capitalisation boursière à partir de laquelle on finance la prospection pétrolière. D'autres, comme le blogueur sur les questions environnementales au Voir Philippe Gauthier, sont plutôt d'avis que le potentiel pétrolier d'Anticosti est un leurre.

Il serait imprudent de se fier aux chiffres des spéculateurs pétroliers, bien sûr, et la seule façon pour le gouvernement de connaître l'état de la ressource à Anticosti demeure la recherche sur le site à laquelle ce gouvernement est partie prenante dans le meilleur intérêt de la population. Pour aucune considération (financière au premier chef), le gouvernement doit céder à l'appétit de l'exploitation au détriment des plus hauts standards environnementaux.

Mais à l'ère où le gouvernement fédéral impose aux provinces un cadre financier toujours plus serré et réactive de façon ostentatoire la notion de «déséquilibre fiscal», le gouvernement provincial résistera-t-il aux redevances potentielles? C'est pourtant son devoir de le faire. Un gouvernement responsable ne sacrifiera pas les considérations environnementales sur l'autel des redevances pétrolières. Pas tant que nos connaissances d'extraction de ce type de pétrole n'auront considérablement évolué.

Et aux souverainistes qui verraient dans ce Klondike très hypothétique un levier pour faire l'indépendance «énergétique» je dis ceci: le pétrole d'Anticosti n'est pas, et ne sera jamais un deuxième «Maîtres chez nous». Faire de l'exploitation pétrolière un levier vers l'indépendance nationale serait, à mon avis, une grave erreur. Si, comme le disent Pauline Marois et ses ministres impliqués dans le dossier, l'exploitation ne se fera qu'en vertu des plus hauts standards environnementaux, cela repousse à beaucoup plus tard les premiers pétrodollars tout québécois. Plus loin du moins, je l'espère, que le prochain échéancier référendaire...

Quels avantages alors dans l'annonce du gouvernement concernant Anticosti?

Premièrement, et c'est le principal, il était impératif que le gouvernement de Pauline Marois corrige l'affront de ce que l'on appelait jadis «Le vol du siècle». Bref, que le gouvernement redevienne un acteur incontournable de toute exploration et exploitation de ressources pétrolières sur son territoire.

Deuxièmement, on doit se réjouir que le gouvernement sera celui qui assumera les risques financiers de la phase « exploration » de ce dossier. Alexandre Shields expliquait dans Le Devoir jeudi:

«C'est l'État qui assumera la plus grande part du risque financier de l'exploration à venir, qui comprend notamment des forages avec fracturation. L'évaluation environnementale complète sera menée une fois le potentiel démontré.»

Et plus loin:

«Le gouvernement affirme par ailleurs que les travaux seront menés avec un suivi environnemental «étroit» de la part du ministère de l'Environnement du Québec. Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement serait quant à lui mandaté pour étudier le dossier si jamais les travaux d'exploration démontraient que le potentiel pétrolier de l'île justifie l'exploitation de cette source d'énergie fossile.»

Si les mots veulent encore dire quelque chose, ce que je retiens ici c'est que le gouvernement promet une évaluation environnementale complète (BAPE inclus) avant toute phase d'exploitation. Quand on sait qui sont ceux qui siègent, notamment au BAPE (Louis-Gilles Francoeur par exemple), il est légitime de croire que le gouvernement offre une caution environnementale crédible avant toute phase d'exploitation. On est très loin de l'entente secrète faite par Charest et ses « acolytes... »

Aussi, ce que le gouvernement a annoncé hier implique 15 à 18 puits de forage conventionnel et, plus tard en 2015, trois puits de forage par fracturation. Tout ça sur un territoire 17 fois plus grand que l'île de Montréal. Difficile d'accuser le PQ de saccager Anticosti; du moins pas selon ce qui a été annoncé hier.

Vigilance

Bien entendu, il est essentiel que la population s'intéresse vivement à cette question et continue à suivre le dossier. Le meilleur contre-pouvoir populaire demeure la vigilance, surtout quand il est question de l'exploitation des ressources naturelles, au premier chef, le pétrole.

Mais, à partir de ce qui a été annoncé hier, je crois que l'on doit retenir qu'il est pertinent que le gouvernement tranche la question de savoir quel est le véritable potentiel énergétique de l'île d'Anticosti. Aussi, cette exploration ne doit pas amputer, par exemple, l'énergie que met le gouvernement à développer, accélérer l'électrification du transport, mesure qui devrait primer dans les préoccupations gouvernementales.

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Exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti


L'île d'Anticosti vue par le photographe Marc Lafrance

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