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11/04/2017 09:20 EDT | Actualisé 11/04/2017 09:20 EDT

L'intelligence artificielle au service de la justice

Croyez-vous que l'intelligence artificielle sert bien la justice et le droit?

Dans le dernier budget fédéral, le gouvernement a fait état d'un investissement de 125 millions de dollars en intelligence artificielle. Le gouvernement du Québec va aussi dans cette même direction avec un budget tourné vers l'innovation en IA. C'est le domaine de l'heure et il est présent dans tous les secteurs, dont le milieu juridique.

Les technologies juridiques (legal tech) permettent de développer de nouveaux outils pour notamment optimiser le travail des avocats. Le logiciel Kira, qui fut développé en Ontario, est déjà utilisé par de grands cabinets pour analyser des contrats. Les technologies juridiques sont désormais en essor au Québec pour rattraper le retard par rapport à d'autres pays comme l'Angleterre et l'Australie.

Pour dynamiser la recherche, l'école d'été du Laboratoire de cyberjustice de l'Université de Montréal propose une mise à jour des recherches sur l'impact de la technologie dans la résolution des conflits. L'Université de Montréal a une expertise reconnue internationalement dans le domaine.

L'intelligence artificielle permet effectivement de bien traiter les informations. Valentin Callipel, du laboratoire de cyberjustice, explique que le droit comprend beaucoup d'informations et se prête bien à cette analyse poussée. De son côté, Christelle Papineau, qui fait une thèse de doctorat sur les interactions entre la science juridique et l'IA, parle des nouveaux outils statistiques dans la prise de décision en droit.

L'intelligence artificielle permet donc de créer des systèmes de recommandation pour proposer les meilleures décisions. L'application de la théorie des jeux peut aussi permettre d'évaluer des stratégies et de connaître l'issue des procès.

On peut illustrer l'efficience de l'IA par de nombreux exemples. Tout d'abord, le logiciel Ross traite les données avec acuité grâce à la technologie Watson d'IBM. De plus, en Angleterre, un robot lawyer aurait fait annuler 160 000 contraventions depuis 2015. Les chatbots peuvent aussi favoriser la médiation virtuelle, car beaucoup de conflits ont pour origine un problème de communication amplifié par les émotions. D'autre part, un robot a aidé des réfugiés à trouver asile et une partie des plaintes pour harcèlement sur Twitter est traitée par des robots.

Au Québec, seuls les avocats membres en règle du Barreau du Québec peuvent donner des conseils juridiques. Mais l'automatisation de certains gestes répétitifs, qui ne sont pas des opinions juridiques, n'est pas interdite. Ainsi, des entreprises québécoises se sont donc lancées dans le domaine récemment.

Même l'Office de la protection du consommateur propose aux consommateurs et aux commerçants de régler des conflits sur leur nouvelle plateforme. La cour municipale de Québec est aussi passée au numérique pour accélérer le processus judiciaire. Le rôle de la cyberjustice est de rendre la justice plus accessible et efficace.

Naturellement, des gens souhaiteraient carrément l'ubérisation du droit. Louison Dumont, prodige de l'informatique, espère donc aller plus loin avec son «avocat virtuel» appelé Peter. Il veut appliquer la technologie Blockchain pour simplifier les démarches juridiques. L'ubérisation des professions est une tendance du moment et les geeks sont dorénavant populaires !

Une grande volonté de démocratiser le droit s'explique par le fait que l'accès à la justice est long et coûteux. C'est certainement devenu un luxe pour bien des justiciables. Un organisme comme Juripop, qui travaille pour favoriser l'accès au droit, pourrait peut-être gagner en efficacité grâce à ces technologies.

Bien sûr, chaque médaille à son revers. Il y a toujours aussi un risque d'intenter de multiples actions en justice si elle devient trop accessible. Et il faut aussi protéger la vie privée, la confidentialité et s'assurer de la sécurité des données des clients.

L'application de l'intelligence artificielle ne concerne pas que les avocats, mais aussi les juges.

L'application de l'intelligence artificielle ne concerne pas que les avocats, mais aussi les juges. On parle de plus en plus de justice prédictive. Avec des algorithmes, on arrive désormais à prévoir l'issue de procès. On a d'ailleurs commencé à tester les algorithmes pour juger les causes difficiles en droit de la personne. En France, des juges se sont inquiétés d'un aspect de cette situation. L'intelligence artificielle va-t-elle ouvrir la porte au "profilage " des juges?

L'intelligence artificielle peut aussi aider les juges à prendre des décisions en évitant les erreurs dans les procès criminels. La réalité virtuelle peut même permettre de recréer les scènes de crime. Minority Report, qui prévoyait les crimes avant qu'ils ne soient commis, relève de moins en moins de la science-fiction.

Il y des gens qui prédisent la disparition de la profession au profit de l'automatisation. Mais l'intelligence artificielle devrait d'abord être une alliée, un outil précieux, des avocats, des juges et de tous les justiciables.

Et vous, croyez-vous que l'intelligence artificielle sert bien la justice et le droit?

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