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18/01/2018 09:00 EST | Actualisé 18/01/2018 09:00 EST

L'intelligence artificielle nous interpelle tous

Chez les jeunes entrepreneurs, le caractère social d'une entreprise compte de plus en plus lors de sa création.

B&M Noskowski via Getty Images

Dans une métropole aussi créative que Montréal, les idées d'entreprises novatrices sont foisonnantes. Ce qui est particulièrement réjouissant dans ce bouillonnement, c'est de constater que l'intérêt général et le bien commun sont des notions qui commencent à prendre plus de place dans notre société. Chez les jeunes entrepreneurs, le caractère social d'une entreprise compte de plus en plus lors de sa création. C'est une réalité que j'ai le plaisir d'observer au quotidien.

Lors d'une rencontre au Desjardins Lab, Alexandre Taillefer a parlé de l'engagement social pour les entreprises. Avec une grande générosité, il a expliqué que l'entrepreneuriat permet de générer de la richesse qui financera les programmes sociaux qui sont au coeur du modèle québécois. Pour réussir comme entrepreneur, la passion est selon lui fondamentale. De plus, il faut dépasser la peur de l'échec et faire preuve d'audace et de détermination. Il existe des initiatives comme le Fail Camp pour apprendre de ses erreurs afin de mieux rebondir. Comme entrepreneure, j'ai beaucoup plus évolué grâce à mes erreurs que mes succès. L'échec est certainement formateur.

L'indignation est souvent également une étincelle qui va pousser les entrepreneurs à agir et à vouloir changer les choses.

L'indignation est souvent également une étincelle qui va pousser les entrepreneurs à agir et à vouloir changer les choses. Une entreprise peut assurément avoir un impact social positif. Pour Monsieur Taillefer, l'économie sociale est celle du futur. «L'entrepreneur de demain sera sociétal ou ne sera pas entrepreneur.» Dans ses Lettres à une jeune entrepreneure, il démontre aussi qu'il existe des organismes prêts à aider les entrepreneurs à mener à bien leurs projets. Je crois que c'est une excellente idée de bien s'entourer pour avancer.

D'autre part, acheter c'est voter. Monsieur Taillefer a exposé qu'il serait intéressant qu'il y ait une fiche (un peu comme une fiche nutritionnelle pour les aliments) qui indiquerait la responsabilité des entreprises face à l'égalité homme-femme, sa responsabilité fiscale, environnementale, etc. Personnellement, je serais plus tentée d'encourager des entreprises qui partagent mes valeurs.

L'intelligence artificielle optimise différents paramètres pour faire en sorte, par exemple, que les salariés des taxis Téo soient mieux rémunérés.

La technologie peut également contribuer au progrès social. L'intelligence artificielle optimise différents paramètres pour faire en sorte, par exemple, que les salariés des taxis Téo soient mieux rémunérés.

En plus d'organiser des rencontres avec des personnalités inspirantes, le Desjardins Lab, notamment grâce au dynamisme d'Ilias Benjelloun, présente aussi un Coopérathon pour accroître l'entraide entre différents acteurs de la société dans l'intérêt général. À cette occasion, Alexandre Taillefer a lancé un défi en santé mentale pour faire de la prévention du suicide. Facebook agit déjà pour prévenir le suicide sur son réseau. Une application, présentée dans le documentaire Bye, est aussi en développement pour aider les jeunes du Québec en détresse. De plus, des entreprises québécoises comme Myelin, Mr Young ou Aifred Health utilisent l'intelligence artificielle pour rendre plus accessible le support en santé mentale. L'IA peut contribuer au traitement de la dépression et les chatbots pourraient révolutionner la psychiatrie. À mon avis, la noblesse de ces actions doit être saluée.

Nous avons la grande chance de bénéficier d'un écosystème technologique fécond qui peut faire une différence, car la communauté a à coeur l'impact de ses actions. J'estime que nous avons une portée internationale et que nous partageons de bonnes valeurs prêtes à supporter #AI4Good. D'ailleurs, notre milieu était bien représenté lors du NIPS (une très importante conférence en IA et Machine Learning) qui a eu lieu en décembre dernier.

L'éthique est au centre de l'action des chercheurs et des praticiens d'ici.

D'autre part, lors du forum sur l'IA responsable qui s'est tenu à Montréal au début de novembre, une déclaration afin de "proposer une orientation progressiste et inclusive du développement de l'IA" a été produite. L'éthique est au centre de l'action des chercheurs et des praticiens d'ici. Je suis profondément en accord avec cela. Le professeur Yoshua Bengio, expert mondial en intelligence artificielle (apprentissage profond), a précisé "que la communauté a bien fait ses devoirs". D'ailleurs, Montréal pourrait être un leader mondial du secteur. Le grand public est aussi convié à rédiger cette déclaration. On peut s'impliquer notamment de ces façons :

- En répondant à un questionnaire;

- En participant à une séance publique sur cette question;

- En organisant une séance publique au sein d'une entreprise ou d'une organisation sur cette thématique;

- En soumettant directement ses recommandations.

J'espère que des gens de tous les horizons participeront à la rédaction de cette déclaration. Il y a aussi un groupe d'éthique en IA pour intensifier tous ces efforts pour que le Québec occupe une place de choix dans le domaine. Parallèlement à ces activités, La Revue de droit de McGill a organisé une conférence sur le sujet de l'intelligence artificielle et du droit en présence de l'étudiante au doctorat Christelle Papineau, de Me Éric Lavallée de chez Lavery et du professeur Pierre-Emmanuel Moyse. Il a notamment été question du consentement à l'utilisation des données et de la responsabilité des machines. Le droit est structurant et ici il y a beaucoup de questions qui sont à discuter. Je pense qu'un débat public pourrait être planifié.

Or, il existe des applications très intéressantes du droit et de l'IA. Par exemple, Botler.ai a lancé un projet pour soutenir les victimes de harcèlement sexuel et les aider dans leurs actions en analysant des textes de loi touchant cette violation. L'intelligence artificielle est aussi un espoir de démocratisation d'accès à la justice. J'estime que ce sont des preuves tangibles de la portée positive de l'intelligence artificielle dans nos vies.

J'estime que ce sont des preuves tangibles de la portée positive de l'intelligence artificielle dans nos vies.

Il est important d'impliquer la société dans le développement de l'intelligence artificielle. Pour ma part, je crois qu'elle doit être utile pour tous et qu'elle doit être inclusive. À ce propos, la France a lancé une consultation publique sur le sujet, car tout le monde est concerné. L'intelligence artificielle peut être une alliée de la justice sociale et aider à résoudre des problèmes humanitaires importants. Cela dit, lors de la soirée Demystify AI organisée par le DTech - Desautels Technology Club avec Liam Paull du MILA, Gabriel Duford d'Element AI et Vincent Boucher de Montréal.AI , il a été question de l'impact de l'autonomisation et de la possibilité de créer un revenu universel ou d'élaborer des solutions fiscales pour contrer d'éventuelles inégalités sociales. Je suis assurément en faveur de cette proposition.

À Montréal, il y aura une conférence sur l'IA en mission sociale à la fin du mois de janvier avec des présentateurs d'envergure, dont Yoshua Bengio, pionnier en apprentissage en profondeur, Kathryn Hume d'Integrate.ai et Karim Benyekhlef, directeur du Laboratoire de cyberjustice de l'Université de Montréal. Une occasion d'échanger sur l'implantation de l'IA et de son accessibilité. Des groupes de discussion multidisciplinaires seront réunis pour proposer des pistes d'action pour un accès plus juste à l'intelligence artificielle.

Pour Valentine Goddard, organisatrice de la conférence et directrice générale de l'Alliance Impact Intelligence Artificielle (AIIA): " ll faut sortir l'IA du milieu académique, aller vers les citoyens et faciliter une concertation, une co‑création collective et même un front commun face aux risques réels que représente l'IA". C'est la raison pour laquelle les organisateurs du premier événement unissant l'intelligence artificielle et l'action sociale souhaitaient d'abord rejoindre les citoyens via les organismes qui les représentent. Une trentaine d'organismes ont déjà confirmé leur participation à cette conférence. Je crois que les efforts en ce sens devront être accentués notamment par un jumelage entre les organismes caritatifs et les experts en intelligence artificielle.

Pour conclure, l'académicien Jean D'ormesson, décédé récemment, posait des questions sur le sens de la vie et sur l'évolution scientifique. Il faut veiller à ce que la science participe toujours à la bonification de l'humanité. En ce sens, l'intelligence artificielle peut être auxiliaire à l'Homme et "doit faire machine avant". Il ne faut pas "brider la recherche", mais en permettre l'épanouissement. Je vois tellement de positif à son accomplissement.

La conférence IA en mission sociale aura lieu les 25-26 janvier prochain : http://iaenmissionsociale.com

Le professeur Yoshua Bengio de l'Université de Montréal s'est dernièrement exprimé au sénat sur l'avenir de l'IA et donnera une conférence à Québec sur l'éthique et l'intelligence artificielle: https://www.mcq.org/fr/activite?id=684267

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