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03/02/2014 04:52 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

« Cheeeese! »

Derrière un sourire peuvent se cacher des milliers de larmes, ô combien de fois refoulées.

« Salut, comment ça va? »

Systématiquement, on répond : « Bien, toi? ».

On répond ce que tous veulent entendre : qu'on va bien. « Ne t'inquiète pas pour moi, ne t'inquiète pas pour toi. Je ne te pourrirai pas la vie, mon humeur ne déteindra pas sur la tienne. Mon état n'est pas contagieux, t'inquiète. » Comment expliquer cela?

On a du mal à gérer le mal-être de l'autre, qui nous ramène invariablement au nôtre, qu'on tente par tous les moyens de faire taire. On a peur qu'en le laissant ressurgir, il prenne toute la place, nous envahisse et nous anéantisse.

Alors, on se tait et on dit qu'on va bien. Mais ce silence génère un malaise qui mène à des préjugés puis à des tabous.

« Hein? Comment ça, tu feels pas? T'as tout, pour bien aller : un chum, une belle job, plein d'amis... ».

Alors, on se tait à nouveau. On culpabilise, se demandant pourquoi Diable ne va-t-on pas bien quand on a pourtant tout pour être heureux.

Ce silence, cette culpabilité, ce désir de refouler amène plus souvent qu'autrement à une exacerbation de la souffrance : en voulant l'éviter, la fuir, l'ignorer, elle ne fait que redoubler d'ardeur pour nous signifier sa présence, bien réelle.

On n'en parle pas. On a peur des jugements, des idées préconçues, du mépris, de l'incompréhension qui pourront mener à des phrases assassines, alors qu'on n'a plus la force de se les prendre en pleine gueule.

Ce silence, ce maudit silence, mène à une sous-estimation de diagnostics de toutes sortes. Non pas que l'on devienne mieux dès qu'on nous appose une étiquette. Mais dès lors, on peut savoir, se comprendre, aller chercher des outils pour répondre à nos besoins. Et éventuellement, aller mieux.

En sous-estimant le nombre d'individus souffrants, l'offre de service n'est pas adaptée : pas suffisamment de ressources, qui ne sont pas suffisamment diffusées, connues des individus qui en bénéficieraient, pourtant.

Et on a honte. Honte d'aller chercher de l'aide, honte d'en avoir besoin. Pourtant, il faut être terriblement fort, pour s'avouer qu'on a besoin d'aide, tendre la main et l'accepter.

Non seulement on a à gérer le mépris des autres, leur incompréhension, mais une fois dans le système de santé, les mêmes obstacles se présentent. Des préjugés négatifs de la part d'intervenants, d'agents administratifs, qui sont la porte d'entrée pour les services.

La semaine dernière, appelant en psychiatrie pour une confirmation de diagnostic de TDAH, j'ai été confrontée à une réceptionniste expéditive, qui ne m'écoutait pas et qui s'adressait à moi avec un total manque de respect. Je vous passe les détails, mais disons seulement que son ton était on ne peut plus mépriant.

Imaginez. Imaginez si j'avais été en épisode suicidaire, dépressive, anxieuse, méfiante, paranoïaque, et que je me serais fait répondre exactement de la même manière.

Et oui, je comprends que la réceptionniste feelait peut-être pas, elle est dans sa semaine, son mari vient de la flusher, son ado l'a envoyée promener avant de partir pour l'école, elle haït sa job. Mais on s'en fout. Elle ne vend pas des souliers à des hipsters du Mile-End qui ont de l'attitude. Elle répond à des gens, pour la plupart en grande détresse psychologique. Il se peut qu'elle aussi, en vive, de la détresse psychologique. Mais elle n'a pas à la faire porter à des patients qui n'en peuvent plus de porter la leur.

Heureusement, son inadéquation professionnelle n'aura que très peu d'impacts négatifs sur moi. Mais qu'en est-il des autres, des prochains patients plus vulnérables que moi?

Et comment promouvoir l'acceptation de tous, le respect d'autrui, la mise à mort des tabous reliés à la santé mentale lorsque même certaines personnes oeuvrant dans ce domaine n'arrivent pas à le faire?

Découragée. C'est ainsi que je me suis sentie, la semaine dernière. Heureusement, des initiatives comme la semaine de prévention du suicide existent, tout comme la semaine de la santé mentale. Heureusement, des intervenants, des diagnostiqués, des proches témoignent, s'ouvrent font connaitre afin de faire tomber les tabous, les préjugés.

À cet effet, ce n'est pas vrai qu'une personne qui ne va pas bien ne sourit plus. Car derrière un sourire se cache bien souvent tant de souffrance.

Il faut toujours se méfier des gens trop heureux.

Les capsules contre l'intimidation de la Fondation Jasmin roy