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22/01/2013 12:02 EST | Actualisé 24/03/2013 05:12 EDT

Le Mont Everest

Newborn baby sleeping on a green blanket
Shutterstock
Newborn baby sleeping on a green blanket

« Petit frère veut grandir trop vite, mais il a oublié que rien ne sert de courir », disaient les membres du groupe IAM, que j'écoutais ça et là lorsque j'étais adolescente.

En vieillissant, il me semble que ces paroles me parlent de plus en plus.

Dans la vie, ne me cherchez pas; vous risquez de ne pas me trouver. Vous m'apercevrez peut-être sur une patte puis sur l'autre, vous me verrez disparaitre à l'angle d'un couloir, vous m'interpellerez alors que je serai déjà trop loin pour vous entendre.

J'aime faire, dire, agir. J'aime tellement ça que je veux tout, hier si possible. Ça a un côté assez exceptionnel; cette capacité de vitesse me permet de faire plusieurs choses à la fois, de gravir les échelons rapidement, d'emmagasiner une quantité assez phénoménale d'informations et d'expériences.

Le hic? Ce n'est jamais suffisant. Je regarde toujours vers l'horizon, prête à apercevoir demain, alors qu'aujourd'hui n'est pas tout à fait entamé. En regardant ailleurs, je ne vois pas ici.

Je suis nostalgique et rêveuse; je suis hier et demain. Mais pas aujourd'hui. J'ai hâte à quelque chose, je m'ennuie d'une autre.

Je profite très peu des processus, du chemin, de la route. J'ai hâte d'arriver à destination. Une fois parvenue, je suis impatiente d'atteindre une autre finalité. Je prends donc très peu le temps de reprendre mon souffle, de jeter un regard sur mon parcours, de savourer l'atteinte de mon objectif. Je planifie sans cesse de nouvelles épopées que je ne prendrai pas le temps d'apprécier.

Je prends très peu les compliments, aussi. Je suis trop préoccupée à préparer demain pour ce faire. Et je m'en donne très peu, nécessairement.

Au bout de plusieurs ascensions, je me retrouve donc essoufflée, loin de mon point de départ et perpétuellement insatisfaite.

Je suis une impatiente indomptable. Je fuis l'ennui comme mon ombre et me lance à la poursuite de défis tous plus intenses les uns que les autres.

Cette année, j'ai décidé que ça en était assez. Qu'il était primordial que je profite, que je prenne du recul, que je contemple. Pas facile de prendre du recul quand on veut toujours aller de l'avant.

Mais tranquillement, je comprends que le recul fait partie de l'avancement; sans lui, on ne peut jeter un regard sur notre parcours, on ne peut l'évaluer, tenter de l'améliorer pour la prochaine fois. On ne peut saisir l'ampleur de notre accomplissement personnel, on ne peut se laisser envahir par la fierté.

Je me rappelle aussi ce documentaire sur l'ascension du Mont Everest; les braves atteingnent le camp de base, où ils doivent patienter quelques jours, le temps que leurs poumons s'habituent à l'air raréfié. Puis, ils poursuivent leur montée vers le second camp, avant de redescendre. Les poumons, encore les poumons. Quelques jours plus tard, ils refont la remontée pour arriver au second camp. Cette fois seulement, ils peuvent s'y installer quelques jours. Et ils refont le même processus pour tous les camps qui jonchent le mont et ce, jusqu'à son sommet.

C'est donc ça, la vie : avancer, reculer, attendre afin de mieux repartir.