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10/02/2014 02:27 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

La persévérance scolaire

Persévérer à l'école, c'est primordial. Parce qu'on est dans une société où on priorise supposément l'éducation. Je dis « supposément » car si c'était véritablement le cas, l'accessibilité aux services aux élèves en difficulté serait plus aisée, les enseignants gagneraient un meilleur salaire, on adapterait davantage nos programmes aux besoins des élèves et une fois rendus aux études supérieures, tous pourraient y accéder, sans égard à la provenance socioéconomique.

Tout de même, on fait partie d'une société où un diplôme, quel qu'il soit, est préalable à l'embauche et ce, peu importe le domaine. On met énormément de pression aux jeunes pour qu'ils performent (ceci est vrai au plan académique mais sur plusieurs autres plans également), qu'ils réussissent mieux, mieux qu'avant, mieux que leurs voisins, que leurs amis, que les enfants des amis de la famille.

Combien de jeunes filles ai-je retrouvées en train de se vomir les tripes avant de passer leurs examens d'admission à telle ou telle école prestigieuse école secondaire? Beaucoup trop.

Combien de jeunes à l'estime personnelle défaite parce qu'ils se trouvent « niaiseux » de ne pas réussir à l'école, ai-je rencontrés? Beaucoup trop, également.

Mais persévérer, c'est au-delà de « performer » et de réussir académiquement. En fait, pour pouvoir obtenir des résultats scolaires satisfaisants, encore faut-il être disponible, réceptif aux apprentissages. Mais les enfants et les adolescents arrivent souvent à l'école avec un bagage déjà lourd à porter pour leurs frêles épaules : conflits familiaux, séparation, déménagements répétitifs, absence d'implication de la part de leurs parents, surinvestissement de la part de leurs parents, situations d'abus physiques, psychologiques, trouble de santé mentale, de consommation - d'un membre de la famille ou d'eux-mêmes.

Et si ces jeunes n'obtiennent pas le soutien dont ils ont besoin au moment où ils en ont besoin, nul doute que la motivation scolaire et la capacité d'attention en prendront un coup. Alors oui, un prof, c'est plus qu'un pédagogue. C'est un être humain, une personne ressource, un modèle, un adulte significatif, un soutien nécessaire.

Je me rappelle très bien mon secondaire 4, année où mon tout premier « vrai » amoureux a rompu. Ma première peine d'amour. Et la séparation de mes parents, qui s'est effectuée de manière houleuse. Aliénation parentale, départ subit de ma mère de qui j'étais si proche, me retrouver avec mon père, moi qui ressemblait donc à ma mère, cette femme qui l'avait laissée tomber, comme ça, sans préavis, lui semblait-il. Vous imaginez à quel point j'en ai bavé, moi qui avais le malheur de ressembler à ma génitrice.

À 16 ans, on n'a pas envie de changer d'école, de déménager à plus d'une heure de route de ses amis de toujours, de changer de troupe de danse, d'équipe de soccer, de quartier. Je suis restée avec mon père, avec les difficultés que ça comportait.

Et l'école? Sans grande surprise, j'avais du mal à me concentrer, à m'intéresser à toute cette matière alors que ma mère me manquait, ma cellule familiale initiale aussi. Tout me paraissait sans intérêt à côté de la tempête qui m'habitait. Mes notes ont chuté, moi qui fréquentais une école d'éducation internationale. Moi qui faisais partie, aux dires de certains enseignants, de « l'élite » du Québec. Moi qui avais toujours voulu être à la hauteur.

Puis, des enseignants, sans probablement connaitre en détails ce qui se passait à la maison, ont compris au-delà de mes comportements, de ma démotivation. Ils m'ont donné le droit de ne pas aller. Alain m'a chanté « Happy Birthday » avec la voix de Barney (oui, oui, le gros dinosaure mauve), en me faisant valser devant la classe, le jour de mon anniversaire. Denis, le directeur, m'a accueillie dans son bureau alors que je venais littéralement de dire « va chier » (heu-hum) à une enseignante, sans me tomber sur la tomate. Pour que je lui parle de ce qui n'allait pas. Gaétan, prof de bio, me prenait telle que j'étais, avec mes sautes d'humeur. Je l'ai d'ailleurs revu plus tard : il se rappelait très bien de moi, de mes notes et de ma personnalité. « Un beau défi pour un prof, une étudiante comme toi », m'a-t-il alors confié.

Et mes notes ont grimpé. Et j'en ai été récompensée en étant reconnue par mes enseignants et la direction. Et la vie a poursuivi son cours. Et ma motivation est revenue. Et ma fierté. Et mon sentiment d'appartenance à cette école « d'élite ».

La persévérance scolaire, c'est bien plus que des notes et un diplôme. C'est se sentir bien dans son milieu scolaire, c'est se sentir libre d'être qui on est, c'est se sentir encouragé d'être qui on est par les adultes qui font partie de notre milieu scolaire.

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