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02/01/2013 11:51 EST | Actualisé 04/03/2013 05:12 EST

Humains, après tout

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Une étude (dont la source m'échappe, vous m'en excuserez) effectuée auprès des usagers du système de santé a obtenu les résultats suivants : la majorité des individus préfèrent se faire soigner par des médecins un peu moins compétents qui sont doté d'empathie, d'humanité et de compassion plutôt que par les médecins les plus compétents qui n'ont pas ces qualités.

Une autre étude a fait s'envoyer en l'air un chercheur se faisant passer pour un passager d'avion. Il a discuté avec ses voisins de vol. En sortant de l'avion, l'agent de bord questionnait les cobayes sur leur satisfaction à bord de leur engin. La grande majorité a acquiescé en nommant qu'ils avaient trouvé leur voisin très intéressant. Le voisin? Le chercheur. Ce qu'il a fait pour être intéressant? Il s'est intéressé. C'est tout. Il n'a donc pas parlé de lui. Il a fait parler les gens et les a écoutés.

La semaine dernière, j'ai dû me rendre à l'hôpital; dans le coin de pays où j'étais pour les vacances des Fêtes, il n'y avait pas de clinique médicale.

Donc, je suis à l'hôpital. J'ai apporté mon livre du moment et mon cahier de notes; ne sait-on jamais, les idées pourraient ressurgir pour un futur projet littéraire. Malgré le moment inopportun de ma sinusite pour faire surface, le moral est bon; les soirées ont été agréables avec la belle-famille, le fleuve est apaisant, le vent de l'Est est revigorant.

On m'appelle, après avoir été à l'accueil et avoir rencontré l'infirmier au triage. J'attends, dans le cabinet, que le médecin se pointe. Je suis accueillie par un : « Oui? ». Une minute plus tard, je ressors avec ma prescription d'antibiotiques. Il m'a suffit de tirer la langue, de laisser le médecin m'introduire un embout noir dans les oreilles et les narines. « Je ne vois rien, mais je vais me fier à ta description de symptômes. Quoi? T'as souvent mal à la tête? Je vais te prescrire !?/&*??&%$ », me dit-elle en écrivant rapidement de sa main gauche, en empoignant mon menu dossier de la main droite. « Pourquoi? », lui demande-je. « Pour tes maux de tête. Tu vas prendre ça avant de te coucher à tous les soirs, maux ou pas ». « Pour combien de temps? ». « Pour toujours. Bonne journée.».

Me voilà seule à nouveau dans le cabinet du médecin, déserté par ledit médecin, un papier pendouillant à la main.

Selon mes observations, elle ne fait clairement pas partie de la catégorie « médecins turbo humains ». Selon l'arrière-goût âpre qui m'est resté dans la bouche après notre rencontre avortée non plus.

Je me demande : à l'ère du remplacement des humains par des machines, ne sommes-nous pas en train de transformer tout doucement les humains en machines, plutôt, en les dépouillant de tendresse?

Comment se fait-il que le petit pitou de mes beaux-parents se fasse soigner avec davantage de douceur qu'un être humain?

Comment les personnes atteintes de maladie chronique/dégénérative sans le savoir se font-elles annoncer la source véritable de leur mal-être physique, voire psychique?

Comment peut-on insuffler de l'espoir avec si peu de délicatesse? À quel point notre système de santé est-il malade pour littéralement traiter les patients comme des numéros? À quel point peut-on demander aux médecins d'être compatissants en les faisant travailler un nombre d'heures effroyable, inhumain? Comment un système de santé malade peut-il mener à la guérison? À quel point ce même système de santé peut-il exister sans une société qui l'est tout autant?

La pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre, à ce que l'on dit.