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13/05/2013 11:55 EDT | Actualisé 13/07/2013 05:12 EDT

Deuils lointains

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La mort fait partie de la vie. Elle est inévitable. Fatale, surtout.

La mort s'en prend même aux êtres lumineux, vibrants, intenses.

La mort contraste avec tant de vitalité.

La mort nous ramène invariablement à la vie, à sa vie.

La mort d'un individu fait resurgir des questionnements enfouis, des peurs ensevelies, des doutes lointains.

«Est-ce que je vis ma vie comme je l'entends? Est-ce que je suis comblé(e)? Et si c'était mon tour, demain?»

La mort d'autrui nous permet de prendre du recul, de revoir ses priorités, de nous trouver, de nous perdre et de nous retrouver autrement.

La mort, c'est déstabilisant. Et l'instabilité, ça nous effraie. On préfère souvent rester dans du connu insatisfaisant plutôt que d'aller vers l'inconnu qui répondrait davantage à nos besoins, si on s'en laissait la chance.

Cette semaine, deux personnes que je connais (très peu) sont mortes.

Une ancienne collègue de travail de 42 ans, diagnostiquée avec un cancer généralisé à l'âge de 40 ans et des poussières. Elle ne s'en doutait pas. Elle allait bien. Elle se sentait en forme. Jusqu'au jour où elle ne s'est plus sentie en forme. Elle est allée faire un tour chez le médecin, puis chez un autre, puis un autre encore. Le diagnostic est tombé. «Il ne vous reste que quelques mois à vivre». Elle aura vécu 18 autres mois. Elle aura combattu 18 autres mois, plutôt. Elle aura combattu le temps, acheté le temps. Pour voir grandir sa fille, sans doute. Pour vivre des moments agréables avec son amoureux, sa sœur, sa mère. Pour s'imprégner d'art, de beauté, de musique. Une femme lumineuse, vivante, belle, belle, belle.

Et une auteure de 24 ans que j'ai connue à travers ses mots, Vickie Gendreau. «Testament». Une jeune femme magnifiquement intense, un regard de braise, un sourire renversant. Une tumeur au cerveau diagnostiquée en juin 2012. Des traitements de chimio qui ne donnent pas les résultats escomptés, qui rendent malade plutôt qu'ils ne permettent de guérir. De la morphine à profusion. Malgré tout, le désir d'écrire. Le besoin, plutôt. De laisser sa trace, de raconter, de se raconter. Elle a écrit. Aidée d'un ami d'abord puis, une étincelle. Il n'en fallait pas plus pour l'allumer, l'enflammer. Elle a terminé le roman seule. Puis, elle a eu besoin de partager ces écrits avec ses proches, ses lecteurs, aussi. Le 30 avril dernier, une lecture de son livre. Quelques centaines de spectateurs. Vickie, aussi. Touchée, troublée, fière.

Puis, la mort. Elle aura vécu ses rêves jusqu'au bout. En fouinant sur sa page Facebook, une photo d'elle, datant de 2008. En se moquant de son amie qui l'a immortalisée à ce moment, elle lui dit à peu près: «Un jour, si je publie un livre, je mettrai cette photo sur la couverture». Une vague d'émotion m'a envahie. Elle en a rêvé, de ces romans. Aujourd'hui, à 24 ans, elle en aura publié un (le second paraitra en 2014).

Moi, ça me fait réfléchir. Sur ma vie. Sur la vie. Sur le sens que je lui donne. Sur ce que je priorise. «Et si je mourrais demain?».

Pour visionner la vidéo effectuée dans le cadre de la lecture de son second roman «Drama Queen».

Ils sont décédés en 2013