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18/12/2013 11:40 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Bénédiction ou malédiction?

Dernièrement, je parlais avec une amie. Je lui disais que dernièrement, sans trop pouvoir en identifier la source, je me sentais perdue.

Puis, il y a quelques jours, j'ai réalisé que ce que j'avais perdu, en fait, c'était la foi. La foi en la vie. La conviction profonde que tout arrive pour une raison. La confiance absolue que ce qui doit être, sera.

Nul besoin de vous dire à quel point je me suis sentie profondément triste d'avoir perdu cette foi (cette naïveté, croirons certains).

J'en entends quelques-uns dire que ces phrases « préfaites », du genre « rien n'arrive pour rien », n'existent que pour rassurer les gens, les plus peureux d'entre eux, de surcroit.

À cela, je suis en désaccord. Pour ma part, du moins, la quête de sens est ce qu'il y a de plus naturel. Avec la perte d'institutions qui ont été pendant des siècles des points de repère pour chaque individu (et j'ai nommé l'Église et la famille), on est en recherche perpétuelle de sens. C'est normal, voire sain de vouloir organiser l'information qu'on traite, les situations qu'on vit. Cette organisation se passe dans notre quotidien : la façon dont on place systématiquement les aliments dans notre garde-manger, la manière dont on fait notre lit, notre routine du matin, notre trajet pour se rendre au travail, notre tradition du vendredi soir de commander de la pizza et j'en passe. Certes, tout cela est rassurant : on peut prévoir ce qui va se passer, on peut anticiper, avoir hâte...

Outre les éléments du quotidien, on veut aussi organiser les événements qui se produisent dans notre vie afin qu'ils aient un sens, qu'ils soient intelligibles, rassurants.

Comme un fâcheux incident, comme la maladie, un accident, un deuil, une rupture. Sans cette anticipation que tout ira mieux, que le temps arrange les choses, que quelque chose nous attend ailleurs, on resterait dans notre torpeur ad vitam aeternam. Attention : je ne dis pas de se répéter ces phrases en boucle dès que ça ne va pas ! Au contraire, il faut vivre les émotions, aussi négatives soient-elles à ressentir, avant de pouvoir passer à autre chose. Et outre le temps, il faut se questionner aussi sur nos façons de faire face aux coups durs, rectifier le tir, au besoin. Il faut s'aider (« aide-toi et le Ciel t'aidera). Mais au-delà de ce qu'on peut contrôler, il y a tout ce qu'on ne peut pas contrôler. Et c'est exactement à ce moment que le lâcher prise, la confiance, la foi en la vie prend tout son sens.

Mais souvent, tout comme je l'ai fait dans les derniers jours, on tend à confondre « confiance en la vie » avec « attentes non répondues...immédiatement ». Eh oui, je vous l'ai déjà confié, je suis une grande impatiente. Je suis une sprinteuse, qui carbure à l'adrénaline, aux projets, aux résultats. Je tends à ne pas apprécier le voyage, trop pressée que je suis à me rendre à destination. Mais c'est un éternel recommencement, une éternelle insatisfaction : une fois rendue à destination, je dois me remettre en route, en quête d'une prochaine destination. Et l'insatisfaction se fait sentir de nouveau.

Et dernièrement, tout n'est pas allé assez vite à mon goût. Et j'ai constaté que j'étais dans l'attente que quelque chose se passe. Mais rien (en fait, c'est ce que je croyais). Quand j'ai compris que je n'avais pas perdu la foi en la vie mais que j'entrevoyais plutôt la vie sans attente, j'ai alors été soulagée. Comme si, en un éclair, ma perception de la vie avait changé : la vie ne m'est pas redevable. Chaque instant où il ne se passe rien n'est pas une punition. Non. Chaque fois qu'il se passe quelque chose, c'est une bénédiction, plutôt. Et en ne vivant pas dans l'attente, je vis moins de déceptions. Et je savoure ce qui m'arrive, puisque je le considère comme un cadeau et non pas comme un dû.

Alors, est-ce que j'avais réellement confiance en la vie ou est-ce que la vie, jusqu'à maintenant, ne m'avait pas trop déçue en répondant à mes attentes ? Je vais y réfléchir. Je vous reviendrai avec une réponse.

En attendant, joyeux temps des Fêtes. Je vous souhaite de vous faire un aussi beau cadeau que celui que je me suis fait : la lucidité.

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