LES BLOGUES
23/05/2017 12:13 EDT | Actualisé 23/05/2017 12:13 EDT

Les policiers de Montréal c. Denis Coderre

Pour une fois, Monsieur Coderre, vous avez l'occasion de faire amende honorable et de rétablir la paix sociale dans les rues de Montréal pour ce 375e anniversaire.

La semaine dernière, les tensions ont atteint leur point culminant entre les deux parties et comme à l'habitude, les réseaux sociaux se sont enflammés pour décrier le port des pantalons d'armée, le dérangement des festivités du 375e, etc. À noter que cette marche s'est effectuée dans les règles, avec itinéraire, sans aucune casse ou altercation avec des citoyens. Justement, de plus en plus de citoyens manifestent leur appui aux policiers et réalisent l'insulte que l'employeur leur inflige quand ils sont pris à partir sur la route, sans contrat de travail depuis trois ans. Pas 3 mois, 6 mois, 1 an... 3 ans !

Comment peut-on se sentir comme employé quand on se fait dire que notre travail ne mérite pas de contrat, d'entente ? La motivation doit être dure à maintenir, on doit se sentir blasé, écoeuré et même dépossédé de son cœur de travailleur. Étudier fort pendant 3 ans, traverser la dure École nationale de police, atteindre la fierté ultime en endossant l'uniforme pour la première fois pour aboutir dans de telles conditions...

De plus, avec les médias qui s'en mêlent et ne ratent pas une occasion de rabaisser les policiers, je me demande comment ils font pour partir sur la route, jour après jour, et continuer à aider les personnes en détresse. Pour une fois, les « haters », « trolls » et anarchistes, gardez-vous une petite gêne et essayez d'entrer dans leur peau quelques minutes.

Car c'est ce qu'ils font, aider le monde, n'en déplaise à un lecteur du Journal de Montréal, qui parle de leur « mépris des citoyens » dans la section « commentaires » du quotidien à la suite des manifestations du 375e. C'est vrai qu'il faut être drôlement méprisant pour répondre quotidiennement à des appels de détresse de personnes intoxiquées, les murs jaunis par la cigarette, qui enfilent les clopes l'une après l'autre devant des policiers qui les écoutent bien patiemment pour trouver des solutions. Ou encore, devoir prendre la cape du « bon père de famille » et tenter de résoudre l'impasse de parents qui n'en peuvent plus devant leur enfant ou leur ado qui défie l'autorité, et tout mettre en œuvre, via le CLSC ou la DPJ, pour que cette famille soit supportée et suivie.

Selon un autre citoyen, ils ont « un travail répressif, donnent des tickets [et ont] un salaire qu'ils ne méritent pas ». Ce salaire, pour ceux qui ne le savent pas, commence à 32 000$ pour les deux premières années de travail, à Montréal. 32 000$ pour ramasser des bouts de cervelle dans la rue à la suite d'un accident grave, 32 000$ pour répondre à un appel d'homme barricadé et rester sur les lieux patiemment pendant 4 à 12 heures, à -30 degrés en hiver, en espérant que la personne se rende sans faire de dommage contre elle ou autrui. 32 000$ pour aller faire le pied de grue à la Cour régulièrement pendant une journée entière de congé, pour finalement apprendre à 15h45 que la cause est reportée ou que son témoignage ne sera pas requis. 32 000$ pour gérer une personne en crise, agitée et qui insulte l'agent pendant les heures que celui-ci attend l'arrivée des ambulanciers parce que l'appel est jugé non urgent. Et si, avec chance, l'ambulance arrive dans moins d'une heure, il peut très bien attendre une autre heure à l'hôpital, car les infirmières ne passent pas toujours les policiers en priorité.

Et dans tous ces cas, le citoyen est toujours prêt, armé de sa caméra et de ses mots injurieux, à juger et critiquer le peu qu'il voit, sans considérer tout ce qu'il ne voit pas. Par exemple, le fait que le fonds de retraite des policiers du SPVM est tellement bien géré que la ville de Montréal n'a pas eu à y injecter un sou entre 1997 et 2007. Que ce même fonds est capitalisé à 104%, ce qui veut dire en termes simples qu'il est très « en santé » et que la ville n'a actuellement pas à y verser beaucoup, contrairement aux fonds déficitaires. Autrement dit, la ville veut faire payer les policiers beaucoup plus que dans le passé pour leur retraite afin de compenser pour les autres corps de métiers dont le rendement est moins performant. C'est comme si, par exemple, les enseignants devaient faire augmenter leur contribution à leur fonds de pension pour aider celui des médecins, s'il était déficitaire. Cela n'a aucun sens.

Un contrat de travail, c'est la base de tout pour qu'il y ait respect entre un salarié et un employeur.

Un contrat de travail, c'est la base de tout pour qu'il y ait respect entre un salarié et un employeur. Récemment, les médecins généralistes ont obtenu une hausse de 34% de leur salaire sur une courte période de temps et 42% pour les spécialistes. Et un « gros » 9% sur 5 ans pour les travailleurs de la santé. Avec ce gouvernement corrompu, élitiste et qui méprise ses travailleurs de la classe moyenne, pour curieusement se faire réélire à chaque fois ou presque depuis presque 20 ans, c'est difficile de prévoir le dénouement de la négociation entre les policiers et la ville. Pour une fois, Monsieur Coderre, vous avez l'occasion de faire amende honorable et de rétablir la paix sociale dans les rues de Montréal pour ce 375e anniversaire. Pour le bien-être des citoyens et surtout, pour l'intégrité de vos 4500 policiers et policières, travaillez avec les vrais chiffres au niveau des fonds de pension et honorez leur travail comme le font beaucoup d'autres villes canadiennes et américaines.

LIRE AUSSI:

» Le SPVM voulait aussi écouter les conversations de Lagacé et Djelidi

» Des policiers du SPVM profitent du 375e pour manifester

» Entente de principe entre Montréal et ses pompiers

» Les policiers de Montréal se moquent de Denis Coderre

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST