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13/03/2019 06:00 EDT | Actualisé 13/03/2019 06:00 EDT

Enseignantes voilées: attention, discrimination en vue!

En confondant la laïcité de l’État avec la laïcité des individus, le gouvernement Legault creuse lui-même un profond fossé entre les femmes musulmanes et le reste de la société québécoise.

Caiaimage/Robert Daly via Getty Images
Il faut savoir que dans le secteur des écoles privées, le personnel enseignant des écoles de la communauté musulmane a des salaires beaucoup plus bas que ses collègues d’autres écoles.

Avec le projet de loi annoncé par le gouvernement caquiste, il a beaucoup été question au cours des derniers mois des enseignantes musulmanes qui portent le voile à l'école. Tout le monde y va de son opinion.

À titre de président de la Fédération du personnel de l'enseignement privé (FPEP-CSQ), je me permettrai de vous exprimer la mienne puisque je représente notamment des enseignantes de confession musulmane, dont certaines portent le voile.

D'abord, une mise en contexte s'impose.

Il faut savoir que dans le secteur des écoles privées, le personnel enseignant des écoles de la communauté musulmane a des salaires beaucoup plus bas que ses collègues d'autres écoles.

Ces salaires peuvent être jusqu'à près de 40% inférieurs à ceux de ses collègues du secteur public ou d'autres écoles privées.

Ce n'est pas peu dire.

Voilà pourquoi, plusieurs, fatigués de subir une telle disparité, se tournent vers le réseau public afin d'obtenir des salaires plus décents. Ce que nombre d'entre eux ont fait.

Malheureusement, avec le projet de loi anticipé, ce seront principalement des femmes, enseignantes de la communauté musulmane, qui seront ciblées et qui n'auront plus accès à ces emplois mieux rémunérés dans le secteur public, alors que leurs collègues masculins, eux, pourront toujours y accéder. Quelle égalité!

Rappelons que, lors d'une entrevue dans un média anglophone, la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, a déjà affirmé au sujet des mesures identitaires de son gouvernement que l'objectif est de «mieux intégrer les immigrants [...] pour être plus accueillant et plus inclusif». Est-ce qu'empêcher toute une communauté de femmes d'avoir accès à des emplois de meilleure qualité, c'est cela «être accueillant et plus inclusif»?

Alors que certains veulent nous faire croire que l'ensemble des femmes qui portent le voile le feraient toujours par soumission, je crois que la réalité est loin d'être aussi tranchée.

Les enseignantes que je côtoie porte le voile par conviction et non par obligation.

J'entends déjà des personnes qui se lèveront pour dire: «Alors, elles n'ont qu'à l'enlever, leur voile!» Bien facile à dire, mais il faut considérer que les personnes qui portent un signe religieux le font, car cela fait partie de leur identité et de l'expression de leur foi.

La laïcité de l'État doit assurer aux personnes qu'elles ne seront pas discriminées sur la base de leur croyance religieuse, et non pas de restreindre leur liberté de religion ou leurs autres droits, comme certains semblent l'interpréter.

Dans l'éventualité de ce projet de loi, c'est pourtant bien ce qui arriverait: ces femmes seraient discriminées pour avoir porté un signe religieux alors que la Charte québécoise des droits et libertés de la personne nous interdit pourtant de les discriminer en emploi.

Le plus désolant dans cette situation est que sous prétexte que ces femmes refusent de s'intégrer, de renoncer à un symbole faisant partie de leur identité, l'État les privera de cet emploi qui permettait à ces citoyennes de participer à la société et de contribuer au vivre ensemble.

Ces enseignantes aiment leur profession, sont compétentes, contribuent au développement de nos enfants et jouent un rôle positif dans la société. Ainsi, cette loi aurait plutôt pour effet de les confiner dans leur communauté. C'est plutôt questionnant comme moyen d'inclusion.

En confondant la laïcité de l'État avec la laïcité des individus, le gouvernement Legault creuse lui-même un profond fossé entre les femmes musulmanes et le reste de la société québécoise. Le premier ministre pense-t-il vraiment que c'est la meilleure façon de faire pour faciliter l'intégration d'une communauté?

Il est grand temps que le gouvernement de la CAQ le comprenne et agisse en conséquence... au nom du respect des droits de l'ensemble des Québécoises.

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