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31/10/2018 10:24 EDT | Actualisé 31/10/2018 10:25 EDT

Des pays se mobilisent pour encourager la marche et le vélo, où en est le Québec?

À quand une vraie politique favorable au développement des transports actifs au Québec?

Johner Images via Getty Images
Ailleurs dans le monde, et surtout en Europe, la marche et le vélo deviennent de plus en plus la solution aux problèmes grandissants de congestion et de mauvaise qualité de l'air.

Dans un nombre croissant de villes dans le monde, la pollution de l'air et la congestion deviennent insoutenables. Pour les dirigeants de ces villes, la meilleure façon d'atténuer ces problèmes est de restreindre l'accès de leur centre aux voitures. Parallèlement à ces mesures, on favorise les transports actifs (marche et vélo). Petit tour d'horizon.

La situation au Québec

En 2014, l'Agence métropolitaine des transports (AMT), aujourd'hui l'Autorité régionale de transports métropolitains (ARTM), abandonnait la Journée sans ma voiture, qui se tenait chaque année le 22 septembre depuis 2003. Cette journée visait à sensibiliser la population aux modes de transport alternatifs pour se déplacer vers le centre-ville (ex.: transports collectifs, marche, vélo). La raison invoquée pour cet abandon: une baisse de participation et le manque de résultats concrets. Les gens délaissaient très peu leur voiture pour se rendre en ville.

Aujourd'hui, quatre ans plus tard, que fait le gouvernement pour encourager les citadins et banlieusards à prendre les transports collectifs ou mieux, à utiliser les transports actifs (marche et vélo)? Trop peu de choses.

La comparaison est sans ambiguïté: en une heure, dans un espace urbain dense, 19 000 personnes peuvent se déplacer à pied, 14 000 à vélo et seulement 2000 en voiture.

Bien sûr, le nouveau gouvernement de la CAQ assure qu'il accordera une grande importance au transport en commun, tout en parlant très peu des transports actifs. Son discours est toutefois contredit par les nombreuses mesures qu'il entend prendre en faveur des automobilistes (élargissement de routes et d'autoroutes, construction de nouvelles routes, réalisation du 3e lien à Québec, etc.).

Ce n'est pas surprenant pour un gouvernement élu majoritairement par les populations du 450 (banlieues). D'ailleurs, son nouveau ministre des Transports, François Bonnardel, a récemment dit que l'on «doit penser aux automobilistes avant toute chose.» Ce gouvernement envoie aussi un mauvais message en abandonnant les mots «électrification des transports» et «mobilité durable», qui accompagnaient le titre de ce ministère. Ce dernier redevient simplement le ministère des Transports.

Pendant ce temps ailleurs dans le monde...

Pourtant, ailleurs dans le monde, et surtout en Europe, la marche et le vélo deviennent de plus en plus la solution aux problèmes grandissants de congestion et de mauvaise qualité de l'air. La façon dont on s'y prend consiste, la plupart du temps, à restreindre le centre des villes aux véhicules motorisés, particulièrement aux très polluants véhicules diesel. Un article publié récemment dans la revue scientifique New Scientist faisait état des développements à ce chapitre. On y rappelle que l'automobile est le plus mauvais moyen de transport pour déplacer les gens. Ainsi, en une heure, dans un espace urbain dense, 19 000 personnes peuvent se déplacer à pied, 14 000 à vélo et seulement 2000 en voiture.

À Oslo, capitale de la Norvège, on prend les grands moyens pour améliorer la qualité de l'air dans le centre. Le but est de réduire les émissions de CO2 de 95% d'ici 2030. Pour y arriver, on compte supprimer 700 places de stationnement dans le centre, adopter un zonage qui rend impossible la traversée du centre en voiture, piétonniser les rues et hausser le tarif des péages urbains. Bien sûr, ces mesures ne font pas l'affaire de tous et la résistance s'organise. Une infolettre intitulée «Oui à la voiture à Oslo» a déjà recueilli plus de 20 000 signataires. Leur application demandera donc une grande volonté politique.

Plus au sud, en Espagne, sa capitale Madrid restreindra progressivement son centre aux voitures diesel et à essence à compter du 23 novembre. Seuls les véhicules électriques et hybrides pourront y accéder. Et, bien sûr, les marcheurs et les cyclistes.

La guerre aux véhicules les plus polluants est donc définitivement déclarée dans plusieurs villes européennes (dont Rome, Bruxelles et Hambourg). L'interdiction des véhicules diesel dans le Grand Paris est amorcée depuis le 1er janvier 2017. En 2024, ils seront complètement interdits. En 2030, ce sera au tour des véhicules à essence. Mais les choses ne s'arrêtent pas là. Paris ambitionne de devenir une capitale mondiale du vélo en doublant notamment la longueur de ses voies cyclables de 700 à 1400 kilomètres. On veut aussi accroître les déplacements effectués à vélo à plus de 15% d'ici 2020. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais la volonté d'y arriver y est.

Plus largement, le gouvernement Macron veut inciter la population à faire plus de vélo en France. Actuellement, ce type de déplacements est évalué à un maigre 3%, mais le gouvernement souhaite les hausser à 9% d'ici 2024. À titre de comparaison, ce pourcentage est de 26% dans les Pays-Bas. Parmi les cinq mesures annoncées pour y arriver, on prévoit créer un Fonds national de 350 millions d'euros pour soutenir l'aménagement d'axes cyclables dans les villes.

Les deux villes reines du vélo

Pendant ce temps, les deux villes reines du vélo, Amsterdam et Copenhague, poursuivent tous azimuts leur avancée en faveur du vélo. Dans la capitale néerlandaise, rouler en voiture est même devenu un luxe. Amsterdam exige des frais annuels pour l'achat d'une vignette permettant aux automobilistes de leur voiture stationner dans la rue. La ville aménage aussi d'immenses stationnements pour les vélos à proximité des gares de train.

Pourtant, dans la région de Montréal, on fait l'inverse. On aménage de grands stationnements incitatifs réservés aux voitures à proximité des gares. Cette situation, bien sûr, n'encourage pas l'usage des transports actifs, comme le vélo.

À Copenhague, la ville vit au rythme du vélo. Les déplacements sur deux roues y sont beaucoup plus importants qu'en voiture. Depuis novembre 2016, il y a plus de vélos que de voitures circulant dans la ville, soit 265 700 vélos contre 252 600 voitures. Et en 2015, 41% de ses 580 000 habitants se rendaient au travail ou à l'école à vélo. Cet excellent résultat tire son origine des nombreuses mesures adoptées depuis les années 1970 pour faire la promotion du vélo comme mode de transport.

Au Québec, on est encore loin de ces résultats impressionnants, avec une part modale maigrichonne pour le vélo de 1,8% dans le Grand Montréal en 2013 (elle était toutefois de 1,2% en 2003). À quand une vraie politique favorable au développement des transports actifs au Québec?

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