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11/04/2019 11:51 EDT | Actualisé 11/04/2019 12:03 EDT

Les cyclistes devraient-ils pouvoir circuler dans les voies réservées?

À la Ville de Montréal, on semble avoir de la difficulté à concilier le développement des voies réservées avec le développement d’un réseau cyclable sécuritaire.

À l’heure où l’on souhaite réduire les émissions de GES, ne faudrait-il pas encourager davantage le transport actif (dont le cyclisme fait partie) plutôt que lui mettre des bâtons dans les roues?
carterdayne via Getty Images
À l’heure où l’on souhaite réduire les émissions de GES, ne faudrait-il pas encourager davantage le transport actif (dont le cyclisme fait partie) plutôt que lui mettre des bâtons dans les roues?

À Montréal, l'administration Plante veut augmenter le nombre de voies réservées sur les grandes artères. En même temps, elle veut accroître la part modale du vélo de 15% dans les déplacements en ville. Pour concilier les deux projets, il faudrait logiquement que les cyclistes puissent circuler dans les voies réservées.

Or, en ce moment, le Règlement sur la circulation et le stationnement de la Ville l'interdit. Des amendes de 100 à 200$ sont même prévues à l'article 78 de ce règlement pour les cyclistes qui s'y aventure. Pierre Rogué, juriste, très impliqué dans le dossier et fondateur de l'Association pour la mobilité active de Rosemont-La Petite-Patrie, croit qu'il faut vite retirer cette interdiction et l'amende qui s'y rattache.

Le juriste déplore l'immobilisme de la Ville dans ce dossier et le lie à la résistance des chauffeurs d'autobus de la STM. Une résistance qui perdure depuis des années.

En 2014, une chauffeuse d'autobus de la STM avait démarré une pétition exigeant une loi qui interdirait la présence de cyclistes dans les voies réservées sous le prétexte que cela est dangereux pour leur sécurité.

Deux ans plus tard, la résistance était toujours présente. Le maire Coderre souhaitait alors développer un plan de voies réservées dans lesquelles les cyclistes pourraient circuler. Le syndicat des chauffeurs d'autobus de la STM s'y opposait affirmant (encore) que cela mettait en péril la sécurité des cyclistes en plus de ralentir le service de transport.

Pierre Rogué ne comprend pas où est le problème. «Les réseaux de transport de Longueuil et de Laval permettent aux cyclistes de circuler dans les voies réservées, dit-il. C'est la même chose dans beaucoup de grandes villes dans le monde.»

À l'heure où l'on souhaite réduire les émissions de gaz à effet de serre, ne faudrait-il pas encourager davantage le transport actif (dont le cyclisme fait partie) plutôt que lui mettre des bâtons dans les roues?

Pour faire avancer le dossier, Pierre Rogué a approché Craig Sauvé, vice-président de la STM et la conseillère du district de Lorimer, Marianne Giguère, responsable du dossier vélo à la Ville, pour les rencontrer afin de régler cette situation. Il attend toujours une réponse de leur part à ce sujet.

Enfin, notons que les voies réservées à Montréal interdisent le passage des voitures avec conducteurs solos. Autobus, taxis et voitures avec deux conducteurs et plus peuvent y circuler. Alors pourquoi les vélos n'y auraient pas droit? C'est pourtant un véhicule non polluant dont l'usage contribue à décongestionner les artères.

Pendant ce temps, le REV

Autre dossier dont l'avancement se fait au ralenti à Montréal, c'est le réseau Express vélo (REV). Le projet vise à créer un réseau cyclable protégé et accessible à l'année sur certaines grandes artères. Lors des élections municipales de 2017, c'était l'une des promesses phares de Projet Montréal.

Une consultation publique a été menée et un rapport synthèse est disponible, mais on y trouve peu de choses. Par exemple, on ne sait toujours pas quelles artères seront sélectionnées pour être intégrées au REV. Pierre Rogué déplore d'ailleurs l'opacité qui entoure ce projet.

Or, avec l'interdiction toujours en vigueur des vélos sur les voies réservées, on est en droit de se demander comment le REV va se déployer sur les grandes artères, sur lesquelles il risque aussi d'y avoir des voies réservées.

Deux solutions semblent possibles: permettre aux cyclistes de circuler dans les voies réservées ou réduire l'espace alloué aux automobilistes sur les artères du REV pour permettre aux deux modes (transport collectif et vélo) de coexister dans des voies séparées.

Un REV sur Sherbrooke?

Au début janvier 2019, la Coalition vélo de Montréal en association avec plusieurs groupes faisant la promotion du transport actif a créé la page Facebook Rue Sherbrooke à vélo. L'objectif est de convaincre la Ville d'aménager une voie cyclable sur cette grande artère très fréquentée par les cyclistes, car, selon le groupe, il s'agit du chemin le plus direct pour traverser la ville d'est en ouest et vice versa. Le groupe souhaiterait aussi que l'artère soit intégrée au REV.

Selon le groupe, ce serait un moyen d'accroître la sécurité des cyclistes où présentement aucun espace ne leur est alloué sur l'artère. Entre 2006 et 2015, on y dénombrait 434 cyclistes blessés et un décès. Or, la Ville a aussi le projet d'y aménager une voie réservée.

À la Ville, on semble avoir de la difficulté à concilier le développement des voies réservées avec le développement d'un réseau cyclable sécuritaire.

Une vidéo captée lors du conseil d'arrondissement Mercier Hochelaga-Maisonneuve du 4 décembre 2018 l'illustre bien. On y entend notamment Luc Gagnon, directeur du service de l'urbanisme et de la mobilité à la Ville (le responsable du développement du REV) s'exprimer à ce sujet et donner des réponses évasives sur la possibilité d'aménager une voie cyclable sur Sherbrooke.

Il s'agit bien sûr d'un dossier chaud qui risque de faire des mécontents du côté des automobilistes. Car peu importe les artères qui seront choisies pour le REV, c'est certain que des places de stationnement seront perdues et peut-être aussi qu'il y aura une réduction du nombre de voies disponibles pour les automobilistes.

Mais avec l'augmentation importante des cyclistes ces dernières années à Montréal et la nécessité de leur offrir un réseau sécuritaire, le statu quo n'est plus une option.

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