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17/06/2016 08:56 EDT | Actualisé 18/06/2017 05:12 EDT

Détruire l'économie avec les pipelines

Les changements climatiques imposent des contraintes sévères à l'agriculture, réduisant de manière importante sa capacité de production et contribuant à une explosion des prix.

Ce n'est pas la première fois que l'Institut économique de Montréal (IEDM) manque de rigueur dans une analyse parce qu'elle penche exclusivement à droite. C'est la norme pour cet organisme prétendant orienter l'économie alors qu'il est financé par des intérêts occultes. L'IEDM a pour unique objectif d'influencer les politiques et exerce une forme de lobby non règlementé pour corrompre l'opinion publique.

Dans leur note économique, Youri Chassin et Joe Oliver présentent les projets d'oléoduc avec une approche simpliste. Or, les calculs sont en réalité beaucoup plus complexes et les auteurs font abstraction de dépenses qui éclipsent les retombées annuelles évaluées selon leur hypothèse à 13,5 milliards si le Canada permettait les projets d'oléoduc totalisant 34 milliards d'investissements privés.

Il faut d'abord déduire la part canadienne des 100 milliards de dollars par année que les États industrialisés se sont engagés à verser aux pays en développement lors de la signature de l'accord de la COP21 à Paris. Cette somme doit éviter le développement fossile des économies en passant directement aux énergies renouvelables. Six mois après l'accord de Paris, un rapport du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) révise déjà cette somme qui pourrait atteindre 300 milliards par an en 2030 et 500 milliards par an d'ici 2050.

Parmi les autres dépenses, que l'IEDM a volontairement omis de déduire, figurent les coûts des dommages aux infrastructures causés par les changements climatiques qui vont se multiplier avec la fréquence des événements. Un rapport de la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie produit en 2011 pour la Fédération canadienne des municipalités estimait que «les coûts du changement climatique pour le Canada pourraient passer d'environ cinq milliards de dollars par année en 2020 [...] à une somme comprise entre 21 et 43 milliards de dollars par année dans les années 2050.» Le coût estimé des inondations de juin 2013 à Calgary a été de 3 à 5 milliards et celui de la crise du verglas de 1998 de 5 milliards.

Les changements climatiques imposent des contraintes sévères à l'agriculture, réduisant de manière importante sa capacité de production et contribuant à une explosion des prix. Les hausses influent directement sur la capacité de payer des consommateurs qui réduisent leurs dépenses, ce qui favorise l'enfoncement de l'économie dans la décroissance.

Selon une étude publiée pour l'Institut Parkland de l'Université de l'Alberta et pour l'Université de Victoria par David Hughes [1], la croissance du secteur pétrolier nuirait à l'économie par l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. «Si vous prenez en considération la croissance prévue de la production pétrolière et gazière, il est plutôt difficile de voir comment on peut couper les émissions de 55% dans le reste (des secteurs) sans détruire l'économie dans ce processus».

Selon Jeff Rubin, économiste et ancien directeur à la CIBC, les pipelines ne font aucun sens au plan économique. Il recommande à l'Alberta de diversifier son économie et de trouver de nouveaux produits à exporter.

Les 13,5 milliards de dollars prétendus par Chassin et Oliver sont donc déjà transformés en lourds déficits publics avant même la réalisation des projets de pipeline. L'IEDM aurait avantage à mettre de côté sa courte vue des mécanismes de marché pour tenir compte des lois immuables et intransgressibles de la physique du climat qui vont inévitablement affecter l'économie mondiale en précipitant son effondrement.

[1] David Huges était directeur de recherche à la commission géologique du Canada (CGC)

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