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08/10/2015 02:03 EDT | Actualisé 08/10/2016 05:12 EDT

Les variations bien tempérées de David Ives

Cette année, le Théâtre de Quat'sous fête son 60e anniversaire. Variation sur un temps est une bonne manière de célébrer une tradition déjantée dont ce théâtre s'est fait avec bonheur la spécialité.

Suspension du temps pour ces cinq pièces comico-philosophiques de l'auteur américain David Ives, issues d'un recueil intitulé All in the timing, et présentées sous le titre de Variation sur un temps au Théâtre de Quat'Sous à Montréal.

Aucune réelle histoire dans ces cinq petites pièces. Rien n'y est vraiment raconté. Ce n'est pas la ligne temporelle qui est explorée, mais la répétition possible d'événements.

En soi, la répétition a toujours un certain effet comique et jubilatoire. Sorte de mécanique plaquée sur le vivant du quotidien, elle permet en plus différents effets loufoques et carica-turaux dont le texte et la belle mise en scène d'Éric Jean ne se privent pas. Les six acteurs talentueux sont extrêmement comiques et l'ensemble offre au spectateur une heure quatorze minutes et cinquante-six secondes de rires et de sourires non-stop.

Car dès le début et sur la scène, s'amorce un compte à rebours. La notion philosophique du temps est annoncée d'emblée comme le fil conducteur des cinq pièces présentées (seul l'amour dérègle à chaque fois l'inexorable de ce temps). Mais contrairement à un discours philosophique austère et sans humour, l'extravagance des situations permet d'associer la distraction à la réflexion.

Mini-Putt ou l'art de la fugue présente un homme à trois moments de sa vie, cherchant à séduire une femme à chaque fois différente - Annie, Amélie, Émilie... - mais avec les mêmes mots, les mêmes plaisanteries et sur le même mini-golf. Les femmes changent. Lui aussi un peu sans doute. La répétition n'a d'intérêt que si elle n'est pas totalement identique à elle-même.

C'est sûr est la rencontre dans un café d'un homme et d'une femme occupée à lire La recherche du temps perdu de Proust... Répétition comique là encore dans la variation infinie des paroles susceptibles d'être échangées lors d'une telle situation.

Dans Le Drummondville, un homme comprend tous les ra-tages de sa vie actuelle en apprenant que s'il est physiquement à Montréal, il est métaphy-siquement pris dans un espace temporel particulier, un « drummon » où le contraire de ce que l'on désire se produit immanquablement...

Variations sur la mort de Trotski explore les 36 heures de survie du militant marxiste après qu'il ait été mortellement blessé d'un coup de pic à glace à l'arrière de son crâne. Une situation qui donne froid dans le dos, mais qui est traité là encore avec un humour incroyable.

Philip Glass à la boulangerie, enfin, achève ce spectacle par une sorte de mini comédie musicale burlesque. Le compositeur de musique sérielle répétitive Philip Glass est censé être reconnu alors qu'il achète son pain par une de ses admiratrices. S'ensuit un ballet chanté et bien chorégraphié, parodiant à la fois le jeu rythmique du musicien et les spectacles populaires de Broadway.

Cette année, le Théâtre de Quat'sous fête son soixantième anniversaire. Variation sur un temps est une bonne manière de célébrer une tradition déjantée dont ce théâtre s'est fait avec bonheur la spécialité.

Variations sur un temps, du 5 au 30 octobre 2015 au Théâtre de Qua-t'Sous à Montréal

Ce billet de blogue a aussi été publié sur info-culture.biz

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