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27/09/2018 11:39 EDT | Actualisé 27/09/2018 11:42 EDT

Dada Masilo en «Giselle»: au cœur des croyances de l'au-delà africain

La dimension africaine plonge le spectateur au cœur des croyances des êtres inquiétants qui garnissent l'au-delà africain.

En ouverture de sa 21e saison, Danse Danse a choisi de présenter Giselle, le ballet classique et romantique par excellence. Créé à Paris en 1841, l'œuvre mise en musique par Adolphe Adam, raconte l'histoire d'une jeune paysanne qui perd la vie par amour et se transforme en willi, une créature de l'au-delà issue des légendes de Bohême (à peu près l'équivalent des nymphes pour la mythologie grecque), c'est-à-dire une jeune vierge condamnée à danser toutes les nuits jusqu'à l'aube, après sa mort...

C'est Théophile Gauthier qui en écrivit le livret et Giselle constitue sans doute la plus ancienne chorégraphie du genre.

La jeune fille est alors une paysanne qui, contre l'avis de sa mère, danse par amour avec un jeune homme nommé Albrecht. Hilarion, le garde-chasse éconduit par Giselle s'aperçoit qu'Albrecht est un noble déjà fiancé à la fille d'un duc, et il révèle la vérité à celle qu'il aime. Giselle en perd la raison et meurt. Sur sa tombe, les deux jeunes hommes viennent se recueillir et Albrecht est entrainé par les nouvelles compagnes de Giselle, les willis, et en particulier leur reine Myrtha, à danser jusqu'à sa propre mort. Giselle s'arrangera finalement pour que le jeune homme qu'elle a aimé ne meure pas.

Or, les choses se modifient quelque peu sous la gouverne de la grande danseuse et chorégraphe sud-africaine Dada Masilo. Dans un décor, constitué des œuvres projetées de l'artiste William Kentridge, et sur une musique de Philip Miller, Giselle, interprétée par Dada Masilo reconnaissable à son crâne rasé, vit dans un village africain où elle travaille dans les champs pour des maîtres.

Un jeune homme la remarque et se fait passer pour un villageois alors qu'il appartient à la classe dirigeante, et il séduit la jeune Giselle. Un villageois qui n'intéresse pas Giselle lui révèle la vérité et celle-ci en meurt, mais ne pardonne pas et se venge de la trahison qu'elle a subie.

L'atmosphère du continent africain

Et tout le ballet, magnifique dans son exécution, l'énergie, la souplesse et la vélocité de ses danseurs, est emprunt d'une certaine violence, parfois même inquiétante, mêlée à de l'exubérance, de la joie, du bavardage, des rires qui plongent le spectateur dans l'atmosphère du continent africain. Les corps cambrés sont d'une élasticité irréelle, les mouvements coordonnés s'accomplissent à une allure folle.

Les mouvements sont le plus souvent constitués de danses rituelles qui semblent aller parfois jusqu'à la transe.

Dada Masilo, dans son travail de chorégraphe, ne néglige pas le ballet classique que l'on retrouve dans certaines séquences, mais les mouvements sont le plus souvent constitués de danses rituelles qui semblent aller parfois jusqu'à la transe. Une bagarre dansée s'engage entre les deux rivaux. Dada et le jeune homme qu'elle aime exécutent en duo des danses qui ressemblent à quelque merengue et l'ensemble des artistes semble inspirés par la street dance africaine.

Dans sa révision du livret, Giselle se transforme en un être de l'au-delà effrayant gouverné non par une reine, mais par un Sangoma, un guérisseur traditionnel africain. Tous de rouges vêtus avec des jupes longues rehaussées d'une sorte de tutu à l'arrière qui augmente encore la cambrure des corps, ces créatures de la nuit semblent loin des willis inoffensifs du ballet romantique original. La deuxième partie du ballet qui les met en scène est encore plus saisissante que la première, plus intense et spectaculaire.

La dimension africaine plonge le spectateur au cœur des croyances des êtres inquiétants qui garnissent l'au-delà africain.

Giselle n'en est pas à sa première réinterprétation. Mais avec Dada Masilo, la dimension africaine plonge le spectateur au cœur des croyances des êtres inquiétants qui garnissent l'au-delà africain. Pour ma part, et le ballet de Dada Masilo en offre une sorte de démonstration, j'ai toujours pensé que les danseuses en tutu blanc sur leurs pointes, qui les font ressembler à des oiseaux ou à des anges, représentaient au sens figuré, mais aussi au sens propre des êtres de l'au-delà, des artistes capables de prouesses impensables et irréalisables pour le commun des mortels et en particulier pour les spectateurs qui les admirent.


Giselle, du 25 au 29 septembre 2018, au théâtre Maisonneuve à Montréal.

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

Giselle © John Hogg