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03/03/2016 03:48 EST | Actualisé 04/03/2017 05:12 EST

Humour anglais et humour juif pour un désopilant «The Table»

S'inspirant de l'art du bunraku, un type de théâtre dans lequel une marionnette est manipulée à vue par trois artistes, la compagnie Blind Summit Theatre a ouvert avec brio la 11e édition du festival de marionnettes de Casteliers au théâtre Outremont.

S'inspirant de l'art du bunraku, un type de théâtre provenant du Japon du XVIIe siècle dans lequel une marionnette est manipulée à vue par trois artistes, la compagnie anglaise Blind Summit Theatre a ouvert avec brio la 11e édition montréalaise du festival de marionnettes de Casteliers au théâtre Outremont.

Une seule marionnette sur scène donc, mais manipulée par trois artistes. Le premier, Nick Barnes, prend en charge - accroupi - les deux jambes de la marionnette, le deuxième, Sean Garratt, s'occupe de son bras droit et de son postérieur, le troisième, Mark Down, manipule son bras gauche et sa tête en lui offrant aussi sa voix. L'exercice est très sportif et éprouvant. Les artistes sont bien visibles et présents sur la scène, et c'est toutefois la marionnette qui hypnotise les spectateurs. Placée sur une simple table blanche, la marionnette monochrome au corps de tissu et au visage de carton offre un One Puppet Show incroyable et désopilant.

Avec une large part laissée à l'improvisation, il s'agit d'une marionnette pleine de caractère, dont l'univers se limite à une table, et à qui il est demandé d'interpréter le rôle du Moïse de la Torah - rien de moins que le grand prophète du judaïsme - dans ses douze dernières heures de vie. Il y a déjà là une mise en abyme vertigineuse d'un rôle offert à un personnage fictif jouant lui-même le rôle d'un être vivant... Mais les choses ne s'arrêtent pas là.

Guide du peuple hébreu dans le désert, rédacteur de la Torah sous l'inspiration divine et, en filigrane au moins, objet de la lecture de la Haggadah de Pessah lors du grand repas du Seder, Moïse est représenté ici dans une caricature pleine d'autodérision. Il est une marionnette, certes, mais qui ne manque pas d'interpeler ou de fulminer contre ses manipulateurs lorsqu'il s'estime maltraité; et cette part d'autonomie ajoute encore à la drôlerie de sa personnalité complexe faite d'attirance pour les femmes, de doutes sur sa vie, de pleine conscience de ses limites (et de celles de sa table), de poussées de colères du fait de son tempérament souvent acariâtre, ou de ses réflexions pleines de philosophies sur les manques de la condition humaine ou le pouvoir de l'imagination par exemple.

À l'humour très anglais de ses manipulateurs (qui par moment ne résistent pas non plus à rire de leurs propres trouvailles), s'ajoute donc quelque chose de l'humour juif dans sa propension à rire de lui-même. Moïse est grandement caricaturé. Son corps s'anime comme un être réel, court, bouge, vole et respire. Il fixe dans les yeux les spectateurs et les interpelle à l'occasion. Il va jusqu'à mimer sa rencontre avec Dieu et nous propose des ralentis irrésistibles et d'autres surprises étonnantes et d'un grand effet comique. La salle rit du début à la fin. Les manipulateurs de la marionnette aussi. Seule la marionnette conserve tout son sérieux dans la mesure où son visage est la seule partie de son être qui ne puisse pas bouger.

The Table est un spectacle de très grande qualité, extrêmement drôle et qui fait réfléchir, destiné aux adultes et aux jeunes à partir de 13 ans. L'art de la marionnette est pressenti pour constituer le onzième art, et ce spectacle prouve qu'il le mérite tout à fait.

The Table est encore à voir le samedi 5 mars 2016 à 20h30 au théâtre Outremont (grande salle).

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

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