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25/01/2018 10:10 EST | Actualisé 25/01/2018 13:19 EST

«The Eternal Tides» ou l’éloge de la lenteur et de la maîtrise de soi

C'est un tel choc culturel pour le spectateur non averti qui en ressort forcément troublé par toutes les émotions esthétiques qu'il a pu ressentir.

D'origine taiwanaise, l'extraordinaire chorégraphe Lin Lee-Chen sait comment propulser le public dans l'atmosphère de la philosophie et de la culture extrême orientale traditionnelle, tellement différente de ce que l'on vit et connaît en Occident. Invitation à la méditation, à la lenteur, à la maîtrise du corps dans la retenue ou, au contraire, aux débordements dans l'excessive expression de soi et ce, jusqu'à la transe, The Eternal Tides est une œuvre bouleversante de majesté, de beauté et de sensations extrêmes, entre calme, douceur et violence, pure délicatesse et férocité quasi animale.

Devant d'immenses panneaux de voile léger d'un blanc immaculé, dans un silence total et presque religieux, les spectateurs assistent à l'arrivée des deux percussionnistes, une femme à gauche de la scène et un homme à la droite. Les deux sont en costumes traditionnels et marchent avec une extrême lenteur, tenant dans leurs mains une grosse bougie rouge. Avec la même lenteur et dans le même silence, chacun pose sa bougie sur son instrument, s'assoit posément à même le sol et entre dans une longue et profonde méditation. Le public retient son souffle. Le ton de l'ensemble du spectacle est donné. En dehors de deux séquences particulièrement animées, débordantes d'énergie et quasi sauvages, tout le ballet présentera des chorégraphies où les nombreux danseurs dans une maîtrise incroyable de leurs corps se déplaceront au ralenti, en décomposant à l'extrême chacun de leurs moindres mouvements.

Le percussionniste prend finalement son maillet et donne un coup de gong sourd et retenu; plusieurs secondes après vient un suivant, un autre et un autre... Les panneaux de voiles à l'avant de la scène s'élèvent doucement et semblent avalés par le ciel, puis c'est au tour de ceux qui sont à l'arrière. Une chanteuse installée sur le sol apparait dans le fond, devant un panneau peint dans divers tons de bleus qui colore la scène en un tableau magnifique. Une autre silhouette émerge des voiles au sol, une femme nue, le corps recouvert de poudre de riz blanche, la chevelure soyeuse, plus longue peut-être que sa propre taille, et qui fait penser à la naissance d'un enfant.

Pendant de longues minutes, la danseuse est seule au centre et poursuit sa danse effrénée jusqu'à entrer en transe.

Dans un éveil calme et doux au début, la danseuse tourne sur elle-même et fait tourner aussi son immense chevelure. Peu à peu ses mouvements répétitifs, mais complexes s'accélèrent. Le spectateur est presque hypnotisé par cette danse tournoyante, incapable de comprendre si c'est le buste ou la tête qui permet ces mouvements des cheveux. Pendant de longues minutes, la danseuse est seule au centre et poursuit sa danse effrénée jusqu'à entrer en transe. La séquence dure quelque chose comme trente minutes, un temps incroyable long pour une performance d'une telle intensité. Quand la danseuse interrompt finalement sa course folle, elle fait entendre ses cris et ses pleurs de relâchement... Le spectateur est subjugué par la puissance de cette scène comme de celles qui vont lui succéder.

L'ensemble du spectacle est clairement inspiré de rituels religieux, agraires ou de fécondité, offert aux ancêtres et aux forces supérieures pour célébrer la naissance, l'amour et la mort, l'initiation peut-être aussi lors d'une bataille tribale, le cycle de la vie en somme que connaît toute société humaine. Le mouvement des immenses pans de voile blanc au sol ou dans les airs, font penser au ressac de l'océan et aux mouvements des navires sur les vagues, car Taiwan est une île. Les corps des danseurs sont splendides dans leurs costumes traditionnels. Tout est mesuré, maîtrisé pour offrir grâce aux artistes, aux décors, aux lumières et à la musique à laquelle participent même les danseurs par les petits grelots qu'ils agitent des tableaux d'une émouvante beauté. C'est un tel choc culturel pour le spectateur non averti qui en ressort forcément troublé par toutes les émotions esthétiques qu'il a pu ressentir.

The Eternal Tides, du 24 au 27 janvier 2018 au théâtre Maisonneuve, à la place des Arts à Montréal

Danse Danse

LEGEND LIN DANCE THEATRE

Directrice artistique, chorégraphe Lin Lee-Chen.

Producteur Chen Nien-Chou.

Conception visuelle Lin Lee-Chen.

Conception lumières, direction technique Cheng Kuo-Yang.

Conception de costumes Wang Jia-Hui.

Régie Cheng Tzu-Wei.

Chant Hsu Ching-Chwen.

Batterie Ho Yi-Ming、Hsiao Ying.

Maître des répétitions Tsay Bi-Jue.

Répétiteur Cheng Chieh-Wen.

Interprètes féminines principales Wu Ming-Ching, Wang Chien-Yi.

Interprètes féminines Tsay Bi-Jue, Feng Kai-Lun, Chen Yi-Wen, Chen Yi-Yi, Chan Hui-Fang, Cheng Yu-Shu, Wu Pei-Chien.

Interprètes masculins principaux Cheng Chieh-Wen, Chen Chi-Shun.

Interprètes masculins Ping Yen-Ning, Huang Yao-Ting, Chen Hung-Chi, Guo Ding-Wei, Lin Kun-Yu, Wang Wei-Fan.

Informations : http://www.dansedanse.ca/fr

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

The Eternal Tides © Michel Cavalca.