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12/04/2019 11:04 EDT | Actualisé 12/04/2019 11:04 EDT

«Scènes de la vie conjugale» d'Ingmar Bergman: l'amour aux dépens de l'ennui

L'intérêt de la pièce est que non seulement personne n'est réellement coupable des difficultés que traverse le couple, mais les deux font presque de leur mieux, se respectent, s'apprécient.

Yanic Macdonald
Dans cette version québécoise, ce sont James Hyndman et Évelyne de la Chenelière qui incarnent le couple dont on suit les péripéties sur une période d'une vingtaine d'années.

D'abord strictement destinée au public suédois sous la forme d'une série télévisée, puis condensée en un film de cinéma long métrage pour être diffusée à l'international, Scènes de la vie conjugale, l'œuvre désormais mythique d'Ingmar Bergman est proposée pour le théâtre au Quat'sous à Montréal. Dans cette version québécoise, ce sont James Hyndman et Évelyne de la Chenelière qui incarnent le couple dont on suit les péripéties sur une période d'une vingtaine d'années.

Au Quat'sous, l'adaptation du texte et la mise en scène de James Hyndman reprennent en les résumant les épisodes de l'œuvre originale. On suit les conversations du couple dans son intérieur luxueux. Entre les scènes jouées, un système de caméras dont la vidéo se reflète sur le grand mur blanc de leur séjour permet de voir le couple d'acteurs/protagonistes de la pièce dans les coulisses, c'est-à-dire à l'intérieur de leur vaste garde-robe où ils changent de vêtements selon les circonstances. Le décor et les vidéos sont très réussis. Le jeu des acteurs également.

Marianne et Johan sont mariés depuis 10 ans quand débute l'action de la pièce. Elle est avocate spécialisée dans le droit de la famille, lui enseigne à l'université. Ils ont deux filles, Karine et Éva, et leur vie est confortable et heureuse. Ils sont entourés de leurs parents respectifs, voient des amis, partent en vacances dans une maison au bord de l'eau, sortent au théâtre ou à l'opéra.

Ils s'aiment, ils dialoguent, ils ne se disputent pas. Tout semble aller plutôt bien à part quelques petites envies de se retrouver en tête à tête du côté de Marianne, de vivre une vie sexuelle plus intense du côté de Johan.

Ils ont conscience d'être enviables. Leur vie est organisée. Ils ne rencontrent pas de difficultés.

Dans ce contexte, on se demande ce qui ne va pas... Car à peu près tout va bien. Vraiment bien, trop bien peut-être... Leur vie heureuse, rangée et organisée, se transforme en ennui. Le couple se noie dans son bonheur, et c'est de Johan que viendra l'acte qui fera tout basculer. Il s'éprend d'une de ses brillantes étudiantes et quitte sa famille.

Tout en réserve, à la suédoise, les dialogues ne cessent pas pour autant d'être courtois, civils. S'ils continuent sans doute de s'aimer, les deux se sont laissé piéger par leur confort, leur bien-être, l'illusion de pouvoir vivre différemment, même si cela ne se révèle pas pour le mieux.

L'intérêt de la pièce est que non seulement personne n'est réellement coupable des difficultés que traverse le couple, mais les deux font presque de leur mieux, se respectent, s'apprécient.

Et comme leurs envies respectives ne coïncident pas toujours, il en résulte de nombreux malentendus et des rendez-vous manqués.

Après vingt ans, pourtant, ils font quand même le constat qu'ils étaient peut-être vraiment fait pour vivre ensemble et heureux.

Cet article a aussi été publié sur pieuvre.ca


Scènes de la vie conjugale, du 9 avril au 8 mai 2019, au théâtre de Quat'sous à Montréal

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