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06/12/2018 14:01 EST | Actualisé 06/12/2018 14:01 EST

Le groupe Rubberbandance en met plein la vue

Ce ballet contemporain est totalement réussi, d'une très grande richesse et sans doute très éprouvant pour les danseurs incroyablement talentueux.

L'émotion provient surtout de l'exécution parfaite des chorégraphies sur une musique au large spectre qui va des tonalités classiques à d'autres, carrément rock and roll.
Marie-Noële Pilon
L'émotion provient surtout de l'exécution parfaite des chorégraphies sur une musique au large spectre qui va des tonalités classiques à d'autres, carrément rock and roll.

Le chorégraphe Victor Quijada, fondateur du groupe Rubberbandance, n'est pas du genre à se limiter dans ses ambitions artistiques. Bien au contraire. Et les dix membres de sa troupe de jeunes danseurs incroyablement talentueux - auxquels s'associent deux musiciens live et un éclairagiste qui fait tout le décor du magnifique spectacle Vraiment doucement présenté dans le cadre de Danse Danse – font honneur à sa créativité débordante.

Vraiment doucement est un spectacle qui semble évoquer les relations que les humains peuvent avoir avec eux-mêmes, avec les autres et avec le monde dans lequel ils vivent. Ces relations connaissent des hauts et des bas, peuvent être douces ou violentes, solidaires ou conflictuelles, et les changements vers le mieux sont possibles, mais se font généralement au ralenti, vraiment doucement... Le ballet donne envie d'en saisir la trame narrative et permet des interprétations multiples. Mais l'émotion provient surtout de l'exécution parfaite des chorégraphies sur une musique au large spectre qui va des tonalités classiques à d'autres, carrément rock and roll.

Par un savant mariage de danses de rue hip-hop, de ballet classique, de danse contemporaine à quoi s'ajoutent même quelques acrobaties circassiennes, le tout délicatement et harmonieusement combiné, les mouvements exécutés parfois presque au ralenti avec dextérité et élégance nous présentent des moments parfaitement coordonnés qui peu à peu se décalent subtilement, des duos magnifiques, des scènes de bagarres ou de rapprochements amicaux, le tout sur une musique qui n'est pas là pour accompagner les artistes, mais dont on sent qu'elle a été créée à dessein et qui est interprétée devant nous.

Les deux musiciens se situent sur le côté droit de la scène pendant que les danseurs apparaissent ou disparaissent à la faveur des éclairages, parfois rasants, parfois aveuglants puis doux. Les costumes des danseurs, dans des tons chauds avec juste une touche de bleu, ressemblent au début à des vêtements d'ouvriers, puis ils se métamorphosent en accessoires et en masques aveuglants pour eux, pour disparaitre comme une offrande, juste avant que quelque chose d'une vie légère semble enfin permis, où l'on s'adonne à des danses sociales et amicales. Il y a ainsi toute une évolution dramatique qui, même si elle permet au spectateur de faire jouer son imagination, connaît un point d'orgue tragique à une quinzaine de minutes de la fin et se termine sur une note optimiste, légère et même joyeuse.

Vraiment doucement est un ballet contemporain totalement réussi et d'une très grande richesse, sans doute très éprouvant pour les danseurs qui sont incroyablement talentueux et chez lesquels on sent le plaisir de se donner à fond, voire de dépasser leurs limites en faisant montre d'une virtuosité remarquable; un ballet d'une très grande beauté et rempli d'émotions.


Vraiment doucement groupe Rubberbandance, du 5 au 8 décembre 2018 au théâtre Maisonneuve à Montréal

Cet article a aussi été publié sur pieuvre.ca

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