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15/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 15/03/2018 09:00 EDT

«Rouge Speedo» ou les dessous du sport haute compétition au Livart

La question du dopage des athlètes est traitée à la fois avec humour et réalisme.

Dans une pièce de théâtre structurée et bien ficelée, quatre personnages bien campés et souvent très drôles, un récit mené tambour battant pendant une heure trente, l'auteur de Rouge Speedo, Lucas Hnath, dévoile une sorte de mécanique infernale susceptible de sous-tendre le milieu du sport haute compétition.

La question du dopage des athlètes est traitée à la fois avec humour et réalisme. Les drogues qui permettent à un champion de se surpasser ne sont qu'un des éléments d'un système fort complexe et dans lequel sont engagés divers protagonistes qui tous défendent leur position, leur quête d'amour et de réussite.

Ray a consacré pratiquement toute sa jeune vie à la compétition de natation. C'est un bel athlète qui n'a pas fait d'études et qui a tout misé sur sa réussite dans ce sport. Mais ce n'est ni un garçon très brillant ni un sportif au mental très fort. Sans une aide chimique, il ne semble avoir aucune chance de se qualifier pour les prochains Jeux olympiques, voire de remporter la moindre compétition, voire même d'être gardé par son petit club bien modeste géré par un coach qui se croit très doué. Celui-ci, incapable de concurrencer les grands clubs, se raccroche à son sens de l'éthique. Il y a encore Peter, le frère avocat de Ray, qui voit en lui un produit lucratif dont il pourra bénéficier pour sa famille. Et enfin Lydia, l'ex de Ray, qui se démène dans des activités plus ou moins légales et plus ou moins honorables pour gagner sa vie et tirer parti de sa jeunesse et de sa beauté.

La vie est plus facile quand on est riche ou quand on est beau, et encore mieux si on possède les deux.

La vie est plus facile quand on est riche ou quand on est beau, et encore mieux si on possède les deux. Et c'est dans un véritable engrenage qu'est engagé le héros, convaincu qu'il est qu'il ne peut rien faire d'autre qu'être le vainqueur, qu'il n'a plus d'existence s'il ne se qualifie pas et ne remporte pas la victoire. La vie se révèle un jeu dramatique dans lequel il a tout misé sur la natation, et s'il échoue dans ce sport où d'autres sont d'évidence meilleurs que lui, c'est toute son existence qui est hypothéquée.

La pièce est vraiment bien construite et elle garde en haleine le spectateur du début à la fin en dépit d'un sujet pour lequel chacun a déjà probablement son opinion vue la couverture médiatique qui en est faite sans arrêt. Mais non. L'histoire racontée dans Rouge Speedo a tout ce qu'il faut pour surprendre et même permettre de penser tout en donnant à rire. Les quatre acteurs sont excellents, mais le rôle de Ray – sans doute le plus difficile et le plus intéressant – est magnifiquement tenu par Marc-André Thibault. Ray est à la fois lâche, pitoyable et touchant, son cerveau semble aussi réduit que son vocabulaire, mais il a aussi des poussées d'intelligence et de révolte qui en font un personnage complexe et finalement très attachant.

Avec un décor simple, mais efficace de piscine de compétition, dans la belle salle du sous-sol du Livart, cette galerie d'art située sur la rue Saint-Denis à Montréal, la mise en scène de Louis-Philippe Tremblay offre mille détails hilarants au-delà de ce que fournit la pièce. C'est un monde terrifiant et sans pitié qui se dévoile devant nous, et qui ne doit pas être bien éloigné de ce qui se passe plus souvent qu'on ne le croie dans le milieu du sport haute compétition.

ROUGE SPEEDO de Lucas Hnath, présenté par Théâtre le Mimésis, du 13 au 24 mars 2018 au Livart, 3980 rue Saint-Denis à Montréal

Mise en scène. Louis-Philippe Tremblay

Traduction. Jean-Simon Traversy

Avec. Louis Labarre, Catherine Paquin-Béchard, Guillaume Regaudie, Marc-André Thibault

Assistanat. Louis-Philippe Savard

Décors. Cédric Lord

Costumes. Marie-Charles Nadeau

Éclairages. Gonzalo Soldi

Informations : https://www.eventbrite.ca/e/billets-rouge-speedo-de-lucas-hnath-presente-par-theatre-le-mimesis-41424763583

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

Rouge Speedo © Photo de courtoisie