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21/01/2019 08:29 EST | Actualisé 21/01/2019 08:29 EST

Une performance où les spectateurs contribuent activement

La performance était sans doute destinée à faire réfléchir aux violences faites aux femmes. Y est-elle parvenue? Je ne sais pas.

Dana Dugan
Pendant la projection Dana Dugan se déshabille entièrement et ne conserve que ses talons aiguilles, sur lesquels elle enfile un collant transparent.

Le public des spectacles de Tangente se doit d'aimer les arts expérimentaux. MEATmarket + (trans)FIGURation de Dana Dugan et Forêt d'Élian Mata sont tout à fait dans la mouvance des arts contemporains de la scène, quelque chose entre danse, théâtre, installation et performance. À quoi s'ajoutent, dans le cas de Dana Dugan, de la vidéo et des arts circassiens, sans oublier la contribution active des spectateurs.

Dans la première séquence, seule artiste à se mettre en scène, Dana Dugan invite les spectateurs à prendre place sur le sol d'une très grande salle. Des slogans y sont inscrits à la craie et une projection vidéo montre ce que l'on verrait sur son écran d'ordinateur si l'on faisait des recherches autour du thème de la femme-objet: femme victime de violences sexuelles ou autres, femme victime de la chirurgie esthétique, femme victime de ses représentations sur les publicités de produits divers.

Le meilleur moment de cette projection (en anglais) est lorsque des enfants sont interrogés sur leur perception de ces publicités. Cela donne à réfléchir.

Pendant la projection Dana Dugan se déshabille entièrement et ne conserve que ses talons aiguilles, sur lesquels elle enfile un collant transparent. Les spectateurs sont invités, pendant de longues minutes, à tourner en silence autour de la scène, reliés entre eux par une immense guirlande de plastique. Ce moment m'a donné l'impression d'être un peu prise au piège. Un autre spectateur, qui s'exprimait pendant le débat qui a suivi la représentation, parlait quant à lui de méditation... Les impressions peuvent différer.

L'artiste poursuit sa performance avec de la peinture, se fait nettoyer, joue un peu sur un trapèze... Quand finalement les spectateurs sont «autorisés» à reprendre place dans la salle, une personne est invitée à lire un texte féministe en anglais, et Dana Dugan s'installe durablement sur son trapèze, revêtue d'un parachute blanc entouré d'une énorme feuille de plastique. J'ai trouvé ce passage assez beau. Sur une musique douce et bien choisie et un clair-obscur élégant, les gestes lents de l'artiste ressemblaient un peu à l'éclosion de sa chrysalide de quelque papillon de nuit.

La performance était sans doute destinée à faire réfléchir aux violences faites aux femmes. Y est-elle parvenue? Je ne sais pas.

La deuxième représentation, Forêt, renvoie à une sorte de commencement du monde des humains où, entièrement nus, six artistes (trois hommes et trois femmes), semblent découvrir par le geste leurs rapports entre eux.

Formant d'abord une espèce de magma à peine visible dans une obscurité voulue, ils se relèvent finalement en pleine lumière, expérimentent les mouvements qu'ils sont capables de faire et paraissent, pour finir, découvrir le vêtement végétal qui ne cache leurs corps qu'en apparence.

Comme on l'exprime souvent en art contemporain, les deux performances étaient intéressantes. Quant à dire quelles émotions ou quelles interprétations on peut en retirer, c'est vraiment au jugement de chacun que cela revient.

Cet article a aussi été publié sur pieuvre.ca


Élian Mata et Dana Dugan, du 17 au 20 janvier 2019 au Wilder à Montréal.

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