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14/12/2015 04:33 EST | Actualisé 13/12/2016 05:12 EST

Père Noël: un dieu unique parmi plein d'autres

CONTE DE NOËL: «En fait, vois-tu, il n'y a pas un seul mais deux pères Noël: un qui existe et un qui n'existe pas. Moi, c'est à celui qui n'existe pas que je crois... »

Des contes de Noël pleins de joie, d'amour, d'espoir, de peur, de colère, de fantasmes... C'est le calendrier de l'Avent du Huffington Post Québec. Retrouvez chaque jour un conte de Noël en attendant le passage du père Noël.

Il y a très très longtemps de cela, un tout petit peuple sur la Terre eut l'idée du monothéisme. Cela consistait à affirmer qu'il n'y a qu'un seul Dieu, sachant qu'à cette époque, il y en avait tant et tant qu'on ne savait plus où donner de la tête.

Les hommes qui composaient ce petit peuple imaginèrent un nom à ce Dieu, plusieurs même, certains qu'ils se donnèrent le droit de prononcer et d'autres pas. Et ils affirmèrent dans leur livre que ce Dieu était très bon par moments, très cruel aussi parfois, un peu comme la vie. Exactement comme la vie, en fait...

Quelques siècles plus tard, cette idée parut si merveilleuse à d'autres hommes, qu'ils reprirent le livre où l'on parlait de ce Dieu unique et écrivirent une suite en vue d'y aménager quelques améliorations. Le livre qu'ils reprirent leur sembla passablement démodé, et le peuple qui l'avait imaginé plutôt en retard, ce qui en agaçait plus d'un. Ils rénovèrent le Dieu unique dont ils firent le héros de leur nouveau livre, pour qu'il n'ait pas tous les défauts du précédent. Ce Dieu était désormais bon, toujours bon et uniquement bon. Bon, un point c'est tout! Ce que la réalité démentait un peu parfois, mais ça ne leur parut pas aussi gênant que cela.

Les siècles passèrent encore, et d'autres hommes trouvèrent aussi que - même si elles leur plaisaient - la première version du livre était plus que dépassée, la seconde également, et ils écrivirent une version remaniée du livre qu'ils estimèrent encore meilleure pour achever l'œuvre commencée beaucoup plus tôt et en faire la leur.

C'était pour eux la plus belle des versions, la seule qui mérite d'exister, et certains parmi ces hommes étaient parfois irrités que tout le monde n'adopte pas ce livre-là et n'abandonne pas les autres. Ils conçurent eux aussi une nouvelle version du Dieu unique. Celui-ci était le plus grand, le seul et l'unique Dieu, toujours très bon pour eux et parfois en colère contre les hommes qui ne l'adoptaient pas dans cette version qu'eux considéraient comme la dernière et aussi la première, puisque la plus réussie.

Pendant ce temps, les enfants observant toutes ces disputes d'adultes et toutes ces versions différentes du Dieu unique et du livre qui en racontait l'histoire, se dotèrent eux aussi d'un Dieu unique.

En vérité, personne ne sait exactement si ce fut vraiment eux qui eurent cette idée-là ou leurs parents, ceux-ci espérant se faire aimer de leurs enfants en leur offrant discrètement des cadeaux au moment où la lumière du soleil diminue tant, que les nuits sont les plus longues et les journées les plus courtes. Toujours est-il que pour les enfants, c'était le père Noël qui était le plus grand et le plus gentil de tous les dieux*, celui qui apporte des cadeaux pour les récompenser d'avoir été bien sages et d'aimer très fort leurs parents.

Jusqu'à aujourd'hui, les enfants ont les yeux qui s'illuminent devant les belles vitrines de Noël ou en feuilletant les catalogues quand l'obscurité du ciel augmente. Ils rêvent de tous les beaux jouets et de toutes les friandises qui y sont présentés. Les enfants ne sont pas toujours très sages, mais chacun s'applique à rédiger une belle lettre au père Noël pour justifier de sa bonne conduite et le convaincre de lui apporter les cadeaux qu'il a choisis. C'est cela leur livre à eux. Cette lettre qu'ils écrivent avec application et qu'ils glissent dans une jolie enveloppe puis déposent dans une boite aux lettres à l'approche de l'hiver, pour que le père Noël ait le temps de se procurer leurs cadeaux, de les emballer de papiers colorés et de jolis rubans, et de les leur remettre au soir ou au matin de la fête.

Seulement voilà! Il arrive un moment où, forcément, les enfants grandissent et se trouvent sur le point de passer du côté des adultes. Le père Noël, ce Dieu unique et généreux, ils se demandent tous un jour ou l'autre s'il existe vraiment. Ils ont entendu tant de choses contradictoires... Alors, à force de se poser la question, ils finissent par ne plus y croire, mais acceptent le plus souvent de le faire de nouveau exister quand, à leur tour, ils deviennent eux-mêmes parents.

Il y a quelques années de cela, au moment où il allait entrer dans l'âge adulte, celui où on doute de l'existence du père Noël, un petit garçon que j'aime beaucoup m'a posé la question. Il avait entendu dire que le père Noël n'existe pas, et il voulait connaître mon opinion. J'étais bien embarrassée pour lui répondre.

J'ai réfléchi un instant et je lui ai dit ceci :

- En fait, vois-tu, il n'y a pas un seul mais deux pères Noël: un qui existe et un qui n'existe pas. Moi, c'est à celui qui n'existe pas que je crois...

* En 1952 dans le numéro 77 de la Revue des Temps modernes, Claude Lévi-Strauss publia un article intitulé «Le père Noël supplicié» pour expliquer que le père Noël est le dieu d'une classe d'âge, celle des enfants. Pour les différences entres les dieux des trois monothéismes, je renvoie à l'ouvrage Nom de Dieu. Par-delà les trois monothéismes de Daniel Sibony (2002).

LES CONTES DE NOËL DU HUFFINGTON POST QUÉBEC

- 1er décembre - Un joli compte de Noël - Réjean Bergeron

- 2 décembre - Le père Noël n'existe pas - Bianca Longpré

- 3 décembre: Le dernier cadeau - Yannick Marcoux

- 4 décembre: Pour Noël, j'aimerais manger trois fois par jour... - Virginie Chaloux Gendron

- 5 décembre: «Scrooge» Couillard et le Noël de l'austérité - Yanick Barrette

- 6 décembre: Pour toi chère Clotilde - Patrick Laperrière

- 7 décembre: Une odeur merveilleuse de beurre chaud, de citron, et de cannelle - Savignac

- 8 décembre: Un Noël de plus en célibataire - Isabelle Tessier

- 9 décembre: Un Noël dans le Bronx - Steve E. Fortin

- 10 décembre: L'étrange histoire de Monsieur Perdu - Karim Akouche

- 11 décembre: Le conte «trash» de la cloche - Josée Durocher

- 12 décembre: Les doux Noëls silencieux d'une petite autiste - Marie Josée Cordeau

- 13 décembre: 24 décembre, 1001 Notre-Dame - Steve Marchand

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