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05/10/2015 11:09 EDT | Actualisé 05/10/2016 05:12 EDT

«On ne badine pas avec l'amour»: du classique très contemporain

Sans doute la référence à la chrétienté n'est-elle plus trop d'actualité. Peut-être les questions de rang social ne se poseraient plus aujourd'hui comme alors. Mais le texte d'On ne badine pas avec l'amour est vraiment inusable, et la salle silencieuse du théâtre Denise-Pelletier, remplie pour une bonne part d'un public jeune, était accrochée à chaque mot prononcé par les acteurs sur scène.

La rupture amoureuse d'Alfred de Musset et de George Sand en 1834 aurait inspiré au jeune auteur de 24 ans l'écriture de cette pièce entre comédie et tragédie.

Sans doute la référence à la chrétienté n'est-elle plus trop d'actualité. Peut-être les questions de rang social ne se poseraient plus aujourd'hui comme alors. Mais les troubles, les sentiments, les interrogations, les doutes, les craintes, la jalousie, les humiliations que l'amour peut susciter sont aujourd'hui comme hier largement mortels, au moins symboliquement.

Le texte d'On ne badine pas avec l'amour est vraiment inusable, et la salle silencieuse du théâtre Denise-Pelletier, remplie pour une bonne part d'un public jeune, était accrochée à chaque mot prononcé par les acteurs sur scène.

Francis Ducharme (Perdican) et Alice Pascual (Camille)

Dans un décor dépouillé, mais très suggestif et plein de poésie, sur des musiques élégantes qui mêlent, banjo, contrebasse, harmonica..., avec neuf acteurs tous excellents en costumes ni d'époque ni contemporain, la mise en scène de Claude Poissant - directeur depuis un an du Théâtre Denise-Pelletier - est pleine de délicatesse et fait honneur au texte de Musset. Avec quelques touches d'humour discrètes (par exemple dans les petites chorégraphies exécutées par les personnages), elle propose une version très contemporaine de la pièce de Musset sans rien devoir céder à la beauté du texte.

Alors qu'ils s'aimaient déjà quand ils étaient enfants, Perdican et sa cousine Camille ont grandi et se retrouvent après dix ans de séparation. Perdican est devenu un beau et savant jeune homme de 21 ans, un diamant fin, des pieds à la tête. Camille est magnifique à 18 ans, et elle est en plus vertueuse puisqu'elle sort du couvent et ne cesse de louer Dieu.

Peut-être pour ne pas oser affronter les sentiments qui les habitent, les deux jeunes gens vont entrer dans une danse amoureuse qui les mènera à leur perte. Perdican voudrait bien séduire Camille, mais la jeune fille se montre méfiante à l'égard de l'amour des hommes. Celui de Dieu lui semble préférable, car elle rêve d'un amour pur et sans faille. Dans un dialogue superbe au bord d'un ruisseau « romantique » où Perdican trempe ses pieds, Camille propose une brillante leçon d'amour à son fougueux prétendant.

Mais voilà. L'amour ne supporte ni théorie ni leçon. Quand bien même les humains sont pleins d'imperfections, rien n'est plus sublime que l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. Pour le lui démontrer, Perdican décide de rendre Camille jalouse en séduisant sa sœur de lait, la paysanne et innocente Rosette. Une stratégie qui porte ses fruits, mais voilà encore. L'amour ne supporte nulle stratégie, et l'orgueil des jeunes gens qui voulaient maîtriser l'immaîtrisable de l'amour mènera non seulement à la perte de celui-ci, mais à la dévastation ambiante.

À la fin du très beau spectacle de cette version contemporaine de Musset, qui mêle habilement les genres, on se répète spontanément : On ne badine pas avec l'amour... une formule qui prend tout son sens quand le rideau se baisse.

On ne badine pas avec l'amour, un texte d'Alfred de Musset, au théâtre Denise-Pelletier à Montréal, jusqu'au 24 octobre 2015.

Ce billet de blogue a aussi été publié sur info-culture.biz

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