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17/10/2018 11:38 EDT | Actualisé 17/10/2018 11:42 EDT

«L’un L’autre»: magnifique intrusion dans l'intimité d'un couple

En plus d'être magnifique, le spectacle propose une réflexion sur le couple amoureux, ses possibilités et ses limites en fonction des désirs, des forces ou des faiblesses de chacun.

Les deux excellents danseurs et chorégraphes, que sont Esther Rousseau-Morin et Sylvain Lafortune, proposent une performance de plus d'une heure dans laquelle ils évoluent en tournant sans cesse dans un espace circulaire.
David Wong
Les deux excellents danseurs et chorégraphes, que sont Esther Rousseau-Morin et Sylvain Lafortune, proposent une performance de plus d'une heure dans laquelle ils évoluent en tournant sans cesse dans un espace circulaire.

L'un L'autre, c'est un duo de danse contemporaine qui semble proposer au spectateur, en plus d'un spectacle magnifique, une sorte de réflexion sur le couple amoureux, ses possibilités et ses limites en fonction des désirs, des besoins et des forces ou des faiblesses de chacun des deux partenaires.

Les deux excellents danseurs et chorégraphes, que sont Esther Rousseau-Morin et Sylvain Lafortune, proposent une performance de plus d'une heure dans laquelle ils évoluent en tournant sans cesse dans un espace circulaire (qui, sous leur influence, semble tourner lui-même) et dont ils transgressent les limites symboliques à l'occasion.

En mécanique du solide, les sciences physiques nous apprennent qu'un couple désigne un ensemble de forces qui tendent à mettre en rotation leur système sans modifier le mouvement de son centre de gravité. C'est exactement l'impression que donne ce spectacle en le transposant au monde animé des humains, presque hypnotique par moments dans sa répétition assortie de variantes, sur une sorte de musique sérielle et tout à fait de circonstances.

Tout le spectacle est empreint d'une grande douceur, y compris dans ses séquences les plus rapides et presque acrobatiques.

Au centre d'un immense disque noir et lisse, semblable à ces anciens 33 tours qui ont presque disparu de nos équipements audios, le couple de danseurs enlacés apparait comme une double figurine entrainée par le mouvement du disque, tantôt très lent, tantôt plus rapide. Ce n'est pas le disque qui tourne. C'est le couple qui, dans le cercle plus ou moins tourbillonnant de son existence dont il parvient à moduler le rythme, ne forme qu'une seule entité alors qu'il est composé de deux êtres non seulement distincts, mais souvent opposés.

L'homme et la femme sont seuls au monde. L'intimité de ce couple ne nous regarde pas. Ils ne sont pas là pour nous, même s'ils célèbrent un lien que nous pouvons admirer avec eux.

Le début de la performance est particulièrement lent. Des petites lumières au sol, disposées en cercles elles aussi, s'éclairent progressivement, puis disparaissent et laissent toujours la scène dans une semi-pénombre. L'homme et la femme sont seuls au monde. L'intimité de ce couple ne nous regarde pas. Ils ne sont pas là pour nous, même s'ils célèbrent un lien que nous pouvons admirer avec eux.

Tandis qu'ils tournent sans arrêt tous les deux, leurs pas ou leurs figures font apparaître différents rapports. Chacun dans ses désirs se doit de tenir compte de l'autre. Ce sont les partenaires d'une même aventure circulaire, mais dont les aspirations et les possibilités sont loin d'être semblables.

Une foule de réflexions m'a traversé l'esprit tout au long du spectacle. Il y a la place à quantité d'interprétations possibles des chorégraphies que les deux danseurs accomplissent toujours ensemble, en duo. Si tout le spectacle est beau et d'une très grande difficulté pour les danseurs, la dernière séquence est particulièrement spectaculaire et propose comme une apothéose de couleurs et de performances qui font de ce spectacle un moment de très grande qualité.


L'un L'autre, du 16 au 20 octobre 2018, à la Cinquième salle de Montréal, Danse Danse.

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz