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18/11/2015 12:02 EST | Actualisé 18/11/2016 05:12 EST

«Bientôt viendra le temps», une vraie réussite en matière d'humour totalement déjanté

Dans le genre théâtre de l'absurde, l'auteure danoise Line Knutzon n'a rien à envier à Beckett ou à Ionesco.

Bientôt viendra le temps © Marie-Claude Hamel

Dans le genre théâtre de l'absurde, l'auteure danoise Line Knutzon n'a rien à envier à Beckett ou à Ionesco. Sa pièce Bientôt viendra le temps manie avec virtuosité l'ironie et le non-sens, les clichés hilarants dans les dialogues et le comique de situation, une logique sur la tête pour un ensemble finalement cohérent et qui fonctionne merveilleusement.

Du grand art !

Deux couples en pleine crise, l'un avec enfants, l'autre qui ne peut pas en avoir. Une relation extraconjugale. La fille cadette « Pauv'chérie », qui débarque sans prévenir avec un cadeau pour l'anniversaire de sa mère. Une domestique un peu envahissante... Racontée ainsi, la pièce ressemble à un vaudeville. Mais elle est justement inracontable. Car l'humour et le sens de l'absurde de Line Knutzon sont tellement maîtrisés qu'il s'insère dans tous les interstices de l'œuvre, dans les moindres détails de ses dialogues et jusqu'à sa structure d'ensemble.

Dans ce contexte, le titre Bientôt viendra le temps évoque bien sûr un temps qui ne fonctionne pas vraiment comme on pourrait l'attendre. S'il y a bien unité d'espace - la salle de séjour de Rebekka et d'Hilbert - le temps prend certaines libertés... Les personnages sont frappés d'amnésie. Les évènements de leurs vies - quand ils s'en souviennent - se ramènent à des situations clichées d'où rien de signifiant ne peut être retiré.

Aucun lien réel ne rattache l'un à l'autre chacun des membres des deux couples. L'amitié qui se veut réconfortante est tellement maladroite qu'elle se révèle dévastatrice. Jeux de mots et quiproquo s'invitent à cette petite fête où tous les personnages semblent atteints par un vent de folie douce, mais qui peut se transformer en idées meurtrières.

Chacun dans leur genre, les protagonistes de la pièce sont des petits bijoux d'absurdité (encore qu'ils ressemblent bien à de vrais personnages) ; parfaitement incarnés par les acteurs choisis, tant dans leur jeu que dans leur physique.

Bientôt viendra le temps © Marie-Claude Hamel

La jolie Rebekka (Catherine Proulx-Lemay) qui ne prépare jamais les repas, attribue ses trous de mémoire à une tumeur dans le centre nutritif. Son mari Hilbert (Pierre-François Legendre), voudrait gagner du temps pour pouvoir prendre le temps, et son ex-mari John (Daniel Parent) se noie sous la pluie qui tombe partout - à l'extérieur comme à l'intérieur - et qui lui rappelle que sa compagne Ingrid (Caroline Bouchard) est une branche desséchée qui ne peut avoir d'enfants. Mais les deux personnages les plus extraordinaires sont sans doute la domestique Oda (Ann-Catherine Choquette), une jeune fille dynamique et pleine d'initiative, et la fille cadette «Pauv'chérie» (Adèle Reinhardt) qui réserve pas mal de surprises.

En sous-texte, la pièce écrite par Line Knutzon est aussi une belle satire de notre époque et des idées reçues que chacun de nous est susceptible d'avoir.

Une heure trente pour une pièce étonnante et admirable, et qu'il ne faut surtout pas manquer.

Bientôt viendra le temps, une production du Théâtre de l'Opsis, présentée du 17 novembre au 12 décembre 2015 à l'Espace GO à Montréal

Informations ici.

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

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