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28/11/2018 11:56 EST | Actualisé 28/11/2018 11:56 EST

L'excellente pièce «Baby Sitter» inaugure la nouvelle salle l’Espace le vrai monde?

On pourrait penser que la pièce parle de misogynie et de guerre entre les sexes, mais il est plutôt question de pouvoir, celui qu'on est tenté d'exercer pour se faire aimer des autres ou pour s'aimer soi-même.

Véro Boncampagni
Dans la pièce, Cédric, l'auteur de la blague vulgaire et pour le moins sexiste, est partagé entre le succès qu'il remporte sur YouTube avec plus de 200 000 clics, et le fait qu'il ait juste dit une très grosse bêtise sans voir plus loin que le bout de son nez.

La toute nouvelle salle de spectacle du cégep Ahuntsic au Nord de l'île de Montréal —l'Espace le vrai monde?, nom donné en l'honneur de la pièce de l'ancien étudiant du Collège que fut Michel Tremblay — est désormais ouverte au public. Les Montréalais y profiteront d'une programmation variée de théâtre, d'humour, de musique et de ciné-club avec, pour démarrer la saison, l'excellente pièce Baby Sitter de Catherine Léger.

La pièce Baby-Sitter a été écrite à la suite d'un fait divers. Alors que la journaliste Chantal Machabée commentait en direct à la télévision un match des Alouettes, un employé d'Hydro-Québec qui avait bu pas mal de bières a trouvé très malin de passer devant la caméra et de crier «Fourre-la dans le cul»... Le relais pris par les réseaux sociaux a rendu la vidéo virale.

Dans la pièce, Cédric, l'auteur de la blague vulgaire et pour le moins sexiste, est partagé entre le succès qu'il remporte sur YouTube avec plus de 200 000 clics, et le fait qu'il ait juste dit une très grosse bêtise sans voir plus loin que le bout de son nez. La blague provoque la colère de son entreprise, qui décide de le suspendre de son emploi. Et voilà Cédric contraint de rester à la maison avec sa blonde Nadine en congé de maternité de leur bébé Léa, âgée de 5 mois.

Deux autres personnages interviennent dans la pièce, et tout d'abord le bien-pensant Jean-Michel, un journaliste convaincu qu'il est dans le droit chemin et qui profite de l'occasion pour manifester toute son ascendance sur son frère Cédric, lui faire la morale et le pousser à rédiger des excuses sincères et circonstanciées. Cédric n'est pas opposé à l'idée.

Toutefois, comme Nadine trouve embarrassant que son amoureux reste à la maison, elle prétend, pour s'échapper, retourner au travail. Cédric engage donc la baby-sitter Emy pour garder la petite Léa pendant qu'il se lance dans l'écriture d'un livre dans le but de s'excuser, non seulement auprès de celle qui a reçu l'insulte, mais auprès de rien de moins que toutes les femmes du monde...

On pourrait penser que la pièce parle de misogynie et de guerre entre les sexes. Il y est plutôt question de pouvoir, celui que tout le monde est tenté d'exercer pour se faire aimer des autres ou pour s'aimer soi-même.

La pièce est drôle, bien écrite, très bien interprétée et a un rythme soutenu. Les personnages sont colorés et bien articulés entre eux. Le beau décor montre deux lieux distincts, la chambre de bébé avec sa tapisserie, le mobile au-dessus du lit et ses décorations de petits lapins, et le salon avec son sofa, lieu de rencontre normal pour les adultes. On pourrait penser que la pièce parle de misogynie et de guerre entre les sexes. Il y est plutôt question de pouvoir, celui que tout le monde est tenté d'exercer pour se faire aimer des autres ou pour s'aimer soi-même.

Une question de pouvoir

Cédric est d'abord grisé par le nombre impressionnant de personnes qui l'ont vu sur le web. La célébrité, même pour une stupidité, lui met du baume au cœur et ses ambitions d'excuses ne le motivent vraiment que si elles sont adressées à la moitié de la population de la planète, que composent les femmes.

Jean-Michel exerce son pouvoir sur son frère, qu'il traite d'imbécile, ce qui n'est pas loin de la réalité. Mais sans se remettre lui-même en question le moins du monde, il est prêt à se soumettre à Emy en exerçant du même coup son pouvoir sur elle.

Nadine, en dépression postnatale, tente d'exercer à son tour un certain pouvoir sur Cédric, en le gardant auprès d'elle et même à distance, en attendant qu'elle ait davantage envie d'être avec lui et qu'elle ressente en elle-même un pouvoir sur le monde.

Et puis, il y a Emy qui, comme un chien dans un jeu de quilles, semble débarquer d'une autre planète et permet aux autres d'exercer leur pouvoir sur elle, en y retirant sans doute aussi une certaine satisfaction, dans la mesure où elle est celle qui tire habilement les ficèles de ce drôle de jeu collectif.

La belle salle l'Espace le vrai monde? était presque entièrement remplie de jeunes étudiants du cégep qui se sont montré enthousiastes à la fin du spectacle. Le débat qui a suivi, en présence des acteurs, a prouvé que Baby-Sitter avait suscité de nombreuses réflexions intéressantes auprès du public.


Baby-Sitter, les 27 et 28 novembre 2018 à l'Espace le Vrai monde?, collège Ahuntsic à Montréal

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

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